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Sanctions contre Hanouna : un pays libre n'a pas besoin de CSA

Thibault Raisse

Publié le 21 juin 2017 à 13:17 - Mis à jour le 21 juin 2017 à 13:36

Le Quotidien Numérique

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Après le canular controversé de Cyril Hanouna et les réactions qui ont suivi, la question posée est celle de légitimité et de l'utilité du CSA. Par Thibault Raisse, journaliste indépendant spécialisé dans les questions de justice et de société.

« Mais que fait le CSA ? » La question est revenue à la fréquence d'une coupure pub dans les jours qui ont suivi le canular controversé de Cyril Hanouna. Dans son émission « Touche pas à mon poste » du 18 mai dernier, l'animateur avait piégé par téléphone des homosexuels répondant à une fausse annonce déposée par Hanouna lui-même sur un site de rencontres gay. La séquence, dans laquelle la star de C8 se délectait des allusions très « cash » de ses interlocuteurs incrédules, a entraîné près de 40.000 signalements au CSA, et l'ire de nombreux observateurs, élus, ou acteurs du débat public sommant l'autorité indépendante de sévir.

D'abord muets, les Sages ont fait savoir 5 jours après la diffusion qu'une instruction avait été ouverte mais qu'ils n'en maîtrisaient pas le calendrier, celle-ci étant confiée à un rapporteur indépendant. Heureux coup du hasard, ce même 23 mai, les conclusions de deux autres procédures intentées contre l'animateur fin 2016 ont été transmises au CSA. Deux séquences étaient visées. La première montrait la détresse d'un chroniqueur pensant avoir été témoin d'une agression mortelle. Dans la seconde, l'animateur avait conduit une chroniqueuse aux yeux bandés à poser les mains sur son sexe. Critiqué pour sa passivité, le gendarme de l'audiovisuel a cette fois décidé de frapper fort, privant l'émission de publicité pendant trois semaines en répression de ces deux passages respectivement jugés humiliant et dégradant.

Le sens de l'humour comme celui de l'indignation est propre à chacun

Il serait hasardeux de lancer un débat pour déterminer si les scènes visées étaient drôles ou non, humiliantes ou non, dégradantes ou non. En la matière, ni le consensus, ni l'objectivité ne peuvent exister. Le sens de l'humour comme celui de l'indignation est propre à chacun d'entre nous en fonction de notre personnalité, de nos valeurs, ou de notre vécu. Pourtant, en sanctionnant comme elle le fait, les Sages imposent de fait leur vision de ce qu'ils considèrent comme outrepassant les limites de la liberté d'expression. Impossible de connaître les arguments et la démonstration qui ont précédé à la décision de punir l'émission. A quoi bon : comment prouver par A+B ce qui relève, au fond, de la sensibilité de chacun ? Le nombre de plaintes reçues par le CSA n'est pas davantage un curseur du bien-fondé de l'action de l'autorité indépendante : si 40.000 téléspectateurs se sont émus du « canular » de la fausse annonce de rencontre, ils sont encore plus de 1,4 million à plébisciter le programme chaque soir.

En vérité, la question posée est celle de légitimité et de l'utilité du CSA. Car si la loi encadre la liberté d'expression, c'est pour protéger ceux qui sont victimes de son abus. En l'espèce, rien n'interdisait les chroniqueurs visés ou les anonymes piégés par les scènes incriminées de déposer plainte. De la même manière, les associations LGBT pouvaient très bien - comme le font régulièrement les organisations antiracistes - saisir le procureur de la République pour injure ou diffamation publique à caractère homophobe. Si ces plaintes avaient prospéré, Hanouna aurait été jugé, et considéré à juste titre comme hors la loi. Si elles avaient été classées sans suite, il aurait fallu se rendre à l'évidence : l'animateur ne dépasse pas ici les limites de la liberté de s'exprimer ou d'agir.

Le CSA n'est pas un gendarme : c'est une nounou autoproclamée

En instruisant sous la pression de téléspectateurs et d'une partie de l'opinion publique hostiles à la star, le CSA se substitue donc au libre-arbitre des personnes directement concernées par l'attitude controversée d'Hanouna d'un côté, et au travail des juges de l'autre. Elle s'indigne à la place des premiers, et décrète ce qui est ou non du ressort de la liberté d'expression à la place des seconds. Le tout, sans avoir de compte à rendre à quiconque.

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Une absence de légitimé mais d'utilité aussi. Bien que toujours élevée, l'audience de TPMP s'érode peu à peu face à la concurrence, sans doute le signe d'une forme de désapprobation ou de lassitude. De leur côté, certains annonceurs n'ont pas attendu le couperet du CSA pour décider de suspendre l'achat de spots pendant le programme de C8 afin de ne pas associer leur image au trublion contesté du PAF.

En réalité, le CSA n'est pas un gendarme : c'est une nounou autoproclamée. Il décide ce qui est acceptable ou non à la place des téléspectateurs, des chroniqueurs, des annonceurs, et des juges. Il protège ceux qui n'ont pas demandé à être protégés. Il condamne d'office ceux que la justice n'a pas condamnés. Un pays libre et démocratique n'a pas besoin de CSA. Il est composé de citoyens qui disposent de leur libre-arbitre pour décider de ce qu'ils aiment regarder, ce qu'ils n'aiment pas, ce qui les choquent, et ce qui les offensent. Et ont tout loisir d'agir en conséquence.

Thibault Raisse

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