Pour des Assises Nationales des Appellations d'Origine

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Au départ, c'était une si belle idée : créer des Appellations d'Origine destinées à protéger un savoir-faire, à informer le consommateur et à préserver la qualité de produits du terroir. C'est après que ça a dérapé.
Au départ, c'était une si belle idée : créer des Appellations d'Origine destinées à protéger un savoir-faire, à informer le consommateur et à préserver la qualité de produits du terroir. C'est après que ça a dérapé. (Crédits : Jean-Louis Zimmermann via Flickr CC License by.)
Les Appellations d'Origine viticoles se meurent du fait d'une qualité toujours plus tirée vers le bas et de rendements toujours plus forts qui asphyxient la terre. Par Eric Morain, Cabinet Carbonnier Lamaze Rasle & Associés, avocat au Barreau de Paris

Après le jugement du Tribunal administratif de Dijon ayant annulé la décision de l'INAO qui avait retiré au viticulteur Alexandre Bain son agrément d'appellation d'origine Pouilly-Fumé, il est temps d'ouvrir le chantier des réformes des contrôles des AOP et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle.

Au départ, c'était une si belle idée : créer des Appellations d'Origine destinées à protéger un savoir-faire, à informer le consommateur et à préserver la qualité de produits du terroir. C'est après que ça a dérapé. Très précisément au moment où l'INAO, établissement public administratif, s'est dépouillé de ses pouvoirs de contrôle, gardant son pouvoir de sanction (déconnecté donc) et confiant lesdits contrôle à des organismes privés, de simples associations loi 1901 composées de petits barons, seigneurs de leurs fiefs et fiers de leurs petits pouvoirs.

Contrôles et conflits d'intérêts

La nature humaine étant ce qu'elle est, ces associations ont fait du zèle et leurs membres se sont pris pour des gendarmes, des douaniers, des inspecteurs de tout et de n'importe quoi. Un jour ils goûtent à l'aveugle et rendent leur verdict en toute opacité adoubant les copains et réformant les autres. Un autre ils débarquent dans les vignes à l'improviste pour mesurer la hauteur de l'herbe (une obsession), un autre jour ils veulent inspecter le chai, le livre de cave, les fûts, la comptabilité, que sais-je encore. Alors qu'à quelques encablures de là d'autres viticulteurs "pesticident" à tout-va, brûlent la terre à l'azote et jouent aux apprentis chimistes dans leurs domaines transformés en laboratoire. Mais eux ne sont pas contrôlés aussi sévèrement.

Normal, ce sont eux ou leurs amis qui siègent dans les organismes de contrôle et dans les Syndicats viticoles cadenassés par des statuts impénétrables. A l'heure où l'on parle tant des questions de conflits d'intérêts, à quel moment l'INAO va reprendre les pouvoirs qu'il a délaissés pour en user avec discernement et mesure ? A quel moment le ministère de l'Agriculture va-t-il faire le ménage en Bourgogne, à Gaillac, en Pouilly-Fumé, en Anjou et ailleurs afin de permettre la promotion des vins propres, naturels  et S.A.I.N.S. (Sans Aucun Intrants Ni Sulfite). Les Appellations d'Origine viticoles se meurent du fait d'une qualité toujours plus tirée vers le bas et de rendements toujours plus forts qui asphyxient la terre.

Moralisation du système

A l'heure où l'on parle beaucoup de la moralisation de la vie publique, il est grand temps d'organiser une moralisation du système. Que l'INAO organise des Assises Nationales des Appellations, qu'il y invite l'ensemble des acteurs de la filière viticole (et pas seulement ceux qui peuvent payer des stands ou venir en délégation...), les petits comme les grands, les bloggeurs, les cavistes, les associations de consommateurs, les restaurateurs, les mouvements culinaires. Donnons-leur la parole, écoutons-les si possible et prenons les bonnes décisions pour l'avenir. Au moment où l'accord de Paris sur le climat est remis en cause par certains au nom des intérêts financiers, montrons que notre viticulture n'est pas une exploitante de la terre mais une amoureuse de la planète bleue. Ne faisons pas passer le poids économique des grands industriels du vin avant la question environnementale : mettons cette dernière au centre de la réflexion sur les Appellations pour des Appellations d'Origine propres ! Sinon ? Sinon nous en serons comptables pour les générations futures.

Et si finalement on devait ne pas vouloir faire la promotion de ces vins propres et vivants, au moins qu'on leur "fiche la paix" et qu'on ne les empêche pas d'afficher fièrement leurs origines, pour ne pas en faire des vins de nulle part, des vins orphelins.

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Par Eric Morain, Cabinet Carbonnier Lamaze Rasle & Associés, avocat au Barreau de Paris

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Commentaires
a écrit le 21/06/2017 à 11:16 :
Merci beaucoup pour cet article et il y en a du boulot dans l'agro-industrie dont l'état fait partie intégrante de nettoyage, à tel point qu'on peut tout détruire pour tout recommencer.

LE mal étant bien installé et faisant partie du système il est impossible de le démanteler sans remettre en cause la totalité de notre mode de fonctionnement reposant sur un copinage permanent entre politiciens et hommes d'affaires.

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