Pourquoi il faut investir massivement dans la troisième révolution agricole

TRIBUNE. Dans le cadre du plan France 2030, 2 milliards d'euros vont être consacrés à l'agriculture pour lancer la troisième révolution agricole qui s'appuiera sur le numérique, la robotique et la génétique. Par Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

3 mn

Julien Denormandie.
Julien Denormandie. (Crédits : Reuters)

Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle révolution agricole ? A l'évidence oui, et c'est ce que nous observons partout sur nos territoires.

Jusqu'à présent, le monde agricole moderne a connu deux révolutions majeures : la première à l'issue de la Seconde Guerre mondiale avec la généralisation du machinisme ; puis dans la seconde partie du XXe siècle, avec la généralisation de l'agrochimie. Deux révolutions agricoles qui ont permis d'atteindre l'objectif qui avait été fixé aux agriculteurs de France : produire en quantité suffisante pour nourrir le peuple. Après cela, la vision qui a été développée pour ces agricultures a consisté à réduire les effets de ces révolutions, en passant à de l'agriculture raisonnée ou encore en développant des pratiques agroécologiques. Les agriculteurs s'en sont largement saisis sur le terrain. Ces transitions étaient et restent absolument nécessaires.

Nos importations n'ont cessé d'augmenter

Mais force est de constater que ces transitions, bien trop souvent, se font au détriment du compte de résultat des agriculteurs, et donc de la pérennité de leurs exploitations ; ou bien au détriment de notre objectif de production, et donc de notre mission nourricière première. Résultat : nos importations n'ont cessé d'augmenter à mesure que nous réalisions nos transitions sans se préoccuper des impasses techniques qu'elles engendreraient. Cela remet en cause notre souveraineté alimentaire et privilégie trop souvent l'importation de produits de moins bonne qualité, moins-disants d'un point de vue environnemental et nutritionnel.  L'exemple des fruits et légumes est frappant : il y a 20 ans, nous importions d'autres pays 35% des fruits et légumes qui se trouvaient sur nos étals ; ce chiffre est pratiquement de 50% aujourd'hui.

C'est une réalité, mais ce n'est pas une fatalité. Nous avons aujourd'hui la possibilité et la responsabilité de changer la donne, en ouvrant un nouveau chapitre de notre histoire agricole : celui de la troisième révolution, celle du vivant et de la connaissance, en laquelle nous croyons profondément.

Associer création de valeur environnementale et économique

Et cette révolution doit prendre trois appuis : le numérique, la robotique et la génétique.

Des nouvelles technologies à l'agro-robotique, en passant par des solutions de biocontrôle ou de sélection variétale, les innovations se développent en France ou existent d'ores et déjà grâce à un écosystème d'acteurs innovants, dynamiques et audacieux. Ces innovations permettent de sortir d'impasses techniques, auxquelles nous sommes encore trop souvent confrontés. D'associer création de valeur environnementale et économique. De faciliter le travail de nos agriculteurs, de mieux préserver nos ressources, de limiter les émissions carbone, tout en augmentant la qualité nutritionnelle de nos productions grâce à l'innovation dans nos chaînes alimentaires. En réalité, cette révolution de la connaissance et du vivant est déjà engagée dans nos territoires : stations météo prédictives pour mieux gérer les ressources en eau, robots pour désherber mécaniquement même en agriculture de conservation, sélection variétale pour développer des plantes plus résilientes face aux sécheresse ou aux attaques de ravageurs... les possibilités sont déjà immenses, et nous n'en sommes qu'aux prémices !

Mais, si nous voulons réussir cette troisième révolution agricole, alors nous devons investir massivement et sans attendre pour accompagner nos agricultures dans cette direction. C'est ce que nous faisons avec France 2030, avec près de 2 milliards d'euros et jusqu'à 2,8 milliards d'euros en intégrant les moyens du plan d'investissement d'avenir, dédiés à notre souveraineté alimentaire.

Parce qu'il n'y a pas de pays fort sans agriculture forte, il nous faut une agriculture à même de répondre au double défi de la nutrition et du carbone.

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Commentaires 8
à écrit le 13/10/2021 à 18:30
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Encore une révolution agricole qui va engraisser les agro-fournisseurs et les banques, au détriment des agriculteurs. Les agriculteurs doivent augmenter la part de la valeur ajoutée qu'ils apportent à notre alimentation : Ils n'en perçoivent qu'envir...

à écrit le 13/10/2021 à 15:30
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arrêtons de subventionner bêtement l'agriculture Il suffit de regarder le patrimoine des agriculteurs àleur depart en retraite !!!!!!de plus si les petits agriculteurs on du mal a s'installer c'est bien la faute aux gros qui sous combine de GAEC acca...

à écrit le 13/10/2021 à 9:50
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La nouvelle agriculture sera en "ique". Il manque un mot: "connerique"! En bon Français, des "couillonades".

à écrit le 13/10/2021 à 9:43
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"Dans le cadre du plan France 2030, 2 milliards d'euros vont être consacrés à l'agriculture " Donc en plus dès 8,9 milliards d'euros (prix courants) sur la période 2021-2027 ( 9,4 milliards d'euros pour 2014-2020 ) dans le cadre du projet de réfo...

à écrit le 13/10/2021 à 9:05
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Ce qu'il faut a l'agriculture c'est de "progrès" dans la pratique et non pas "d'innovation" qui poussent les intervenants a s'endetter!

à écrit le 13/10/2021 à 8:19
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"numérique, la robotique et la génétique" Bref ceux qui ont détruit la vie sur terre en vendant des produits qui tuent la vie sur terre font la feuille de route des politiques alimentaires de notre pays, ça pue la défaite quand même non ? J'ai vu un ...

le 13/10/2021 à 9:31
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Avec l'évolution du climat, je ne sais plus où ils sont revenus aux plantes anciennes qui étaient acclimatées à leur région, les trucs novateurs (OGM ou pas) montrant leurs limites. Les apprentis sorciers ont des progrès à faire (ou pas). :-)

le 13/10/2021 à 12:05
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Il faut essayer toutes les plantes et arbres du monde partout, le changement climatique est impressionnant dans sa traduction, on ne peut pas qu'essayer de renforcer notre végétation de terroir il faut aller chercher également partout dans le monde c...

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