Photonis : et maintenant ?

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Qui pour rependre la PME technologique Photonis
Qui pour rependre la PME technologique Photonis (Crédits : Photonis)
Après le veto du gouvernement à la vente de Photonis à un groupe américain, quels sont les scénarios sur l'avenir de cette PME technologique.

Quel avenir pour Photonis dès lors que l'Etat a mis son veto sur la vente de cette pépite française à un groupe américain ? Au-delà d'un signal clair au marché (les technologies stratégiques françaises protégées), les regards se tournent logiquement vers Safran et Thales, qui avaient déjà été sollicités cet automne. Ces deux fleurons de l'aéronautique française avait alors décliné l'offre. "On va les travailler au corps et il ne faut pas préjuger de ce travail au corps", soulignait-on la semaine dernière dans l'entourage de la ministre des Armées, qui a l'intention de revenir à la charge. Selon nos informations, Safran et Thales restent encore prêts à prendre des participations minoritaires aux côtés d'un ou de plusieurs investisseurs majoritaires. Mais pas à ce niveau de valorisation qu'ils jugent bien trop élevé au regard de l'endettement élevé de Photonis, selon des sources concordantes.

Le ministre de L'Economie Bruno Le Maire a d'ailleurs demandé mercredi dernier à Thales d'étudier un rachat de Photonis : "Nous avons une part du capital dans Thales. Je pense qu'il faut engager la discussion pour voir si une reprise est possible", a-t-il expliqué sur BFM Business.

Clients de Photonis, notamment Thales (Safran préfère s'approvisionner en grande partie avec d'autres technologies), les deux groupes avaient répondu négativement à cette demande :  ils estimaient à l'automne qu'il n'était pas souhaitable de verticaliser un sous-traitant. Car il existe le risque pour ce fournisseur de se couper de ses autres clients maîtres d'oeuvre. En outre, les deux industriels grinçaient des dents à l'idée de gérer des activités dans le portefeuille de Photonis loin de leurs préoccupations. C'est toujours le cas et c'est ce que le ministère des Armées avait compris et accepté, avait-on expliqué alors à La Tribune.

Safran et Thales sur la défensive

Safran et Thales sont donc à nouveau sur la défensive sur ce dossier. Pour plusieurs raisons. Ils craignent que l'Etat se défile une fois lancées les discussions avec Ardian, le fonds propriétaire de Photonis. Surtout ils sont inquiets du silence du gouvernement sur l'identité de l'actionnaire majoritaire de cette PME. "C'est cela qui est vraiment perturbant", souligne-t-on à La Tribune. La banque publique Bpifrance, qui a jusqu'ici fait la sourde oreille sur ce dossier, va être elle aussi sollicitée. "On regarde dans quelle mesure Bpifrance peut prendre un ticket mais, de toute façon, la banque ne bouclera pas le tour de table à elle tout seule", explique-t-on à La Tribune. Ainsi, trois actionnaires minoritaires de ce type pourraient très certainement faciliter et attirer des industriels ou des fonds français (PAI par exemple ?). Très investi sur ce dossier, le ministère des Armées continue de chercher des industriels français pour reprendre Photonis.

En outre, chez Safran, on a toujours en travers de la gorge deux décisions récentes de la direction générale de l'armement (DGA) : la DGA a sélectionné des équipements israéliens (lunettes optroniques et robots mules) alors que Safran Electronics & Defense était aussi en compétition. C'est le Belge OIP Sensor Systems et l'allemand Telefunken-Racom (3.000 lunettes optroniques), en réalité les faux-nez de l'Israélien Elbit, ainsi que Roboteam (robots mules) qui ont été au final sélectionnés. Et résultat, explique-t-on pour le manque d'enthousiasme sur le dossier Photonis, "il a manqué des preuves d'amour" de la part du ministère.

A défaut d'une solution rapide, Bruno Le Maire peut nationaliser Photonis de façon temporaire, le temps de trouver une solution pérenne. Le ministre de L'Economie l'a bien fait pour STX en 2017 afin de "continuer à négocier avec Fincantieri". Enfin, dernière solution, Ardian met son projet de vente de Photonis au frigo. Ce qui serait "la solution optimale" pour le gouvernement et pour Safran et Thales. Mais pas pour Ardian, qui allait toucher un pactole...

Mais où est le fonds souverain français ?

Ce n'est pas nouveau mais le dossier Photonis a une nouvelle fois révélé l'absence d'un fonds souverain français pour protéger la base industrielle et technologique de défense française et renforcer le capital des pépites françaises. D'autant que la banque publique Bpifrance ainsi que l'Agence des participations de l'Etat (APE) ont été complètement absentes et étrangement silencieuses sur ce dossier. Bruno Le Maire doit passer la deuxième sur son projet "Silver Lake", ou "Lac d'Argent" en français. Mubadala, le fonds souverain d'Abu Dhabi, va investir un milliard d'euros dans un projet de fonds d'investissement français, opéré par bpifrance, a annoncé fin février le ministre de l'Economie. Il a vocation à terme à atteindre une dizaine de milliards d'euros. Mais il est temps de joindre les actes à la parole...

L'Agence de l'innovation de défense (AID) souhaite également lancer un fonds, doté de 500 millions d'euros. Les industriels de la défense français ont été sollicités pour abonder ce fonds mais ils ont décliné, selon des sources concordantes. Ils l'ont même récemment expliqué à la DGA et à l'AID : pas question de faire du private equity, via ce fonds. Ce n'est pas leur rôle, ont-ils précisé. Il est vrai qu'ils ont déjà leur outil à l'image de Safran avec Safran Ventures.

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a écrit le 06/04/2020 à 12:44 :
La mondialisation débridée, c'est terminé pour les produits ou En. stratégiques et éventuellement, autre.
Qu'on se le dise !!
Maintenant, Safran ou Thalès pourraient être intéressés par une diversification possible qu'offre cette PME avec une orientation plus marquée vers des cdes militaires, ds un contexte plus que probable de réduction du marché aéronautique civil.
a écrit le 12/03/2020 à 20:21 :
Défense : l’État dit « non » à la vente de Photonis à une entreprise américaine
Pour l’État, il n’est pas question que Photonis, cette entreprise qui développe des équipements militaires de vision nocturne, passe sous pavillon américain. Des discussions sont en cours avec des industriels français pour protéger la souveraineté technologique militaire.
Source : BFM TV (5 mars)

Ce n’est pas un vrai NON de l’État. En effet, il ne s’oppose pas au rachat de Photonis (qui n’est pas en faillite), il espère seulement réussir à inciter d’autres entreprises à faire une meilleure offre. En réalité, l’article 63 du TFUE interdit le contrôle des flux de capitaux. Et donc la France n’a plus le pouvoir de protéger ses entreprises françaises stratégiques des rachats étrangers.. Source UPR.fr
a écrit le 10/03/2020 à 10:25 :
Dommage que les dirigeants ait coupé la branche médicale de Photonis en 2008 alors qu'ils étaient leaders dans les photomultipliers de l'imagerie médicale scanner TEP et Scintigraphie et se concentrer seulement sur le marché militaire de vision nocturne.
a écrit le 09/03/2020 à 17:54 :
en attendant le rappel de la France, par la CE, au Traité de Fonctionnement de l'UE !
a écrit le 09/03/2020 à 14:47 :
Bizarre ce dossier quand même. L'entreprise est "stratégique" mais la DGA choisit des concurrents.
Pourquoi les propriétaires actuels veulent ils vendre ?
L'endettement est très élevé : pourquoi ?
Quelles sont les perspectives pour ce "fleuron" dont aucun industriel national ne veut ?
Réponse de le 09/03/2020 à 16:17 :
Parce que la France n' a jamais mis son véto, il faut l' accord de l' UE voilà encore un coup de com qui se trouve confirmé par d'autres journaux.
a écrit le 09/03/2020 à 12:14 :
ce pays a des problèmes sérieux avec tout ce qui est industriel.....voir la DGA délaisser nos industries est scandaleux.... (sauf causes sérieuses....)
mais on fait des pont d or à la tech....et aux fintech... sans parler des start up dont 90% vont mourir.... et on n 'est pas foutu de monter un fond "industrie" qui tienne la route....alors qu on va bientôt faire des courbettes aux assureurs et aux banques pour l abondement de plan épargne retraite.....(mais sans le crier sur les toits....réforme des retraites oblige)

hep's, on se réveille?
a écrit le 09/03/2020 à 10:02 :
Comme la fdj, on ouvre le capital uniquement aux français, pas aux groupes d'investisseurs étrangers, avec une bonne pub du gouvernement, ça peut le faire..
a écrit le 09/03/2020 à 9:12 :
Encore et toujours de la schizophrénie. On veut un fond souverain mais on refuse le moyen de le constituer - le fond de pension. On hait les riches qui dit-on font des milliards en bourse, mais on refuse de les imiter. On râle contre les taux bas mais on a mis l'an dernier 16 Milliards (excusez du peu) sur des livrets qui rapportent des clopinettes.On veut plus d'aides sociales mais moins d'impôts. On veut plus de retraite mais en travaillant moins longtemps. On pourrait ainsi continuer une liste à la Prévert.
Réponse de le 09/03/2020 à 11:30 :
J'appuie totalement cette analyse. La France est un des rares pays à ne pas disposer d'un fonds souverain alors que la vente récente de belles entreprises industrielles à des groupes étrangers a montré les dégâts sur l'emploi, sur la localisation des centres de décisions, sur l'aspiration des innovations technologiques...
Il faudrait que nos décideurs comprennent que l'industrie pour se développer a besoin de temps longs et donc d'un actionnariat stabilisé et sécurisé. Les fonds de pension spéculatifs qui recherchent des rentabilités à 2 chiffres dans les 2-3 ans qui suivent leurs investissements ne sont pas les solutions aux besoins de l'industrie.
Réponse de le 10/03/2020 à 4:56 :
Pas de fonds souverain mais la caisse des dépôts et la bpi, cela revient au même.

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