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Pourquoi les Français préfèrent Édouard Philippe à Emmanuel Macron ?

Timothée Gaget

Publié le 12 juin 2020 à 15:30 - Mis à jour le 12 juin 2020 à 15:38

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Reuters/Philippe Wojazer

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27 juin 2026

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OPINION. Alors que la macronie devient fébrile à l'approche du remaniement gouvernemental et qu'Emmanuel Macron s'adressera à la Nation ce dimanche, le maintien de la cote de popularité du Premier ministre par rapport à celle du Président s'explique par une stabilité dans son expression et sa ligne politique, quand celles d'Emmanuel Macron semblent varier selon les auditoires et les circonstances. ParTimothée Gaget, ancien avocat, président de l'agence de communication stratégique ARTCHER.

La Ve République avait pour habitude de se choisir des Présidents indéboulonnables s'adjoignant les services d'un Premier ministre, plus ou moins fidèle, mais toujours fusible. Le deal était que le vizir, quelles que soient ses ambitions personnelles, ne prenne pas la place du sultan. Ce dernier garde d'ailleurs pour lui les occasions de briller : diplomatie, vœux aux Français, défilés militaires, panthéonisations, discours devant le Parlement réuni en Congrès, cependant que l'autre graisse les rouages gouvernementaux pour que le maître des horloges ne manque pas son rendez-vous avec l'Histoire.

Laurent Fabius, aussi brillant soit-il, n'avait pas l'aura de Mitterrand, Villepin ne pouvait tâter le cul des vaches comme Chirac, Fillon séduire la droite populaire comme Sarkozy, ni Valls cajoler le PS comme le faisait Hollande. Les tentatives de trahison du Premier ministre envers son Président sont d'ailleurs peu fructueuses : Rocard, Balladur, Valls, Fillon... Sans doute Emmanuel Macron s'est-il dit la même chose : comment le maire du Havre, juppéiste peu connu du grand public, aurait-il pu lui faire ombrage ?

Macron meilleur en général batailleur qu'en censeur impérial

Le Premier ministre est d'ordinaire le gilet pare-balles du Président. Hélas, dès 2017, les bombes ont succédé aux balles (Bayrou en examen, affaire Benalla, démission de Hulot, Gilets jaunes, GriveauxGate). Toutes visaient davantage le Président que le gouvernement de la France. Le Président en sortit fragilisé, le Premier ministre quasi-indemne.

Après l'hyperactivité de Sarkozy, et l'hypernormalité de Hollande, Macron voulait prendre de la hauteur, il sembla hautain. La crise du Covid19 a accentué la différence de communication des deux hommes. Tous deux sont remontés dans les sondages mais l'écart s'est creusé (le Président à 39% et le Premier ministre à 46%1). Philippe, épaulé d'un Olivier Véran volontaire, a incarné le directeur général qui lutte sur le terrain contre une épidémie, cependant qu'Emmanuel Macron endossait les habits solennels d'un père de la Nation.

Erreur. Macron, c'est Bonaparte au pont d'Arcole, il excelle en campagne, présidentielle, économique, diplomatique ou sociale (adresse aux jeunes, aux patrons, grand débat post-Gilets jaunes) et déçoit en empereur emphatique (discours de victoire 2017, premier discours de Covid...).

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Liberté, égalité, sincérité

La différence la plus flagrante au sein du couple exécutif est certainement que le Premier ministre s'adapte à son auditoire mais reste toujours lui-même, tandis que le Président semble changer de visage. L'élocution, le vocabulaire, la gestuelle d'Édouard Philippe varient peu selon qu'il s'adresse à un soignant, à la presse ou à l'Assemblée Nationale. A l'inverse, le Président de la République, que l'on sait amateur de théâtre, démultiplie les registres. A trop bouger, l'image devient floue et les Français commencent à douter de la sincérité de l'expression présidentielle.

Alors que l'un conseillait de boire du détergent pour lutter contre le Covid et que l'autre faillit y passer, Trump et Johnson bénéficient d'une meilleure cote de popularité au sortir du confinement qu'Emmanuel Macron. Partout dans le monde, le discours populiste l'emporte sur le discours étatiste. Les Français sont peut-être, eux aussi, davantage terriens que jupitériens. Ils préfèrent la confiance à la transparence (ils ont aimé Mitterrand, Chirac, DSK, Balkany...) et la sincérité directe à la pensée complexe. L'allocution présidentielle de dimanche est donc fort attendue.

La République en Marche dispersée

Ces doutes sur la personnalité profonde du Président renforcent ceux sur la ligne politique de LREM. La Macronie semblait de droite (rendre l'État agile, patrons de multinationales invités à Versailles, discours des Bernardins) mais le programme post-confinement vire à gauche (dette abyssale, abandon de la réforme des retraites et de l'assurance-chômage, souverainisme protecteur). Après avoir fait cautionner la baisse du nombre de fonctionnaires et la demi-suppression de l'ISF par d'ex-socialistes, le triréacteur de droite Philippe-Le Maire-Darmanin va désormais défendre la relance étatique et le refus de fermer des usines qui ne tournent pas.

Dans le même temps, à Lyon, Gérard Colomb, socialiste historique et premier soutien d'Emmanuel Macron, fait alliance avec la droite pour conserver la mairie. A Bordeaux, une alliance LR-LREM est créée pour sauver le fief de Juppé.

Les députés LREM veulent peser sur l'avenir de la Nation mais la révélation des conseils de casting gouvernemental qu'a adressé Gilles Le Gendre (chef des Marcheurs à l'Assemblée nationale) au Président de la République est dévastatrice : non seulement le cœur du projet politique semble être de déboulonner le Premier ministre mais, pour le mettre en œuvre, il conviendrait de contourner un Parlement jugé pas au niveau (le groupe LREM appréciera), avant d'aller prêcher une nouvelle homélie conceptuelle « réinvention », « rééquilibrage politique », « dépassement », « méthode de concorde »... qui émoustillera les commerçants et coiffeurs saignés par trois mois de confinement autant qu'une relance de cotisations Urssaf.

Alors que la division est partout (blancs et racisés, héros et fainéants, pro et anti-Raoult, vieux riches et jeunes déclassés, bobos moralisateurs et ruraux démoralisés), les citoyens, de plus en plus attirés par le populisme, attendent une ligne claire, sur le fond et sur la forme, quitte à ce qu'elle soit clivante. Elle permet d'adhérer à des idées ou de les combattre. A vouloir contenter tout de monde, on ne convainc plus personne. La communication présidentielle ou gouvernementale est l'expression de convictions et la pédagogie d'une vision, mais jamais une fin en soi. A ne voir s'envoler que des ballons d'essai, on en vient à douter de la réalité de la montgolfière.

________________

1 IFOP pour le JDD

Timothée Gaget

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