« Pour une production agricole efficiente et durable »
Gilles Nassy

Photo d'illustration
DR
Gilles Nassy

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La France est depuis des siècles un pays agricole fondé sur l'exploitation familiale de terres, Autrefois féodale, l'organisation foncière a évolué tout au long de l'histoire. Les fermiers sont devenus propriétaires et les lois de succession égalitaires de la révolution ont assuré une fragmentation du foncier agricole.
L'accélération des réformes agraires s'est produite lors des 30 glorieuses, au nom de la modernité et de l'autosuffisance alimentaire stratégique. Les agriculteurs qui étaient 5 millions au sortir de la guerre sont désormais 400.000 pour nourrir les Français et exporter dans le monde où la population ne fait que croître.
Le tracteur, la génétique végétale et animale, les produits phytosanitaires, les antibiotiques vétérinaires, les bâtiments d'élevage, le machinisme agricole ont constitué des avancées fondamentales pour l'agriculture. La quantité et qualité des denrées produites se sont considérablement élevées. La productivité agricole associée à l'industrialisation de la production alimentaire a rendu possible la baisse des prix au consommateur, la part alimentaire dans son budget passant de 35% en 1960 à 22% en 2023.
Mais récemment un changement de paradigme est survenu. Alors que, depuis toujours, l'enjeu de l'agriculture fut sa capacité à nourrir la population, voici qu'aujourd'hui une société urbaine et bien nourrie demande à l'agriculture de laisser la nature reprendre certains droits sur les territoires productifs conquis par l'Homme.
La génération née à partir des années 90 est la première à n'avoir pas connu la ferme de ses grands-parents. Elle a un lien distancié avec la vie animale et avec les contraintes de l'agriculture. Elle revendique une certaine idée de la nature et exige que les activités agricoles se fassent sans impact sur cette nature réputée intrinsèquement bonne et généreuse. Cette génération privilégiée a perdu le lien avec la terre. Elle semble se construire une nouvelle religion basée sur l'amour de la nature et le mépris de la production.
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Dans ce contexte de fracture générationnelle, des questions légitiment se posent quant aux limites de la croissance agricole mondiale et de ses impacts sur l'environnement. Dans les pays les plus libéraux les consommations d'énergie, d'eau, de phytosanitaires, d'antibiotiques, les émissions de GES croissent et inquiètent sur la soutenabilité du système. Face à l'impérieuse nécessité de bien nourrir les Hommes toujours plus nombreux, la question des limites planétaires et des impacts sur l'environnement se pose désormais, en particulier hors d'Europe dans les territoires non encore exploités par l'Homme.
Face aux risques de l'agriculture intensive deux philosophies s'affrontent dans le débat public :
La première voie n'est pas nouvelle, elle s'apparente à ce qu'on avait coutume d'appeler le progrès. Les moyens que l'Homme a trouvé au fil de son histoire pour s'extraire des contraintes naturelles et repousser les limites planétaires (forêts, marais, polders...) lui ont permis de produire une nourriture suffisante à sa survie.
En France, les pratiques agricoles modernes se sont déployées et ont permis à l'agriculture française de devenir autosuffisante, puis exportatrice dans le monde, avec une apogée dans les années 80 où la France devient le deuxième exportateur mondial. Cette agriculture française efficace et productive a permis aux entreprises alimentaires de devenir des leader mondiaux constituant ainsi la première industrie française en nombre d'emplois.
Mais aujourd'hui une nouvelle vision du monde se pose comme alternative au progrès technique : la décroissance et la frugalité :
Ici l'objectif n'est plus exclusivement de nourrir les hommes et leur apporter bien-être et satisfaction, mais d'épargner la nature pourtant domestiquée par l'Homme depuis longtemps. Les externalités négatives de l'agriculture productive ne sont plus tolérables pour une génération d'urbains qui n'a jamais connu ni la campagne ni la pénurie. Ce qui n'est pas produit sur nous terres pourra toujours être importé.
Une agriculture durable à la fois productive, nourricière et rentable est déjà là. Ici le mot durable ne signifie pas un retour à la nature sauvage mais « qui ne met pas en danger le potentiel productif du futur » ; qui ménage les terres et les ressources biologiques : fertilité, capital génétique des animaux, qualité et quantité de la ressource en eau, matière organique et biodiversité des sols...
La science et la technologie se sont penchées sur les solutions. Nombre d'entre elles sont déjà appliquées en France avec succès moyennant la technicité des hommes et des investissements techniques. Elles ne s'envisagent que sur des fermes performantes. Elles engendrent un surcoût qui justifie de protéger nos marchés des importations qui ne les appliquent pas.
Supprimer les produits animaux pour épargner l'environnement n'a pas de sens. D'une part du fait de leur valeur nutritionnelle (protéines, oméga 3, en fer héminique, calcium, zinc, vitamine B12...) et d'autre part du fait de leur complémentarité avec l'agronomie végétale (bouclage des cycles de l'azote et du carbone (5)). Imposer de réduire leur consommation exposerait les populations à un risque de santé publique inutile. (1, 2, 3).
Nourrir suffisamment c'est aussi rendre accessible l'alimentation aux populations précaires. Une étude récente indique que 37% des Français se déclarent en insécurité alimentaire en 2023. Ils étaient 11% en 2025 (4). L'efficience et la productivité restent donc des impératifs de l'agriculture nationale. Si elle ne les atteint pas les Français s'approvisionneront auprès d'autres bassins de production plus efficaces.
Les ressources d'une économie sont toujours basées sur la production. La France, autrefois grande puissance industrielle, a été contrainte de délocaliser ses productions manufacturières du fait des contraintes qu'elle a imposé à ses usines et à une concurrence extérieure plus compétitive.
Les secteurs agricole et alimentaire sont désormais les principaux bastions de l'industrie française. L'agriculture a vocation à poursuivre les progrès engagés depuis des siècles à l'aide de la science, de la technologie et du savoir faire des professionnels. Abandonner notre capacité de production ne ferait que déplacer les pollutions. Cela affaiblirait le potentiel de production des nombreuses filières agricoles sur lesquelles s'appuient des leaders industriels mondiaux pour faire tourner leurs usines et nourrir les Français et les Européens.
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(1) Contribution of terrestrial animal source food to healthy diets for improved nutrition and health outcomes, FAO 2023.
(2) Approximately Half of Total Protein Intake by Adults Must be Animal-Based to Meet Nonprotein, Nutrient-Based Recommendations, With Variations Due to Age and Sex. ASN Florent Vieux et al, The Journal of Nutrition Nutritional Epidemiology. 2022
(3) Intérêt des produits carnés chez l'enfant et l 'adolescent. P.Tounian, Viandes & Produits Carnés 2022
(4) Modifications de l'alimentation. Montée de l'insécurité alimentaire. Etude Cways avril 2024
(5) A Vision Paper for a sustainable livestock sector in Europe - Animal Task Force - May 2024
Gilles Nassy