OPINION. « Pour la création d'une Académie du code par la Ville de Paris »
Paul Hatte et Angela Naser

Photo d'illustration
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Paul Hatte et Angela Naser

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Coder sera bientôt notre langage universel. D'ici 2050, il pourrait y avoir plus de personnes maîtrisant un langage informatique que de locuteurs francophones.
Il y a un an, Paris a ouvert une « Académie des Langues » dans une ancienne école primaire, dédiée aux jeunes élèves parisiens volontaires pour des stages d'anglais en immersion d'une semaine. À travers la danse, les échanges et les jeux, cette initiative offre un premier contact ludique avec une compétence désormais essentielle.
Sur le même modèle, nous proposons la création d'une « Académie du Code », un espace où les enfants de 6 à 12 ans apprendront la logique du code sans écran et de manière ludique. Cette initiative placerait Paris à la pointe de la modernité et donnerait aux jeunes Parisiens une avance technologique précieuse.
Certaines associations, comme COLORI ou Code en Bois, ont déjà démontré l'efficacité de ce format ludique. À travers des jeux algorithmiques, la manipulation de briques d'instruction et des ateliers de robotique, les enfants découvrent dès le plus jeune âge les bases du code, la pensée logique et la programmation créative.
Former les enfants au langage universel du numérique dès l'école primaire permettrait de lever plusieurs barrières psychologiques, notamment celles liées au genre et au milieu social.
La première rencontre des jeunes filles avec le numérique intervient souvent à l'adolescence, principalement à travers les jeux vidéo, un univers majoritairement masculin. Aux États-Unis, seulement 6 % des filles se définissent comme "gameuses", contre 15 % des garçons.
L'image des femmes dans les jeux vidéo est encore souvent stéréotypée, comme l'a dénoncé en 2022 la campagne #GenderSwap, visant à sensibiliser aux représentations sexistes.
La faible représentation des femmes dans la Tech trouve son origine dans cette première approche genrée du numérique.
En 2021, Engie révélait que seulement 20 % de ses collaborateurs spécialisés en data et logiciels étaient des femmes, en raison d'une méconnaissance des métiers du numérique et du manque de rôles modèles.
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Aurélie Jean, docteure en sciences et entrepreneure, a montré qu'en sensibilisant les lycéennes aux opportunités des sciences et du numérique, leur intérêt et leur sentiment de légitimité augmentaient. Cette observation est encore plus vraie pour les très jeunes filles. En France, on estime que 4x plus de femmes pourraient être attirées par la Tech si la barrière psychologique du genre était levée.
L'Académie du Code permettrait de changer cette dynamique en exposant filles et garçons aux compétences numériques dès leur plus jeune âge.
Dans les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV), la recherche d'emploi dans le numérique est 30 % plus faible qu'ailleurs en France. Pourtant, l'OCDE a montré en 2021 que des politiques actives d'inclusion dans la Tech peuvent augmenter de 10 à 15 % la proportion de travailleurs issus de milieux défavorisés, notamment dans les startups et entreprises technologiques.
L'accès à l'éducation numérique et aux formations en ligne a prouvé son efficacité pour réduire les barrières géographiques et sociales. Les plateformes de MOOCs comme Coursera ou edX ont déjà permis à des millions de personnes, souvent issues de milieux modestes, d'accéder à des formations de qualité dans des domaines comme la programmation, la cybersécurité ou le marketing numérique. Environ 40 % des étudiants de MOOCs proviennent de pays en développement, démontrant ainsi le potentiel d'ascenseur social du numérique, alors que 50 000 postes de programmeurs restent vacants en France, ces métiers à forte valeur ajoutée manquent de talents qualifiés.
L'Académie du Code devra intégrer cette réalité en garantissant une accessibilité renforcée aux écoles primaires des Quartiers Populaires, afin d'offrir aux enfants les mêmes opportunités, quel que soit leur milieu d'origine.
Les modèles existent, ils fonctionnent, et leur efficacité a déjà été démontrée. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de l'Académie du Code une réalité.
Paris doit prendre les devants et donner aux jeunes générations les clés du futur. L'Académie du Code finira par arriver dans toutes les grandes villes du monde, autant prendre une longueur d'avance.
Paul Hatte et Angela Naser