Sortir de l'euro : une guerre thermo-nucléaire

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(Crédits : DR)
Souvenons-nous des chocs convulsifs provoqués par l'Italie et par la Grande-Bretagne contraintes, en 1992, de quitter le SME. Comme il ne s'agissait là pour ces nations que d'abandonner un régime monétaire, il va de soi que la sortie de l'euro d'un des pays membres aurait sur le champ une dimension autrement plus dramatique. Par Michel Santi, économiste.

Admettons en effet que la France souhaite sortir de l'euro, dans un contexte où le rendement de son Bon à 10 ans soit de 2%, c'est-à-dire alors que la France se finance à 10 ans au taux de 2%. Comme l'éventualité de la sortie de l'euro fera chuter d'emblée sa monnaie retrouvée (le franc) de l'ordre de 50%, son taux d'emprunt devra s'ajuster en proportion, afin de continuer d'attirer les investisseurs internationaux désireux de placements dans la dette souveraine française.

En conséquence, la République Française en sera réduite et contrainte à devoir emprunter à 10 ans à un taux proche des 4%, quasiment du jour au lendemain ! Nul n'attendra en outre l'issue d'un éventuel référendum pour se délester des francs ou des euros «Made in France». Du fait de marchés financiers fonctionnant selon un pur principe d'anticipation, l'envolée des taux d'emprunts français sera directement proportionnelle à l'amplitude de la dévaluation estimée du franc. L'objectif étant, pour les investisseurs, de compenser l'effondrement du franc par l'exigence d'une rentabilité supérieure sur leurs placements dans la dette française. Au soir de l'élection -ou du référendum-, les banques et le système financier du pays en question seront donc en état de mort cérébrale, sans aucun espoir de soutien de la part de la Banque Centrale européenne qui ne pourra - ni ne voudra du reste- éteindre un incendie provoqué par une sortie délibérée de la monnaie unique.

Le Frexit, un choc plus fort que le Brexit

Si le départ d'un pays membre de l'euro est bien sûr intellectuellement possible, il exige une préparation minutieuse et une parfaite maîtrise des mécanismes et de la psychologie des marchés financiers. Quoi qu'il en soit, une décision de cette ampleur marquerait à jamais à l'encre indélébile le mandat du Chef d'État en question, qui ne ferait certainement rien d'autre tout au long de sa Présidence que de gérer les conséquences de cet événement majeur. Une sortie française, ou italienne, de l'euro aurait ainsi à l'évidence une portée autrement plus fondamentale que le Brexit, qui occupe déjà à plein temps le Gouvernement britannique ! Elle constituerait le défaut de paiement le plus massif de l'Histoire de l'Humanité, enverrait une onde de choc sismique maximale à travers l'ensemble du secteur bancaire européen, menacerait la pérennité même de la monnaie unique, remettrait en question l'existence même de l'Union. Une sortie de l'euro étant aussi compliquée à préparer qu'une guerre, elle devra naturellement être accompagnée par une surveillance intensive aux frontières visant à canaliser les flux sortants d'euros, à rétablir le contrôle des capitaux afin d'enrayer toute saignée, voire à établir l'état d'urgence afin de calmer les éventuels mouvements de panique.

Ce choix d'abandonner l'euro devra donc se faire en toute connaissance de cause par les autorités qui en auront pris la décision, et qui doivent prendre conscience qu'une telle sortie ne sera jamais -et en aucune circonstance- menée avec sérénité. Car quitter l'euro sera un putsch !


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Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2017 à 18:46 :
pour une fois on est d'accord, c'est plutot rare....
rajoutons que personne ne preterait a la france a 4%, sachant que la banque centrale dont l'independance serait remise en cause ferait tourner a plein la machine a billets....
un pays qui importe tout et qui ne produit plus rien, avec une monnaie qui tombe de 50%, ca fait une belle inflation; ' a la limite extreme' ca double les prix ( bon o, nen serait pas la, mais.....)
on apprend en finance que le taux demande comprend l'inflation, la prime de risque et le rendement
avec 20% d'inflation, un rendement a 1% comme en allemagne et une prime de risque difficilement evaluable, les taux peuvent rapidement grimper
pas question de payer, on demande a la banque centrale d'imprimer et de lever de l'inflation, donc plus personne ne prete, ce qui est derangeant pour un pays qui a 2200 milliards de dette avec une duration de 7 ans.........
et on recommence dans un grand cycle inflation devaluation chomage qui n'a jamais rien cree de positif, sauf reporter les pbs a demain
a écrit le 04/05/2017 à 16:24 :
On aimerait bien que la guerre économique prenne fin : une monnaie mondiale avec un Salaire Horaire Minimum mondial. Mais bon, tellement de gens préfèrent voire leurs frères dans la misère plutôt que d'admettre que pour un travail identique, le salaire devrait être identique. C'est tellement pratique de disposer d'esclaves sous payés à l'autre bout du monde et de gaver des parasites intermédiaires plutôt que de payer le vrai prix des biens que l'on consomme.
a écrit le 04/05/2017 à 13:01 :
Revenir au Franc, ça permettrait d'en créer beaucoup pour mieux payer les gens, sauf que chacun d'eux vaudrait de moins en moins. Marché de dupes.
Pour ça que je demande si la technique politicienne choisie hier n'est pas destinée à ne pas atteindre les 50%, ça deviendrait dangereux, critiquer, c'est si aisé.... Mais les voix rapportent de précieux euros, c'est essentiel.
Réponse de le 04/05/2017 à 13:17 :
"Mais les voix rapportent de précieux euros, c'est essentiel."

Un véritable business même que nos politiciens savent parfaitement exploiter.
Réponse de le 04/05/2017 à 16:17 :
Comme l'a dit un de mes collègue sur un autre sujet en quelques années l'épargne des français a perdu plus de 40 % grâce à l'Euro, ils ont simplement été spoliés par les Banquier du genre Macron mais sur le plan intérieur ils ne s'en sont pas rendu compte.

Exemple simple:

Ces dernières années parité Euro/Franc Suisse 1€=1.71 au plus haut
puis 1€=0.99 au plus bas et actuellement 1€=1.09 grâce encore à l'abaissement du Franc par les autorités suisse sinon ce serait la parité, voire moins.

Pour le reste une second monnaie d'échange basée sur un panier des monnaies européennes a fonctionné pendant une vingtaine d'année, de 1979 à 1998 et encore la population française ne s'en est pas aperçue car ce n'était utilisé que pour l'import-export, et pour ceux qui ont la mémoire courte ça s'appelait ECU et ça fonctionnait parfaitement.

ALORS IL SERAIT TEMPS DE REVENIR A LA RAISON nous ne sommes pas au sera ice des USA, de l'OTAN, de la CE de la part du Young Manager of American Foundation, des Francs Maçons, des Bilderberg et probablement Agent de la CIA si on s'en tient au discours du chef de la Station CIA de Paris.
a écrit le 04/05/2017 à 11:56 :
Comment est-ce que La Tribune a pu laisser passer un titre aussi putassier ? Personne n'a mis son veto à un titre qui compare un risque économique à une catastrophe qui pourrait marquer la fin pure et simple de l'humanité ?
a écrit le 04/05/2017 à 11:34 :
" Elle constituerait le défaut de paiement le plus massif de l'Histoire de l'Humanité, enverrait une onde de choc sismique maximale à travers l'ensemble du secteur bancaire européen, menacerait la pérennité même de la monnaie unique, remettrait en question l'existence même de l'Union."

Merci de nous faire rêver et je suis entièrement d'accord avec vous, il est évident que le front national n'a pas la capacité intellectuelle de sortir de l'euro, je sais ce n'est pas vraiment ça que vous avez dit mais quand on voit les "penseurs" qui sont là dedans il n'est pas difficile de le constater. Celui qui prendrait cette décision devrait d'abord et avant tout être indépendant de l'argent sous toutes ses formes, et elles sont nombreuses, ce qui élimine la quasi totalité des partis politiques des "neiges d'antan" ou tombés du nid.

Maintenant on se demande bien pourquoi un tel débat ? Marine le pen a fait un revirement à 180°, elle ne veut plus sortir de l'europe, elle dit n'importe quoi sur l'euro de toutes façons le Fn touche des millions d'euros chaque année de l'union européenne et comme le fn aime beaucoup l'argent il ne sortira jamais de l'euro.

Et de toutes façon on voit bien que le fn ne veut pas gagner car s'il gagnait ces présidentielles cela mettrait toute leur incompétence aux yeux de tous et casserait leur dynamique électorale qui leur permet par contre de s'implanter un peu partout au sein de nos institutions, puisque la seule raison du vote le pen, outre la dédiabolisation orchestrée par les médias de masse, c'est qu'il n'a pas gouverné, c'est "pourquoi pas essayer".

Seul donc un pouvoir intelligent sachant sélectionner les meilleurs acteurs économiques, on peut tous les prendre sauf les prêtres néolibéraux qui ne pourraient pas s'empêcher de nous délivrer leurs sempiternelles et monotones messes, et sociologiques du pays afin de penser au mieux la sortie de l'ue.

Sortie de l'ue imposée par une allemagne qui dirige tout au nom des créanciers et qui guide ce géant droit dans le mur en ce qui concerne ses peuples, les riches eux ne risquant rien, jamais et comme ils sont devenus touts complètement déconnectés des réalités, des vrais gens, la seule alternative qu'ils nous laissent et de partir afin de tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé ce qui dans quelques années ne sera plus le cas.

le pen à macron: "A partir de dimanche ce sera une femme qui dirigera la france, soit moi soit madame merkel."

Et oui, contrairement à la pensée binaire médiatique tapageuse néolibérale représentative d'une caste de dirigeant qui s'abêtit un peu jour après jour, "la vérité est locale et temporaire" Nietzsche

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