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Robert Jules

Publié le 21 juin 2017 à 08:00

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LA CHRONIQUE DES LIVRES ET DES IDÉES. Dans son ouvrage intitulé « Non, ce n'était pas mieux avant », aux éditions Plon(*), l'économiste suédois Johan Norberg réfute l'idée générale que nous vivons dans un monde qui va de plus en plus mal. Chiffres à l'appui, il montre que cette impression de malheur est davantage dominée par l'émotion que par la raison. Et met en garde contre un tel aveuglement qui favorise l'accession au pouvoir de leaders populistes dont les politiques sont davantage synonymes de...

L'humanité n'a jamais aussi bien vécu qu'aujourd'hui. C'est la thèse iconoclaste développée par Johan Norberg, dans son ouvrage « Non, ce n'était pas mieux avant » (éditions Plon) (*). Sous-titré « Dix bonnes raisons d'avoir confiance dans l'avenir », ce best-seller international enfin traduit en français s'inscrit dans le sillage d'un autre livre qu'il avait publié il y a quinze ans, « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » (éditions Plon). Prenant à revers la contestation altermondialiste, cet économiste et historien des idées suédois y montrait, chiffres à l'appui, les bienfaits de la libéralisation du commerce international. Il réitère sa démonstration en montrant que la litanie consistant à se plaindre de l'état du monde est erronée.

Jamais l'espérance de vie n'a été aussi élevée

Comment Norberg arrive à une telle conclusion ? En s'appuyant sur des données chiffrées puisées à des sources aisément consultables sur internet, et en recourant à nombre d'exemples historiques qu'il compare à la situation présente. Il montre ainsi que jamais l'espérance de vie n'a été aussi élevée, que la pauvreté et la violence sont en baisse constante, que de plus en plus de personnes mangent à leur faim et ont accès à une eau potable et des conditions d'hygiènes minimales, que, même si la lutte contre le réchauffement climatique est un problème majeur, la qualité de l'environnement s'améliore, que l'analphabétisme a considérablement chuté, que les libertés politiques se sont étendues et que l'égalité des citoyens a progressé.

Ainsi, sait-on que l'espérance de vie (moyenne) est passée de 39 ans en 1900 à 71 ans aujourd'hui, en raison notamment de la chute de la mortalité infantile (décès des enfants de moins de 1 an). Et non seulement nous vivons plus longtemps mais aussi en meilleure santé, grâce au progrès de la médecine.

La chute de l'extrême pauvreté à travers le monde

En 1800, 94% de la population était dans une extrême pauvreté (définie par un revenu équivalent à moins de 2 dollars par jour de pouvoir d'achat par la Banque mondiale). Aujourd'hui, c'est moins de 10%, majoritairement concentrés en Afrique, alors même que le nombre d'habitants de la planète a été multiplié par 7 (7,4 milliards).

Nous sommes devenus également plus riches. Le PIB mondial a augmenté autant au cours des 30 dernières années que durant les 30.000 années précédentes. Il est passé (ajusté de l'inflation) de 33.000 milliards de dollars en 1986 à plus de 73.000 milliards de dollars aujourd'hui. Il y a 30 ans, il s'élevait à 6.600 dollars par habitant, aujourd'hui il atteint 10.000 dollars.

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La diffusion des progrès de la médecine profitent à tous

Mieux, la diffusion des progrès profite à tous. Norberg indique ainsi que dans un pays où le revenu annuel par habitant est de 1.000 dollars, le taux de mortalité infantile était de 20% en 1900, aujourd'hui il est de 7%. Les pays les plus pauvres bénéficient donc aussi des progrès de la médecine développés dans les pays les plus riches.

L'un des chapitres les plus surprenants est celui sur la violence. Malgré un XXe siècle qui a connu deux guerres mondiales, et une multitude de conflits, son niveau recule constamment. Au Moyen Age, le taux d'homicide en Europe s'élevait à 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, il est de 1 pour 100.000. Même le nombre de morts liés aux guerres est en recul, passant d'un ratio de 195 pour 1 million en 1950 à 8 pour 1 million en 2013.

Parcourir un maximum de kilomètres avec le minimum d'essence

Même la situation de l'environnement n'est pas aussi dégradée, selon Norberg, ce qui paraît surprenant au regard des informations quotidiennes qui nous annoncent sa destruction lente. Ainsi, l'évolution constante des techniques agricoles devrait réduire la surface dédiée à l'agriculture et permettre à l'avenir le retour à la nature de millions d'hectares. Même la qualité de l'air s'améliore : le niveau de pollution aux Etats-Unis (le pays le plus pollueur) est 63% plus bas aujourd'hui qu'il était en 1980, grâce à des technologies toujours plus efficientes. Exemple dans le transport : le navire porte-conteneurs Maersk Mc-Kinney Møller, long de 400 mètres et haut de 20 étages transportant 18.000 conteneurs, a un système de propulsion qui lui permet de parcourir un maximum de kilomètres avec le minimum d'essence. Même sa lenteur par rapport à d'autres navires est compensée par le plus grand diamètre de son hélice.

Norberg ne se contente pas d'accumuler des exemples et de comparer les données, il suggère des solutions à la lumière des informations recueillies. Ainsi, investir 10 milliards de dollars dans des centrales électriques alimentées par le gaz naturel permettrait de sortir de la pauvreté 90 millions de personnes. La même somme consacrée à la production d'électricité alimentée par des énergies renouvelables n'en sortirait qu'entre 20 à 27 millions. Norberg en déduit qu'il faut approcher ces problèmes avec pragmatisme et sans a priori idéologique.

La survie n'est pas la vie

Pour les êtres humains, sortir de la pauvreté est une première étape, mais la survie n'est pas la vie. Dans cette optique, l'accès à l'éducation est essentiel. Sortir de l'ignorance c'est devenir plus libre, plus autonome, ce qui favorise les échanges avec d'autres personnes.

Norberg rappelle qu'en 1800, à peine 12% des individus savaient lire, 40% en 1950, aujourd'hui 86%. Il souligne également que, si les femmes furent longtemps exclues du système éducatif, elles sont aujourd'hui 96% par rapport aux hommes à savoir lire. Cet accès à l'éducation leur a permis de pouvoir travailler, de s'émanciper, même s'il reste encore beaucoup à faire. Norberg cite un rapport du cabinet de conseil McKinsey qui a calculé que la parité intégrale sur le marché du travail entre hommes et femmes pourrait augmenter le PIB de 26% d'ici à 2025.

L'influence des mauvaises nouvelles

Au regard de toutes ces données positives, la question est de savoir pourquoi nous sommes persuadés que nous vivons une période de « déclinisme », en particulier dans les pays développés. Johan Norberg l'explique par la diffusion d'informations qui sélectionnent les mauvaises nouvelles : catastrophes naturelles, terrorisme, faits divers, chômage... donnant l'impression que le monde est rempli de malheurs, qu'ils sont la norme. Et les images frappent davantage en provoquant nos émotions que les chiffres que nous sous-estimons qui s'adressent à la raison.

Une impression renforcée par le biais d'internet. Le sensationnalisme se substitue aux faits, comme l'atteste par exemple la méfiance à l'égard de la vaccination qui a pourtant était un progrès décisif dans la lutte contre les ravages mortels causés par certaines maladies.

Une autre explication est la critique convenue, en particulier dans le monde occidental, de la notion de progrès économique mesuré par le PIB, alors même - et c'est le premier intérêt du livre de Norberg - qu'il nous a  permis d'accéder à des conditions de vie meilleures. De manière générale, les progrès de la science sont mis en doute, comme l'atteste le commerce florissant des pseudosciences, tandis que, sur le plan intellectuel, le rationalisme est remis en cause par les différentes formes de relativisme qui caractérisent le postmodernisme lequel conteste l'idée de progrès qui avait accompagné le siècle des Lumières.

Le risque de la montée du populisme

Mais ce qui inquiète Norberg et justifie la rédaction de son livre est la montée du populisme. Loin d'être un optimiste béat, l'économiste suédois voit dans ce phénomène politique, qu'ont illustré l'élection de Donald Trump et le Brexit, le risque d'une régression dangereuse. En effet, dans un monde perçu comme allant de plus en plus mal par l'opinion publique, la quasi-totalité des dirigeants politiques et ceux qui aspirent à l'être se présentent comme des sauveurs proposant des solutions qui vont résoudre tous nos supposés malheurs. Et ce sont les leaders à forte personnalité qui séduisent le plus en promettant le retour aux jours heureux, jouant sur la fibre nostalgique.

Johan Norberg n'affirme pas que tout est parfait, loin s'en faut. Il est le premier à souligner que si la situation s'améliore pour le plus grand nombre sur la planète, elle ne s'améliore pas pour tout le monde. Il rappelle que près de la moitié de la population des pays à revenu faible ou intermédiaire souffre de maladies liées au manque d'eau potable et de services d'assainissement. Et que dans les pays développés, les classes moyennes subissent une stagnation de leurs revenus.

Le progrès lié à la liberté des individus

Mais Norberg rappelle aussi que le développement dans l'histoire a souvent été lié à des institutions qui garantissent la liberté des individus, et non à des régimes autoritaires. Le progrès économique dépend en effet de la liberté d'échanger et de développer les idées sans être entravé par les politiques autoritaires de leaders paternalistes. « Davantage de pays, dans davantage de parties du monde, ont désormais accès à la totalité du savoir humain et sont ouverts aux meilleures innovations venues d'ailleurs », rappelle Norberg, qui souligne que « même si la richesse et les vies humaines peuvent être détruites, le savoir disparaît rarement. Il continue à se développer. » Il y a un effet cumulatif du savoir, d'autant plus qu'il est facile à partager. C'était déjà la thèse de Matt Ridley dans « The Rational Optimist », hélas, toujours pas traduit en français.

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Si ce n'était pas mieux avant, il dépend donc de nous aujourd'hui que ce soit mieux demain, car « ce serait terrible de penser que le progrès va de soi », avertit Norberg. Et le premier mérite de son livre est de nous le rappeler.

(*) Johan Norberg, « Non ce n'était pas mieux avant », éditions Plon (mai 2017), 272 pages, 17,90 euros.

Robert Jules

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