Rebond ou rechute des émergents en 2016 ?

 |   |  688  mots
(Crédits : DR)
Les économies émergentes, notamment les BRICS, ont subi une crise sévère en 2015. L'année 2016 n'est pas très bien engagée, même si un rebond est possible, lié à une simple stabilisation. Rien de spectaculaire. Par Samuel Delepierre, économiste à BSi Economics

L'année 2015 n'aura pas été de tout repos pour les économies émergentes, qui ont dû naviguer dans des eaux mouvementées. Si certains évènements étaient anticipés, comme le virage de la politique monétaire américaine ou le ralentissement de l'économie chinoise, d'autres ont surpris par leur rapidité et leur ampleur, comme la chute du prix des matières premières, la dépréciation de certaines devises émergentes ou l'appréciation du dollar face à l'euro.

Une croissance de plus en plus faible

Les économies émergentes ont donc connu en 2015 un nouveau ralentissement. Et ce pour la cinquième année consécutive. Autrement dit, depuis 2010 et le rebond post-crise, la croissance des émergents n'a cessé de baisser : elle est passée de 7,5 % en 2010 à 4 % en 2015. Si bien que le différentiel avec les économies avancées -dans lesquelles la situation s'améliore progressivement- a chuté de plus de 5 points de pourcentage entre 2006 et 2010 à 2 points en 2015.

L'optimisme du FMI

2016 sera-t-elle l'année de la reprise? Le FMI -qui a rendu public ses prévisions de croissance mondiale le 19 janvier- table une nouvelle fois sur un léger rebond des économies émergentes, dont la croissance se redresserait à 4,3 %. La Banque mondiale, dont les dernières prévisions datent du début du mois, prévoit également que la situation s'améliorera en 2016, avec une croissance à 4,8 %.
Ces prévisions peuvent paraître optimistes, pour au moins deux raisons :
- D'abord, sur la décennie écoulée, la croissance des économies émergentes a été très étroitement corrélée à celle de la Chine. Or, celle-ci devrait continuer de baisser en 2016: la cible du gouvernement chinois est à 6,5 %, tout juste entre les prévisions du FMI (6,3%) et celles de la Banque mondiale (6,7 %). Toutes choses égales par ailleurs, la croissance dans les émergents s'établirait donc autour de 3,5/4 % cette année.

- Deuxièmement, les prix du pétrole ont récemment de nouveau diminué (en deçà de 30 dollars le baril mi-janvier 2016), et ne devraient pas significativement rebondir cette année. Certains analystes tablent même sur un pétrole à 20 dollars le baril. Si quelques grands émergents bénéficient de cette baisse (la Turquie et l'Inde par exemple), elle affectera nombre de producteurs et exportateurs, au premier rang desquels le Brésil et la Russie, qui de par leur taille impacteront l'ensemble de leurs régions respectives, comme ce que l'on a observé en 2015.

Une croissance potentielle surestimée

Outre ces deux facteurs pénalisant, on pourrait ajouter que depuis la crise, les prévisions de croissance pour les économies émergentes se sont bien souvent révélées optimistes. A titre d'exemple - mais cela est vrai pour la majorité des institutions qui réalisent des prévisions -, le FMI a systématiquement révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les économies émergentes. Ainsi, depuis 2010, le rebond attendu l'année suivante ne s'est jamais produit. Certes, des événements inattendus (d'ordre financier, économique, climatique, ou politique) ont parfois joué. Mais ces révisons s'expliquent aussi par la surestimation de la croissance potentielle, passée de 6,5 % en 2010 à 5 %, selon les dernières prévisions de moyen terme du FMI.

Un léger mieux possible

Néanmoins, et en dépit de ces facteurs d'inquiétude, un léger mieux dans les économies émergentes n'est pas complètement à exclure. Paradoxalement, ce « rebond » s'expliquerait par les performances particulièrement mauvaises de 2015. En effet, en 2015, nombre de pays ont sous-performé, traversant pour certains d'entre eux une récession sévère (-3,8% au Brésil, -3,7% en Russie, -12% en Ukraine). Si l'activité venait à se stabiliser dans ces pays en 2016, sans nécessairement rebondir, cela aurait mécaniquement un impact favorable sur la croissance des émergents dans leur ensemble. Dans le cas de la Russie, qui passerait d'une croissance de -3,7 % à -1% selon le FMI, cela générerait une augmentation de la croissance agrégée des émergents de 1,3 point. Sans être négligeable, ce rebond technique des économies émergentes ne saurait toutefois traduire une amélioration durable, encore moins une inversion de la tendance.


Samuel Delepierre, économiste à BSi Economics

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :