Vente de Photonis : l'Etat français met son veto à l'américain Teledyne

 |   |  773  mots
Alignés sur cet arbitrage, les ministères de l'Economie et des Armées se sont accordés à dire qu'il fallait que Photonis reste souveraine
Alignés sur cet arbitrage, les ministères de l'Economie et des Armées se sont accordés à dire qu'il fallait que Photonis "reste souveraine" (Crédits : Photonis)
L'Etat français a averti le groupe américain Teledyne - l'acheteur - et le fonds d'investissement français Ardian - le vendeur - qu'il mettait son veto sur cette opération de rachat.

C'est non. Le groupe américain Teledyne ne pourra pas racheter la PME technologique Photonis au fonds d'investissement français Ardian. Alignés sur cet arbitrage, les ministères de l'Economie et des Armées se sont accordés à dire qu'il fallait que "cette entreprise reste souveraine", selon une source proche du dossier. Florence Parly a beaucoup poussé pour mettre ce coup de frein sur cet investissement étranger. Et dans ce cadre-là, l'Etat "ne peut envisager une option de vente à une société américaine, explique une source à l'Hôtel de Brienne. On estime que c'est trop souverain pour être cédé à un groupe américain". C'est clair et net et "il n'y a pas eu de débat", fait-on valoir à l'Hôtel de Brienne. Le groupe américain d'ingénierie et d'électronique Teledyne était en négociations exclusives depuis début février, comme l'avait révélé l'AFP mi-février.

Logiquement, l'Etat "a signifié de manière explicite" sa décision au vendeur et à l'acheteur, précise-t-on à la Tribune. Une grande première pour l'Etat français, qui d'habitude préfère décourager en amont les investisseurs dont il ne veut pas sur des entreprises stratégiques. L'Etat tente à chaque fois dans ce type de dossier de trouver un équilibre entre deux principes opposés : attractivité de la France et souveraineté. Sur Photonis, la balance a cette fois-ci penché carrément vers la protection de la base industrielle et technologique de défense française. Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a souhaité dans une interview accordée mercredi à BFM Business "garantir que les lunettes de vision nocturne, qui sont une technologie sensible et qui équipent l'armée française restent françaises".

Safran, Thales et Bpifrance "travaillés au corps"

Et maintenant ? Soit Ardian met son projet de vente de Photonis au frigo - ce qui serait "la solution optimale" pour le gouvernement -, soit l'Etat français trouve une alternative à Teledyne, de préférence française. "On recherche une solution française évidemment", explique-t-on dans l'entourage de la ministre des Armées. Et les regards se tournent donc vers Safran et Thales, qui avaient déjà été sollicités comme l'avait révélée La Tribune. Ces deux fleurons de l'aéronautique française avait décliné l'offre. "On va les travailler au corps et il ne faut pas préjuger de ce travail au corps", souligne-t-on. Selon nos informations, Safran et Thales sont prêts à prendre des participations minoritaires.

Bruno Le Maire a donc demandé à Thales d'étudier un rachat de Photonis : "Nous avons une part du capital dans Thales. Je pense qu'il faut engager la discussion pour voir si une reprise est possible", a-t-il expliqué mercredi matin sur BFM Business.

Et Bpifrance ? La banque publique, qui jusqu'ici a fait la sourde oreille sur ce dossier, va être également sollicitée. "On regarde dans quelle mesure Bpifrance peut prendre un ticket mais, de toute façon, la banque ne bouclera pas le tour de table à elle tout seule", explique-t-on à La Tribune. Mais pas sûr que les trois acteurs sollicités plongent les yeux fermés sur Photonis, dont la valorisation atteint un sommet de près de 500 millions d'euros (soit 10 fois l'Ebitda). "Parfois les intérêts court terme et financiers ne sont pas exactement les intérêts long terme de l'Etat", rappelle-t-on.

Pourquoi l'Etat a mis son veto

Sur ce dossier, le gouvernement a fait "une analyse appuyée et approfondie de ce que représente Photonis pour l'Etat français". Cette entreprise, dont le siège social se trouve à Mérignac, est un des leaders mondiaux de la conception et de la fabrication de tubes intensificateurs de lumière dans les secteurs de l'aéronautique, de la recherche et de la défense ainsi que pour des applications à débouché commercial. Elle dispose d'une nouvelle technologie dans le numérique qui va permettre de communiquer non plus à travers le cuivre mais par la lumière. D'une façon générale, Elle a notamment vendu ses équipements militaires et de sécurité aux forces spéciales de tous les pays de l'OTAN.

En outre, Photonis, qui travaille sur la détection neutronique, envoie ses équipements  pour le laser Megajoule et la direction des applications militaires du CEA. Cette PME fabrique des petits instruments qui permettent de compter les neutrons, de mesurer les flux neutroniques ce qui permet de contrôler la façon dont les réactions nucléaires peuvent se dérouler. "On comprend facilement pourquoi c'est un acteur important", fait-on observer au ministère des Armées.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/03/2020 à 1:35 :
Le veto français pour la vente d'une entreprise quelqu'elle soit, devrait obligatoirement déboucher par l'achat de celle-ci par le gouvernemet, ou par une vente à un groupe 100 % français, pour ne pas frustrer les investisseurs du fond vendeur.
a écrit le 07/03/2020 à 10:08 :
Enfin , on dit stop à Trump qui ne nous fait pas de cadeaux , qui a demandé à MBS de snober la France , qui se désengage se Syrie , qui donne raison au sultan contre nous , qui permet à la Russie d'avancer ses pions , qui se met le monde à dos
Réponse de le 08/03/2020 à 7:33 :
Bien que province américaine, la France tente effectivement de résister à ses maîtres. Néanmoins la politique de Trump est moins dangereuse pour la paix mondiale que celle de ses predesseurs, de bush à Obama (destruction et déstabilisation du proche Orient et de la Lybie). A cet égard,on peut considérer que la Russie est un element pacificateur, notamment en Syrie et le désengagement des usa de ce pays est une bonne nouvelle.
a écrit le 06/03/2020 à 17:54 :
Où est donc le fonds souverain français dont on parle depuis des lustres ? Et la ''réserve'' destinée à payer les retraites ?
Quel gâchis !
a écrit le 06/03/2020 à 9:58 :
et une fois de plus la Commission Européenne va s'opposer au " véto " Français au nom de l'Article 63 du TFUE (ex-article 56 TCE) :
« 1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.
2. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »
quant au fameux " intérêt stratégique national " , qu'en est-il devenu déjà pour Alsthom ?
du simple papier toilette ! (je reste poli)
a écrit le 05/03/2020 à 21:11 :
Bravo au Gvt. Honte a Ardian
a écrit le 05/03/2020 à 18:37 :
Bonne décision, surtout après la conduite du gouvernement américain sur ses propres technologies dont il interdit l'utilisation en fonction de son agenda international, la France doit rester maitre de ses technologies..
a écrit le 05/03/2020 à 17:57 :
Les fonds américains ne intéressent qu'aux brevets d'une entreprise européenne,à fortiori une pépite qui est innovatrice dans le secteur de la défense /Otan. .
a écrit le 05/03/2020 à 14:43 :
Parfaitement d' accord. Pas de vente pour l' étranger des sociétés sensibles point de vue défense et sécurité 'ational.
a écrit le 05/03/2020 à 11:19 :
Sage décision pour notre indépendance militaire, la technologie est prometteuse et les américains ne feraient pas autre chose.
On aimerai à savoir pourquoi Thalès et Safran, et autres ne sont pas intéressés par ce dossier...
a écrit le 05/03/2020 à 11:08 :
Sage décision pour notre indépendance militaire, la technologie est prometteuse et les américains ne feraient pas autre chose.
On aimerai à savoir pourquoi Thalès et Safran, et autres ne sont pas intéressés par ce dossier...
a écrit le 05/03/2020 à 10:53 :
comme par hasard juste avant les municipales (tout à fait contraire aux habitudes d'un Etat obèse surtout préoccupé de sa survie).
a écrit le 05/03/2020 à 9:10 :
Le très (?) intelligent Bruno le Maire, incapable de créer le moindre fonds de pension à la française, n’a qu’à re-investir -directement ou indirectement- une partie du milliard d’euros des « pépites françaises » qu’il est très fier d’avoir vendues récemment aux émiratis en se vantant de l’attractivité française !
Réponse de le 05/03/2020 à 14:23 :
Ou encore de ces centaines de millions sortis de nul part pour son majestueux Airbus des Batteries,on devrait le renommé M.Airbus,il en voit partout.
Réponse de le 05/03/2020 à 19:39 :
On nous dit que les Français sont mauvais en économie. Ce commentaire tend à nous le confirmer. Le gouvernement n'a pas reçu de milliard des Emiratis. et pas plus qu'il n'a vendu aux Emiratis des biens qu'il ne possède par ailleurs pas. Il a seulement obtenu que ceux-ci contribuent à un fond que constitue le gouvernement pour financer des boîtes françaises. Le gouvernement n'encaisse donc pas un sous. Ce sont ces boites qui encaisseront les sous contre une prise de participation du fond. Si on ne comprend pas le mécanisme, on se met à fantasmer sur des milliards qui ne sont pas la propriété de l'état.
a écrit le 05/03/2020 à 6:28 :
Enfin, mais combien de fesses a-t-il fallu botter?
a écrit le 04/03/2020 à 23:45 :
Ce qui est incompréhensible ds cette affaire, c'est qu'une E aussi strategique soit détenue par un vulgaire fond classique d'investissement qui plus est français.
Que l'E détienne des savoirs faire " secret défense" ou ultra sensibles ds le domaine militaire, le fond s'en fout et contre fout. Et là réside peut'être une erreur d'appréciation ds la stratégie de diversification des actifs.
A partir du moment où il a aidé l'E à se développer et à prendre de la valeur, il peut estimer à son corps défendant qu'il a fait le job et qu'il doit en retirer un juste retour.
Une telle main mise de l'Etat pourrait s'apparenter à une spoliation, sauf qu'il peut arguer à juste titre la raison d'Etat pour préserver la souveraineté et la sécurité nationale tt en reprochant à ce fond de s'être aventuré à ses risques et périls en terrain " défendu" et ultra sensible, sachant que les choix d'investissement ds les domaines civils classiques ne manquent pas.
Après, le plus à même d'intégrer cette boîte, c'est Thalès (aidé par un fond étatique dit souverain comme BPI) car il équipe ttes les armées de l'OCDE avec ses lunettes de visée nocturne et détient actuellement un énorme marché de renouvellement.
Pas sûr qu'il soit très chaud pour intégrer plusieurs centaines de collaborateurs et les " synergies" qui vont avec.
a écrit le 04/03/2020 à 21:58 :
Impossible sans l' aval de l' UE, l' auteur sait-il si la France a l' aval de l' UE sur ce dossier spécifique ?
Réponse de le 04/03/2020 à 23:37 :
activité stratégique/militaire donc hors du périmetre de l'Europe.
Réponse de le 05/03/2020 à 10:49 :
@r2d2 Je n' en suis pas si sûr, avez-vous quelque chose, une source ou un lien qui en atteste ? Il me semble que la France doit obtenir un format d ' exception de l' UE pour conserver.
Réponse de le 05/03/2020 à 14:27 :
Tout ce qui concerne ce genre de domaine,l'Ue n'a pas de pouvoir.
D'ailleurs encore heureux,je vous laisse imaginer si l'Ue tenter d'empêcher l'État d'agir et de "protéger" une entreprise "stratégique".
Dans une période ou notre dirigeant vante l'Europe et une industrie-défense européenne,ça passerait très mal et il serait décrédibiliser.
En plus de ça,l'Ue se donnerait encore une plus mauvaise image d'elle même et serait attaquer d'avantage par divers groupes politiques sur son "intrusion" sur la souveraineté nationale.
Réponse de le 05/03/2020 à 19:49 :
@Observateur C 'est aussi pour cela que je demande un lien, une source car en l' état la France ne peux pas s' opposer, libre circulation des hommes et des capitaux dans l' UE si l' UE n' a pas validé.
D' autres sites produisent d' autres analyses et indiquent que l' état ne s' oppose pas au rachat, littéralement ne mets pas son véto mais demande des garanties aux américains ou cherche des actionnaires français pour entrer au dossier. Je verrais bien Le Maire faire son habituelle gonflette.
a écrit le 04/03/2020 à 20:44 :
Merci, j'aurai jamais pensé dire cela au gouvernement, mais merci pour cela.
a écrit le 04/03/2020 à 20:44 :
Enfin une réaction positive du gouvernement, la suite, des fonds de pension français pour sécuriser le capital des sociétés tricolores.
Réponse de le 04/03/2020 à 23:46 :
Hélas je crains qu'il n'y ait jamais de fonds de pension. Nous sommes dans un pays de schizophrènes où tout un chacun dit que les riches s'enivrent de dividendes à la bourse et les critiquent mais où personne ne veut y investir ses économies. Ils n'ont pas compris ou on ne leur a jamais expliqué que sur un fond de pension les à-coups boursiers sont filtrés sur 42 ans.
Réponse de le 05/03/2020 à 11:01 :
https://www.caissedesdepots.fr/

https://www.bpifrance.fr/

https://www.economie.gouv.fr/agence-participations-etat/Les-participations-publiques

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :