Santé : et si nos aînés renonçaient à se soigner ?
Cédric Pironneau

Photo d'illustration
Reuters
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La santé coûte de plus en plus cher en France et les retraités pauvres sont de plus en plus nombreux (2 millions de personnes selon l'association Les Petits Frères des Pauvres). C'est pourtant cette population - les retraités - qui a le plus besoin de se soigner et qui paye le plus cher pour cela.
A terme, cette situation pourrait amener certains seniors à renoncer aux soins et entraîner des répercussions dramatiques en termes de santé publique. Alors que commence cette semaine l'examen du PLFSS à l'Assemblée, des solutions existent pour éviter d'en arriver là.
Le grand âge n'est pas dans l'air du temps. Alors que les acteurs réclament depuis plusieurs années une loi - maintes fois repoussée - sur ce sujet, le Premier ministre a annoncé que les pensions des retraités ne seront pas revalorisées sur l'inflation au mois de janvier pour participer à l'effort de redressement budgétaire.
Cette mesure d'économie annoncée par le Premier Ministre pourrait accentuer l'effet « ciseau » subi lors du passage à la retraite : schématiquement les revenus diminuent (d'environ 25%) tandis que le coût de la santé augmente fortement (à minima de 50% puisque l'assuré ne bénéficie plus de la prise en charge de la moitié de sa cotisation par l'employeur). Il y a donc une rupture d'égalité entre les actifs et les retraités (qui ne bénéficient plus de la solidarité intergénérationnelle puisqu'ils sont presque les seuls à souscrire des contrats individuels). Face à une baisse attendue de ses revenus, le retraité pourrait être tenté de renoncer à certains soins, voire d'abandonner sa couverture. C'est déjà le cas des plus modestes d'entre eux - ceux pour qui le taux d'effort est le plus élevé - et qui sont près de 11 % à ne pas être couverts (parmi les retraités les plus pauvres). C'est d'ailleurs ce constat qui a poussé le Sénat à s'emparer du sujet et à publier cet automne un rapport sur les complémentaires santé dont une grande partie est consacrée aux retraités.
Face à cette situation, les acteurs du système de santé doivent être imaginatifs et prendre exemple sur ce qui fonctionne par ailleurs. Notre société ne peut se satisfaire qu'une catégorie entière de la population renonce à se soigner ou à se couvrir pour raisons financières. Car en réalité, c'est tout l'équilibre de notre système de protection sociale créé en 1945 qui est menacé par cette nouvelle « fracture » à l'âge de la retraite.
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Le succès du PER peut à cet égard constituer une source d'inspiration. Avec plus de 10 millions de détenteurs et un encours total dépassant 100 milliards d'euros, le Plan d'Epargne Retraite (PER) est un succès car il est un produit d'épargne de long terme, lisible pour les épargnants et qui les enrichit. Sur le même modèle, pourquoi ne pas imaginer un compte épargne santé personnel et universel ?
Abondé par l'actif lui-même et par son employeur à part égale pendant toute la carrière (sur le même modèle que la complémentaire), il serait déblocable au moment du départ en retraite et fléché vers les dépenses de santé. Ce dispositif pourrait permettre de diminuer le taux d'effort des retraités pour leur complémentaire (d'environ 20%), d'améliorer leur pouvoir d'achat et donc in fine d'agir sur le renoncement aux soins. En outre il représente un outil puissant de financement de l'économie du Grand Age - qui manque cruellement de moyens. Le fonds pourrait être labellisé ISR et servir à soutenir les initiatives innovantes liées au maintien de l'autonomie et de la santé des seniors.
Surtout il permettrait de tenir compte de notre démographie et du vieillissement de notre société, en créant une protection sociale qui s'adapte aux nouvelles réalités et permet de garantir un accès aux soins pour tous. C'est la condition pour que notre modèle perdure et que les retraités ne renoncent pas à se soigner.
Cédric Pironneau
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