Reporting extra-financier  : les entreprises ont poursuivi leurs efforts malgré la pandémie

OPINION. Comment la crise sanitaire a-t-elle impacté les pratiques relatives aux déclarations de performance extra-financière (DPEF) des entreprises françaises ? À cette question légitime après une année en tous points inédite, une réponse claire se dégage : en dépit de situations très contrastées, les entreprises ont poursuivi leurs progrès en 2020. Toutefois, si la crise n'a entamé ni l'engagement RSE des entreprises, ni leurs efforts en matière de reporting, des points de vigilance sont à souligner. Par Edwige Rey, Associée Responsable RSE & Développement Durable chez Mazars

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(Crédits : Reuters)

Dans un contexte de bouleversements et d'urgences en tous genres, la capacité des entreprises à reporter des informations extra-financières de qualité pouvait poser question. Mais les process ont su démontrer leur robustesse. En effet, la qualité comme la fiabilité des contenus des DPEF 2020 se sont révélées similaires voire meilleures que celles des années précédentes1.  Une amélioration notable a même été observée : les vérificateurs indépendants ont émis moins de réserves et de commentaires qu'à l'habitude.

Autre bonne nouvelle : le volontarisme des entreprises en matière de RSE, qui non seulement n'a pas faibli, mais s'est surtout renforcé. Si 2020 n'a pas été une année révolutionnaire sur ce point, une tendance s'est néanmoins confirmée : les acteurs français ont continué de prendre des engagements avec des objectifs chiffrés et datés, en particulier en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de neutralité carbone.

Seule ombre au tableau, la crise rend l'interprétation des résultats plus ardue. Car comment distinguer les améliorations dues à la conjoncture (diminution des accidents, réduction des émissions carbones, etc.) de celles découlant des actions concrètes mises en place ? Difficile de procéder à une analyse fiable des informations extra-financières de 2020 : il faudra attendre plusieurs années pour pouvoir confirmer les conclusions avancées au regard des trajectoires préalablement définies.

L'enjeu climat bien intégré, la préservation de la biodiversité encore secondaire

Comme le démontrent leurs dernières DPEF, les entreprises ont bien pris en main le sujet climatique. Les attentes ont été intégrées et traduites par la mise en place d'une série d'objectifs concrets à horizon 2025-2030 et de moyens adaptés pour les atteindre. Mais si l'environnement et le climat sont identifiés par les entreprises comme les principaux risques extra-financiers, la biodiversité, autre objectif majeur du Pacte Vert pour l'Europe, reste encore un sujet secondaire - bien que la prise de conscience progresse et que certaines entreprises s'appuient déjà sur de premiers outils de mesure d'impact spécifiques.

Pour le organisations les plus avancées, pas question d'attendre la mise en place d'un indicateur universel pour agir : à juste titre ! Effectivement, rares sont les entreprises à partir de zéro et les méthodologies et outils développés pour la préservation du climat peuvent nourrir les stratégies à mettre en place pour protéger la biodiversité. Pour avancer sur ce sujet clé, comme d'ailleurs sur l'ensemble des problématiques RSE, il est recommandé de mettre en place des jalons clairs pour évaluer l'avancée des plans d'action à intervalles réguliers, et les corriger si nécessaire. C'est le seul moyen d'éviter de découvrir, peu avant l'échéance, que les objectifs fixés ne pourront être atteints.

La taxonomie pas suffisamment anticipée, un appel à la vigilance

A compter de l'exercice 2021, la réglementation imposera aux entreprises de préciser dans leurs DPEF leur part d'activités vertes telles que définies par la taxonomie européenne. Or, pour l'heure, rares sont les entreprises à mentionner cette dernière dans leurs déclarations. Ce manque d'anticipation contraste avec le travail qui avait été fourni antérieurement dans la perspective du passage de la réglementation du Grenelle 2 à la DPEF en 2019, ou encore dans le cadre de l'annonce de l'entrée en vigueur, en 2024, de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CRSD) - bien que la maturité des entreprises françaises en la matière soit plutôt bonne du fait de la DPEF.

Contexte exceptionnel, complexité de la réglementation sur la taxonomie, publication des standards CRSD prévue pour 2022 seulement... De multiples raisons peuvent expliquer le choix des entreprises de repousser leur prise en main de certains sujets. Cependant, ce manque d'anticipation appelle à la vigilance, car la taxonomie des activités vertes constitue un changement notable d'approche qui impliquera assurément de fournir un travail supplémentaire dans les prochains mois.

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