OPINION. « La proportionnelle, le vice au bras de la vertu électorale » (Olivier Paccaud)
Olivier Paccaud

Photo d'illustration
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Marianne est malade. Elle souffre d'un spleen inquiétant depuis longtemps. Bien avant le capharnaüm de la dissolution et l'échafaud de la censure. Le poison de l'abstention, le chêne-lierre de l'antiparlementarisme, la bordélisation de l'Assemblée par des olibrius bruyants et furieux..., que de stigmates du malaise et même de la crise que vit notre République !
Qui diable peut nier la défiance, les douves quasi-infranchissables séparant désormais le peuple souverain et les élites gouvernantes ?
Sociologues, philosophes et éditorialistes déploreront que le citoyen soit malheureusement de nos jours avant tout consommateur et accro aux réseaux sociaux, que l'exigence de droits ait balayé les devoirs civiques, que l'intérêt général et le bien commun soient devenus des notions désuètes... Comment donc renouer le fil de la confiance ? Revitaliser, ressusciter la fibre citoyenne et le fameux Vivre Ensemble ?
Voilà qu'un carillon joyeux s'élève ! On a trouvé la pierre philosophale électorale, la catharsis démocratique, le Graal de la fontaine de la citoyenneté : la proportionnelle !
Permettez-moi d'être un peu moins enthousiaste. Car la proportionnelle, voyez-vous, nous la connaissons bien. Elle a fait ses preuves. Elle est tout sauf une innovation miraculeuse, révolutionnaire et moderne ;
Souvenez-vous de la IVe République, le temps des arrangements, des combinaisons et des gouvernements éphémères.
Souvenez-vous de 1986, du florentin François Mitterrand, machiavélique ingénieur d'une proportionnelle qu'il maîtrisait à merveille pour minorer la victoire de la droite en offrant 35 députés au Front National...
La proportionnelle ? C'est le vice au bras de la vertu électorale. La vertu, indéniable, c'est la représentativité partisane. Et la proportionnelle le permet. Mais n'a-t-on pas aujourd'hui à l'Assemblée Nationale une quasi parfaite représentativité du paysage politique national sans la proportionnelle ?
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Quant au vice, c'est le régime des partis, des copains et des coquins, le règne des apparatchiks, la recentralisation électorale, une pluie de parachutés médiocres, le lien plus que fragilisé avec les territoires.
Car la proportionnelle repose sur un outil intangible, la liste. Toujours composée et validée par le parti. Presque toujours à Paris. Certains me répondront qu'il y a la bonne et la mauvaise proportionnelle. Celle à la liste départementale, régionale, nationale. Celle à 1 tour, celle à 2 tours ou pourquoi pas un subtil alliage de proportionnelle et d'uninominal ? Tout est possible, mais tout n'est pas souhaitable.
Et ce qui ne doit surtout pas être méprisé, c'est l'utilité d'un second tour. Un précieux temps de réflexion offert aux électeurs. Une opportunité de correction.
A l'image de la sagesse et de l'intérêt du bicamérisme si bien résumés par la formule de Victor Hugo :
Le tour unique, c'est le saut dans le vide sans parachute.
Aujourd'hui, la République vacille, son souffle est court, son visage marqué par l'usure des illusions perdues. L'antidote miracle n'existe pas, et la proportionnelle n'est qu'un placebo aux effets secondaires ravageurs. Car ce n'est pas d'un simple artifice électoral dont Marianne a besoin, mais d'un ressaisissement collectif, d'un sursaut républicain, d'une refondation civique. Sans cela, l'abîme s'élargira, et demain, ce ne sera plus seulement la démocratie qui sera en crise, mais la Nation elle-même qui sera en péril.
Olivier Paccaud