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Sauver le sytème de santé

Jérôme Marty et Marie Hélène Rougié

Publié le 27 mai 2016 à 08:35 - Mis à jour le 24 août 2016 à 13:50

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Il faut revoir notre organisation de fond en comble. Par le docteur Jérôme Marty, président de l'UFML, et le docteur Marie-Hélène Rougié

La France traverse une crise sanitaire sans précédent avec la menace d'une dramatique pénurie de médecins et de soignants à très court terme (- 30 % dans les cinq ans).

Pour exemple, seuls 9% des jeunes médecins s'installent dans le libéral dans les années suivant leur diplôme, 25% des médecins ne se destinent pas aux soins (industrie, recherche, évaluation...), 25% des médecins ont plus de 60 ans, 25% des médecins s'inscrivant actuellement au Conseil de l'Orde ont un diplôme étranger, le taux de suicide chez les médecins est 2,5 fois celui de la population générale, plus de 40% des médecins sont ou ont été en burn-out, une vingtaine de chirurgien démissionne chaque année de l'APHP ces dernières années, il existe un allongement inexorable des délais d'attente pour obtenir un rendez-vous de consultation pour les patients dans le public et le privé.

Pénurie de médecins en milieu rural, dans les quartiers sensibles...

La pénurie se fait sentir en milieu rural, dans les quartiers sensibles, mais aussi à Paris intramuros (diminution de 21% des généralistes de 2007 à 2014 contre 7% ailleurs) et dans d'autres villes pourtant dynamiques et attractives sur le plan économique et climatique, avec l'impossibilité pour de nombreux médecins partant à la retraite de trouver un successeur.

Cette situation est le fruit de 30 ans de politiques de santé ne voyant qu'à court terme, avec des préoccupations purement comptables, qui ont organisé la pénurie, espérant limiter la demande (donc les dépenses) en restreignant l'offre (mauvaise adaptation du numerus clausus), ont bloqué de nombreux tarifs de soin (tarifs opposables), entrainant une chute des installations du fait de l'inadéquation des tarifs actuels aux réalités économiques (consultation chez le généraliste à 23 euros actuellement en France contre 45 euros en moyenne en Europe) et ont alourdi toujours plus les tâches administratives incombant aux médecins.

La loi de modernisation de la santé portée par Marisol Touraine, en étatisant l'organisation des soins, est le coup ultime porté à notre système de santé.

Un new deal pour la santé

Devant ce constat très alarmant et devant l'absence d'efficience des solutions proposées jusque là par les pouvoirs publics contre la perte d'attractivité de la médecine et les déserts médicaux qui en découlent (maisons de santé subventionnées coûteuses pour la collectivité et souvent non viables économiquement, restant sans médecins pour la moitié d'entre elles), l'Union Française pour une Médecine Libre (UFML) propose une vraie réforme en profondeur, un New Deal de la Santé, basé sur la confiance, le respect et le bon sens.

Les nombreuses propositions de l'UFML sont publiées en conclusion du livre Résiste, Histoire d'un combat... à poursuivre, visant à relancer l'attractivité de la médecine libérale, et partant, à améliorer l'offre de soin pour la population qui est la première victime de cet état de fait.

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Rendre la gouvernance aux médecins, soignants...

En premier lieu, une refonte complète de l'organisation de la santé est indispensable pour rendre la gouvernance aux médecins, soignants , internes, étudiants en médecine et patients afin de leur donner un pouvoir décisionnel et organisationnel vrai et de les détacher du joug de l'administration, actuellement surpuissante et totalement déconnectée des réalités.

Il faudrait remplacer le système conventionnel actuel par une instance décisionnaire où siègent Conseil de l'Ordre, syndicats professionnels, organismes financeurs et représentants des patients, créer un congrès réunissant tous les deux ans toute la profession pour faire des propositions communes sur les besoins, sur l'organisation et les orientations nécessaires (syndicats des médecins libéraux et publics, syndicats d'internes, chefs de cliniques, et des étudiants en médecine, représentants des Unions Régionales des Professions de Santé et Conseil de l'Ordre).

En outre, devrait être prévue la présence des représentant des externes et internes en médecine dans toutes les organisations décisionnaires,  car c'est de leur avenir qu'il s'agit et présence des professions de santé dans toutes les commissions, organisations et structures présidant à l'organisation professionnelle avec capacité de vote de blocage (au même titre que les représentants des patients et de l'administration).

Une formation financée par la profession

La formation des médecins doit être indépendante, organisée et financée par la profession. De même, la représentation syndicale ne doit plus voir ses subventions dépendre d'une signature de convention qui entraine un conflit d'intérêt majeur et soumet de facto la profession aux décisions centrales.

Pour lutter contre la désertion de la profession, il est essentiel de commencer par augmenter significativement le numérus clausus pour l'adapter à la démographie médicale et à la démographie française. En outre, les médecins doivent être rémunérés en majorité à l'acte, à hauteur de la moyenne européenne pour rendre l'exercice plus attractif et par le patient lui-même (sauf dans les cas particuliers de tiers payant social).

Pour y parvenir, il faut détacher la rémunération des médecins du calcul de l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie, au risque sinon de continuer à lier la rémunération des médecins à l'état économique du pays et de l'Assurance Maladie et d'aggraver les déserts médicaux par le blocage tarifaire. (Actuellement la rémunération des médecins n'entre que pour 11% dans les dépenses de l'Assurance Maladie).

Pour les déserts médicaux

Dans les zones dites de désert médical, des mesures supplémentaires doivent être mises en oeuvre, par exemple une rémunération spécifique des médecins à hauteur des tarifs de gardes, un meilleur remboursement des patients par la seule Assurance Maladie, une facilitation de la fluidité de l'exercice médical (possibilité de création de cabinets secondaires, ponts de passage entre différents modes d'exercice public/privé, collaboration hôpital-ville accrue, notamment en amont et au niveau des urgences).

Interdire les réseaux de soins

Pour le bien collectif, les réseaux de soins doivent être interdits car ils créent un conflit d'intérêt et une pression sur les soignants en les assujettissant aux payeurs et constituent un vrai risque de médecine low-cost pour les patients, démontré de multiples fois par l'expérience acquise en chirurgie dentaire (cf: scandale sanitaire Dentexia en cours).

Toute structure intervenant dans le financement des soins (mutuelles, assurances, instituts de prévoyance) devrait publier ses comptes et faire l'objet d'un audit régulier.

Le Dossier Médical Partagé, tel qu'il est entendu dans la loi Touraine, ne doit pas être mis en oeuvre car il ne protège pas le secret médical. Ce type de dossier peut être envisagé uniquement s'il est partagé entre professionnels de santé pour la continuité des soins et s'il est encrypté en amont par les professionnels de santé.

Un modèle d'économie circulaire

Sur le plan économique, l'instauration d'un modèle d'économie circulaire et éthique réservé exclusivement à la santé permettrait de pallier la diminution des cotisations alimentant l'Assurance Maladie et de créer un cercle vertueux applicable aux assurances complémentaires (une partie des impôts correspondant à l'imposition sur les revenus dépendant directement ou indirectement de l'Assurance Maladie serait à reverser à l'Assurance Maladie et non à Bercy).

Il faut aussi diversifier le mode de financement de l'Assurance Maladie, afin qu'il ne repose plus uniquement sur les cotisations liées aux personnes et à l'emploi. On peut imaginer d'autres apports moins fragiles: taxation des produits finis, taxation des revenus boursiers ...

Oser regarder l'avenir, le prévoir, l'adapter, l'orienter, base même du courage et de la valeur politique, doit être indissociable de la construction de la politique sanitaire.

Dr Jérôme Marty, président de l'UFML

(et Dr Marie-Hélène Rougié: contribution à la rédaction de cet article)

https://ufml-asso.org/documents/UFML/Federateurs/New-deal-UFML-30-mars-2016.pdf

https://ufml-asso.org/commandez-le-livre.html

Jérôme Marty et Marie Hélène Rougié

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