OPINION. « Un autre partage de la valeur ajoutée pour relever les trois défis : inégalités, pouvoir d'achat et retraites ! »
Gérard Fonouni-Farde

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Les débats sur la retraite, sur le pouvoir d'achat et sur les inégalités sociales, posent une nouvelle fois la question du partage de la valeur ajoutée dans notre économie. La valeur ajoutée est la différence entre la production vendue et les achats de biens et services consommés pour réaliser cette production.
Elle représente la production réalisée grâce aux facteurs de production, travail et capital. Elle détermine ainsi au niveau national le PIB.
En contrepartie de cette richesse économique produite, les entreprises distribuent des revenus qui se répartissent entre les revenus du travail sous forme de salaires et les revenus du capital sous forme de profits. Globalement, la part versée sous forme de salaires représente 2/3 de la valeur ajoutée, et celle du capital versé sous forme de profits et dividendes représente 1/3 de cette valeur.
Depuis des décennies, l'évolution de ce partage est restée dans l'ensemble avec les mêmes proportions. La montée des inégalités trouve donc plutôt son origine dans la distribution des revenus primaires personnels avec l'élévation des hauts salaires, et dans la distribution des profits en faveur des actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d'actions.
Depuis la fin des années 90, une proportion croissante de la part du capital est versée aux actionnaires. En 1977, elle était de 3%, aujourd'hui elle s'élève à plus de 11% de la valeur ajoutée. Cela signifie que la part des revenus du capital distribuée aux actionnaires n'a cessé d'augmenter, alors que celle des revenus du travail est restée stable.
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Cela traduit une financiarisation de notre économie. Une financiarisation qui contraint les entreprises à privilégier la rentabilité financière plutôt que l'augmentation de la productivité, de l'investissement et des salaires. Cette distribution creuse davantage les inégalités entre les hauts salaires et les bas salaires dans les entreprises. Elle altère davantage le pouvoir d'achat des ménages modestes en période d'inflation. En effet, faute d'augmentation des revenus du travail, le pouvoir d'achat des ménages ne peut être préservé continuellement.
Sans un accroissement général des salaires, la demande globale ne peut être soutenue à moyen et à long terme. Elle ne peut donc pas stimuler durablement l'offre des entreprises malgré les diverses exonérations fiscales et sociales dont elles sont bénéficiaires. Elle ne peut garantir une croissance durable. De plus, ce défaut de relèvement généralisé des salaires prive notre système de retraite de recettes pour financer ses futurs déficits liés au déséquilibre entre les cotisants et les retraités.
C'est pourquoi un meilleur partage de la valeur ajoutée valorisant les revenus du travail sans amoindrir ceux du capital semble nécessaire.
L'État pourrait, avec les parties prenantes internes des entreprises, mettre en place un mécanisme d'indexation de la hausse des salaires sur celle des profits des petites et moyennes entreprises, assorti en contrepartie d'une baisse de l'impôt sur leurs bénéfices. Un procédé adapté à chaque entreprise, qui permettrait d'augmenter une partie du salaire brut en fonction de l'accroissement du niveau des profits selon un coefficient d'indexation défini par les partenaires sociaux et tenant compte de la situation économique de chaque entreprise.
Dans les grandes entreprises notamment dans les sociétés par actions, un mécanisme d'indexation pourrait être aussi mis en place sur le principe que toute augmentation des dividendes entrainerait en contrepartie une hausse des salaires puisque la richesse créée provient à la fois du capital et du travail. Ainsi, chaque augmentation des bénéfices et des dividendes entrainerait une hausse du salaire brut. Ce dispositif permettrait d'accroître l'ensemble des revenus primaires issus de cette nouvelle forme de répartition de la valeur.
Le niveau de vie des salariés s'améliorerait très nettement grâce à leur pouvoir d'achat garanti. Elle diminuerait les écarts entre les hauts salaires et les bas salaires au sein des grandes entreprises. Elle assurerait la pérennité du financement de la protection sociale, et plus particulièrement celui de notre système de retraite par répartition. Cette répartition primaire soutiendrait l'activité économique en favorisant aussi bien la demande que l'offre.
Par ailleurs, elle améliorerait la performance économique des entreprises en valorisant leurs ressources humaines sans amoindrir leur compétitivité. Renforçant la cohésion sociale dans les entreprises, elle favoriserait le retour d'une gouvernance partenariale dans les entreprises, redonnant ainsi plus de sens au travail. L'État, quant à lui, verrait ses recettes fiscales et sociales augmenter sans hausse des impôts, grâce à l'accroissement des revenus primaires. Ce qui lui permettrait de renforcer davantage les moyens des services publics et de rendre notre système de redistribution encore plus efficace pour réduire les inégalités.
Ces trois défis pourraient ainsi être relevés sans creuser le déficit public et sans pénaliser l'offre des entreprises.
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(*) Gérard Fonouni-Farde est professeur agrégé émérite d'économie. Il est notamment l'auteur de L'économie en quatre leçons, paru chez L'Harmattan en 2022.
Gérard Fonouni-Farde