PSG-Manchester City, un Golfico très au-delà du football

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(Crédits : DR)
Derrière le match PSG contre Manchester, il y a la compétition entre le Qatar et Abu Dhabi Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, CEO de ZENON7 PUBLIC AFFAIRS, Président de j c g a

Match retour ce mardi soir à l'Etihad Stadium de Manchester, 90 ou 120 minutes de Football entre le PSG et Manchester City. Deux ambitieuses machines sportives, financières mais aussi diplomatiques s'affrontent pour une place en demi finale de la prestigieuse et lucrative Champions League.

Le « Golfico » comme on le raille ou on le célèbre, ce PSG-Qatar ManCity-Abou Dabi, en référence aux fonds privés ou souverains qui financent les deux clubs en lice, est beaucoup plus qu'un « derby » sportif déplacé sur la scène européenne entre deux clubs nourris aux pétrodollars emirati et autres gazodollars qatari. La puissance économique des deux petits Etats du Golfe brille comme d'autres venus d'Asie, de Russie ou d'Amérique du Nord au cœur d'une Europe largement aux prises avec les crises financière et économiques.

Les moyens ne suffisent pas

Depuis qu'ils ont été rachetés, respectivement en 2008 par l'Abu Dhabi United Group for Investment and Development, un fonds d'investissement dirigé par le cheikh Mansour bin Zayed, membre de la famille régnante d'Abu Dhabi pour Manchester City et en 2011, par QSI (Qatar Sports Investments) pour le PSG, le club de Manchester a dépensé plus d'un milliard d'euros, pour celui de Paris on dépasse les 500 millions d'euros !

Malgré ces moyens hors norme, l'Europe du Football ne se livre pas, pour l'instant, aux deux prétendants. Manchester City joue son tout premier quart de finale de Champions League. Quatre fois de suite qualifié à ce niveau, le PSG demeure, jusqu'à ce soir, incapable d'aller plus loin. Ne devient pas qui veut en quelques années le FC Barcelone, le Real Madrid, le Bayern de Munich, la Juventus de Turin ou Manchester United. Même avec des moyens apparemment juste limités par le Fair Play financier de l'UEFA.

Un épisode de la guerre économique

Maintenant s'il s'agit d'une ambition sportive partagée : remporter la Ligue des Champions, les enjeux réels de ces engagements financiers dépassent très largement cette seule dimension pour tenter d'affirmer leurs positions respectives dans le business mondialisé et le marché de l'influence géopolitique. Rappelons qu'Abu Dhabi c'est l'un des sept petits états composants les Émirats Arabes Unis et un peu moins d'un million de citoyens. Le Qatar de son côté compte moins de 300 000 qatari.

Se joue ce soir un épisode d'une guerre économique et diplomatique qui s'éclaire à la lumière et l'audience des joutes de la Champions League et plus largement dans la stratégie croisée des 2 pays pour l'expansion de leur présence et de leur influence dans le sport et la culture. Entre autres pour le Qatar, les Mondiaux de handball l'an prochain la Coupe du Monde en 2022, Abu Dhabi organise un Grand Prix de Formule 1 et héberge les spin off du Louvre, de la Sorbonne et du Guggenheim.

 L'Europe, une des scènes privilégiées

Nous assistons au déplacement des espaces de compétitions territoriales. Le sport professionnel de haut niveau comme la culture d'excellence et dans le désordre, leurs passions, leurs géographies, leurs influences sociétales, leurs audiences médiatiques, leurs marchés florissants ... leurs espaces de para-diplomatie sont des plateformes de développement territorial avec peu d'équivalents contemporains.

L'Europe et ses compétitions nationales ou continentales, au premier chef la Champions League et la Premier League anglaise de Football, est l'une des scènes privilégiées de ces affrontements d'un nouveau genre qui mettent en scène de fausses multinationales sportives. Multinationales de joueurs, de techniciens, de partenaires ... mais bel et bien des vitrines soldatesques d'ambitions nationales.

Compétiteurs-adversaires

Les Émirats Arabes Unis et le Qatar ne sont certes pas des ennemis en conflit, mais bel et bien des compétiteurs adversaires sur les marchés multiples du Golfe et d'ailleurs. Une compétition multi-niveaux et sur tous les terrains pour un leadership régional qui passe aussi par le soutien actif à des forces rivales dans les conflits du Moyen-Orient. Sans oublier une rivalité religieuse pleine d'aspérités. En 2014, les Émirats Arabes Unis, l'Arabie saoudite et Bahreïn ont retiré leurs ambassadeurs pour protester contre le soutien du Qatar pour les Frères musulmans et d'autres groupes islamistes.

Ce quart de finale retour est donc un rappel spectaculaire de la façon dont les évolutions des rapports de force dans le sport professionnel et le football illustrent fidèlement les ruptures mondiales plus larges qui sont à l'œuvre.

Et l'ambition et la fibre dépensière des deux États n'est pas près de s'arrêter. En 2016, quelles que soient leurs fortunes sportives européennes, la montée en gamme de l'armement s'annonce dans les 2 camps. A Manchester arrivée, au poste d'entraîneur, de l'ex Barcelonais Pep Guardiola, qui quitte le Bayern Munich. Et nettoyage en profondeur dans l'effectif autour de nouvelles stars. On parle même de la superstar Léo Messi ! À Paris un renouvellement de l'équipe est en préparation et là aussi de nouvelles étoiles sont espérées : Neymar voire Cristiano Ronaldo ... La bataille continue et nous ... nous demeurons simples spectateurs.

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