OPINION. Transition énergétique : le gaz vert en renfort de l'électricité (Daniel Vigneron)
Daniel Vigneron

Photo d'illustration
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Même si les projections à long terme font toujours débat, la décarbonation de l'économie française impliquerait une hausse de 45 à 65% du recours à l'énergie électrique à l'horizon 2050. C'est ce qu'indique une récente étude du gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) montrant que la baisse de 40% de la consommation finale d'énergie d'ici à 25 ans engendrée par la sobriété énergétique va aller de pair avec le remplacement des énergies fossiles par l'électricité, en particulier dans les secteurs du transport et du chauffage.
Cet impératif d'accélération de la production électrique française suppose bien sûr une montée en puissance significative des énergies renouvelables (ENR) qui ne représentent encore que 28,5% de la production électrique et 14% de la consommation d'énergie primaire de l'Hexagone. Cela dit, cet incontournable développement des ENR ne risque pas d'être fulgurant au regard de l'ampleur des investissements requis ces prochaines années : plus de 1300 milliards d'euros à l'échelle de l'UE d'ici à 2030, selon un rapport de l'Institut Bruegel de décembre 2024.
C'est bien sûr par rapport à ce défi que la France a fait le choix de la relance du nucléaire. Mais le 14 janvier dernier, un rapport de la Cour des comptes est venu doucher les espoirs de ceux qui tablaient sur une « renucléarisation » facile. Selon la Cour, le financement des six EPR de seconde génération prévus par le gouvernement est tout sauf assuré puisqu'il est désormais estimé à quelque 100 milliards d'euros. Un envol des coûts qui a toutes les chances de s'accentuer si l'on se réfère au sextuplement de la facture de l'EPR de Flamanville par rapport aux estimations initiales (de 4 à 23,8 milliards d'euros selon les dernières estimations de la Cour des comptes). Et l'endettement d'EDF ainsi que ses perspectives de rentabilité sur un marché difficile rend l'équation fort compliquée à résoudre.
Ainsi, au premier semestre de 2024, la demande intérieure n'a absorbé que 84% de la production électrique française, boostée par la remise en service de nombreux réacteurs nucléaires et le redémarrage spectaculaire de la production hydraulique. Et si la tendance se poursuit, il est loin d'être acquis que les marchés européens puissent continuer à éponger ces excédents.
Plusieurs facteurs expliquent cette demande atone. Outre un auto-rationnement des agents économiques suite à l'explosion des prix ces dernières années (depuis, ils se sont assagis), on constate ces derniers mois une baisse marquée des achats de véhicules 100% électriques (à la différence des véhicules hybrides) dont le prix élevé est moins contrebalancé par les aides publiques. Et l'on observe parallèlement une chute (-30%) des ventes de pompes à chaleur, conséquence du marasme immobilier, de l'instabilité des différentes formes d'aides et du mauvais rendement de ces équipements durant la saison froide.
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Ces différents constats rendent d'autant plus impérative une réflexion sur les moyens d'assurer une transition énergétique harmonieuse en prenant garde de ne pas trop désinvestir dans certaines énergies fossiles, en particulier dans celle qui est de loin la moins émettrice de C02 (-40% par rapport au pétrole), à savoir le gaz.
Dans plusieurs domaines, le gaz est susceptible d'accompagner la montée en puissance de l'usage de l'électricité décarbonée. C'est le cas en matière de chauffage notamment, où les PAC hybrides (combinaison PAC et chaudière à gaz à condensation) pourraient relancer la demande des ménages en adoucissant leur facture d'électricité.
Il est vrai que, pour remplir l'objectif de neutralité carbone en 2050 ainsi que pour des raisons de prix (+ 55% des prix réglementés depuis juillet 2021) et de réalités géopolitiques (notamment l'arrêt des livraisons russes), le recours au gaz naturel devra progressivement cesser. Mais cette énergie devrait rester une ressource énergétique importante avec la montée en puissance du « gaz vert » (via les procédés de la méthanisation * ou encore de la pyrogazéification **) qui permet de répondre aux exigences de la souveraineté électrique ainsi que de la production décarbonée.
Car le gaz vert est à la fois un facteur de décarbonation (il émet 10 fois moins de CO2 que le gaz naturel) et d'indépendance énergétique puisqu'il est produit avec des intrants présents sur le territoire hexagonal. En outre, la possibilité d'utiliser le réseau de distribution existant (200.000 km en France actuellement) limite l'ampleur des investissements nécessaires.
Si la filière du gaz renouvelable demeure pour l'instant confidentielle (14 TWh produits pour une consommation gazière de près de 400 TWh), ses perspectives de développement à l'horizon 2050 sont immenses : l'Agence de l'Environnement et de la Maitrise de l'Énergie (ADEME) évalue à 220 TWh le potentiel de production pour la seule France, ce qui pourrait engendrer plus qu'un doublement de l'emploi dans le secteur (à 77.000 équivalents temps plein). Dans ses scénarios pour 2050, l'Agence réserve d'ailleurs au biogaz une part de 15 à 20% du mix énergétique à fin d'utilisation dans les secteurs du transport, du résidentiel ou de l'industrie.
En conclusion, le gaz est susceptible de constituer une énergie de transition idéale en attendant que se déploient parallèlement les énergies renouvelables ainsi que de nouvelles capacités nucléaires, vecteurs d'un développement accéléré de la production électrique. Via le recours aux PAC hybrides, il est également susceptible de renforcer la demande d'électricité, condition sine qua non de la baisse du coût d'amortissement des investissements requis dans le secteur.
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* Processus biologique de dégradation des matières organiques
** Traitement thermique via pyrolyse de matières carbonées
Daniel Vigneron