Réindustrialisation de la France : la nécessité d’une véritable stratégie robotique

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Adrien Poinssot, Sales Manager France chez Universal Robots
Adrien Poinssot, Sales Manager France chez Universal Robots (Crédits : DR)
Dans le cadre de son programme “Nouvelle France Industrielle”, l’Académie des technologies a présenté un panel de recommandations pour repositionner la robotique française dans la concurrence internationale. Zoom sur un marché français à la traîne et sur les moyens proposés pour soutenir l’industrie et les emplois. Par Adrien Poinssot, Sales Manager France chez Universal Robots.

Impulser la réindustrialisation française et amener chaque entreprise à moderniser son outil industriel et à transformer son modèle économique par le numérique. Ce sont les objectifs de la Nouvelle France Industrielle (NFI), mise en place par le gouvernement en 2013. Ce programme repose sur des solutions industrielles entendant apporter des réponses concrètes aux grands défis économiques et sociétaux et positionner les entreprises sur les marchés d'avenir, dans un monde où le numérique supprime les cloisons entre industrie et services.

C'est dans le cadre de ce programme que l'Académie des technologies propose aujourd'hui un ensemble de recommandations pour repositionner la robotique française dans la concurrence internationale. Cet établissement public administratif, placé sous la tutelle du ministre chargé de la recherche, considère en effet que la technologie est source de progrès pour l'humanité tout entière. Ses membres (ingénieurs, industriels, chercheurs, sociologues, économistes...) examinent les questions qui leur sont soumises pour émettre différentes recommandations, notamment en ce qui concerne la filière robotique française. Quels axes de développement pour ce marché qui peine à se développer et à se structurer dans l'Hexagone ?

La filière robotique en France, un marché à la traîne

Le constat de l'Académie des technologies est en effet clair : la France est forte en recherche robotique, mais faible dans la production de machines. Quant à leur utilisation dans nos usines, là encore, le constat est dur : l'industrie française n'est pas assez robotisée malgré des chiffres en progression. Selon une étude de l'IRF 2016, la France comptait en 2015 près de six fois moins de robots que l'Allemagne et près de deux fois moins que l'Italie, avec un écart qui tendait à se creuser. Et d'ajouter à cela que selon l'étude "La Robotique en France", l'Hexagone recensait 3 045 robots industriels vendus en 2015, soit une hausse de 3,4 % par rapport à 2014 (World Robotics 2016). Or, la robotique en France représente 150.000 emplois, pour un taux de croissance annuel moyen de 29,4 % entre 2008 et 2014, et en 2015. Comment expliquer alors que la France soit seulement le cinquième exportateur mondial de robots en valeur ? Pour répondre à cette question et inverser la tendance, l'Académie des technologies a donc proposé quelques axes concrets de développement.


Supprimer l'idée de taxer les robots

En France, les discours anti-robots provoquent l'anxiété et l'incompréhension d'une partie de nos compatriotes, véhiculant des idées négatives qui peuvent se révéler très destructrices. L'Académie estime ainsi que la « taxe robot » serait une catastrophe pour la filière robotique française émergente : elle constituerait un handicap financier sérieux face à ses concurrents étrangers et une réelle entrave pour notre industrie.

La mise en place d'une taxe est totalement contreproductive : elle risquerait de dissuader les entreprises d'investir dans ces technologies et de créer de la valeur due à une meilleure productivité. Et donc de ralentir l'adoption des robots et leur acceptation par les Français. S'il n'est pas question de nier les doutes inhérents à cette technologie, comme à toute autre, le public doit bénéficier d'une approche objective sur les apports de la robotique à la compétitivité extérieure de l'économie, mais aussi sur les bénéfices en termes de formation et d'emplois créés par une robotique de premier rang.

Enseigner la robotique à l'école

Cette idée de renforcer les connaissances du public en termes de formation et d'emploi est en lien avec la dernière recommandation de l'Académie : promouvoir l'enseignement de la robotique à l'école. Ses objectifs sont à la fois institutionnels, éducatifs et pédagogiques. Il s'agit en effet de développer les compétences en informatique et en bureautique, d'apprendre à travailler en équipe autour de projets, mais aussi de créer un tremplin pour les jeunes, à tous niveaux de compétences, et dans différentes filières non exclusives (Bac Pro, écoles d'ingénieurs, thèses de doctorat, etc.). L'enseignement des métiers de la robotique est un enjeu de taille pour l'industrie Française frappée d'une pénurie d'intégrateurs, de programmeurs et d'agents de maintenances en robotique. Les compétences manquent d'ores et déjà cruellement, qu'en sera-t-il plus tard pour les rôles qui émergent dans l'entreprise, comme le référent cobotique ou le facilitateur technologique ? A terme, cet enseignement aboutissant à la création de compétences opérationnelles permettra également le partage d'applications, de connaissances ou de solutions Open Source entre PME. Il contribuera ainsi à doter la France d'un outil de compétitivité réelle pour leur production. C'est en diversifiant la formation qu'il sera  possible de changer l'image de l'industrie et d'attirer de nouveaux profils.

C'est pour ce faire que le plan Macron entend créer un fonds de 10 milliards d'euros destiné à financer « l'industrie du futur ». Espérons qu'outre ces recommandations, il signe l'avènement d'une industrie réellement tournée vers les nouvelles technologies, comme catalyseur de la compétitivité française et centre d'attraction de talents.

Le « cobot », pierre angulaire de la « robotcalisation » ?

Bien que pertinents, ces deux axes de développement ne suffiront pas. Il s'agira également de redéfinir les contours du marché de la robotique pour en définir les indispensables pour la production française. Car si les robots traditionnels sont particulièrement adaptés pour les process maîtrisés et les grandes séries, ils éloignent les équipes de production, figent les procédés et complexifient l'outil de production.

Alors comment lancer un programme de « robotcalisation » face à une telle problématique ? Une production en France plutôt qu'en Asie minimiserait le transport, les défauts et les délais. L'enjeu, répondre plus tôt, plus vite et plus finement aux besoins et attentes du marché local. Mais pour produire proche, mieux, et en conservant savoir-faire et emplois, il ne s'agira pas de se tourner seulement vers les solutions traditionnelles, mais bien vers les « cobots ». Ces robots collaboratifs, qui prennent le contrepied de leurs ainés, en délestant l'humain des tâches répétitives et pénibles à fort risque de TMS, pour le laisser se concentrer sur celles à valeur ajoutée. Des robots qui, au-delà de leur faible coût, leur bon rendement et leur confort d'utilisation, sont simples et rapides à programmer.

Ces outils constituent ainsi une solution inédite d'automatisation pour les PME françaises, soutenant l'industrie et les emplois. Ils permettent aux entreprises d'améliorer leur productivité et de rester compétitives, en apportant de nombreux atouts: flexibilité et adaptation aux productions en petites séries, ponctuelles ou saisonnières, répartition intelligente des tâches, valorisation des salariés sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, réduction de la pénibilité du travail, et donc, gains de productivité... Il est donc essentiel pour les entreprises françaises de jouer la carte de la robotique.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2017 à 7:52 :
Il faut taxer l'énergie consommée par les robots et utiliser cette taxe pour financer les charges sociales. Qui veut en débattre?

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