OPINION. « Pour une IA de confiance dans le secteur financier » (Denis Beau)
Denis Beau

Photo d'illustration
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L'intelligence artificielle a des impacts ambivalents pour le secteur financier : porteuse d'opportunités, elle est aussi un nouveau vecteur de risques.
Les opportunités sont assez évidentes : l'IA, couplée à l'abondance des données, est un puissant moteur de transformation du secteur financier, permettant tout à la fois d'améliorer l'expérience utilisateur, d'automatiser certains processus, ou d'optimiser la maitrise des risques, par exemple pour ce qui concerne la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT).
L'IA générative, qui permet d'interagir en langage naturel avec les algorithmes, renforce son accessibilité et accélère encore son adoption par le plus grand nombre. Elle permet d'accroitre l'efficacité des institutions financières, d'augmenter leurs revenus, tout en maitrisant mieux leurs risques.
Pour autant, les risques portés par l'IA sont significatifs, en cas de mauvaise utilisation de cette technologie. En premier lieu, la complexité et la nouveauté de certaines modélisations peuvent donner lieu à davantage d'erreurs, d'autant que certains systèmes d'IA sont particulièrement opaques (« boîtes noires »). Dans le pire des cas, l'ajustement en temps réel d'un modèle de risques par l'IA peut dériver jusqu'à entraîner des pertes systématiques, remettant en cause la santé financière de l'établissement.
En deuxième lieu, le risque cyber se développe avec l'IA, particulièrement dans le système financier, qui concentre 20% des attaques cyber selon le FMI, pour un coût important (12 milliards de dollars entre 2004 et 2023). L'IA rend plus efficaces ces attaques, notamment en améliorant l'ingénierie sociale ou l'usurpation d'identité, mais aussi en permettant de coder plus rapidement et plus facilement un logiciel malveillant.
En troisième lieu, à un niveau plus global, l'utilisation de l'IA, très gourmande en énergie, crée un fort risque environnemental, qui va croissant avec le nombre d'utilisateurs. À titre d'illustration, une recherche sur un logiciel d'IA générative consomme dix fois plus d'électricité que celle effectuée sur un moteur de recherche « classique ».
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L'Union européenne s'est montrée pionnière dans la régulation de l'IA avec l'entrée en vigueur d'un règlement en août dernier. Parfois critiqué car il entraverait l'innovation, c'est en réalité l'inverse : la réglementation permet d'apporter de la confiance, sans laquelle aucune innovation viable n'est possible.
Le règlement IA ne va en outre pas conduire à un bouleversement dans la manière de gérer les risques dans le secteur financier : les établissements disposent déjà de solides procédures de maîtrise des risques, qui peuvent être étendus au champ de l'IA, moyennant quelques adaptations.
Ces évolutions doivent naturellement être accompagnées par le superviseur - en France, l'ACPR en lien avec la Banque de France s'y prépare comme future autorité de surveillance du marché en adaptant ses méthodes et ses outils pour surveiller l'usage de ces nouvelles technologies.
Construire des synergies avec les autres superviseurs est aussi indispensable que de coopérer avec les supervisés et l'ensemble de la Place : c'est en travaillant ensemble que nous pourrons poser les fondations d'une IA de confiance dans le secteur financier.
La Banque de France a déjà largement posé les bases de cette IA de confiance pour son utilisation propre de cette technologie : le « Lab », centre d'innovation de l'institution, a mis en place une stratégie sur l'IA générative, visant à développer rapidement une capacité interne, ancrée sur quatre principes : pragmatisme, partage, pluridisciplinarité et protection.
L'IA doit en effet rester le plus possible égalitaire et inclusive. La Banque de France a ainsi signé en 2021 une Charte internationale pour une IA inclusive, visant à lutter contre les discriminations dans le contexte du développement d'algorithmes. Cette volonté a été récompensée par l'obtention du label GEEIS (« Gender Equality European & International Standard AI ») en 2023, et qui s'est concrétisée par la remise du trophée de ce label à l'occasion du sommet pour l'IA organisé à Paris les 10 et 11 février 2025 : la Banque de France est la première banque centrale et la deuxième entreprise française à le recevoir.
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(*) Denis Beau est Sous-gouverneur de la Banque de France depuis le 1er août 2017. À ce titre, il a été désigné par le gouverneur de la Banque de France pour le représenter en tant que Président de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Il est également membre de l'AMF et du Conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne. Depuis le 1er janvier 2023, Denis Beau est président du comité budgétaire (BUCOM) de la BCE, et, avec effet au 17 janvier 2024, a été nommé président de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement.
Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et titulaire d'un MBA de l'INSEAD, il rejoint la Banque de France en 1986 comme analyste financier avant d'y exercer diverses fonctions de management entre 1993 et 2007. Il représente la Banque de France à la Federal Reserve Bank de New York pendant un an avant de devenir secrétaire du Comité sur les systèmes de paiement et de règlement des banques centrales du G10. À son retour à la Banque de France en 2008, il est nommé adjoint au directeur des Études et des Relations internationales avant de rejoindre la direction générale de la Stabilité financière et des Opérations, dont il prend la direction en 2011.
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