Sur la route, les vieux démons sont de retour

En matière de sécurité routière, la France a fait des progrès depuis 2003. Mais depuis deux ans, tout s'effondre... Des mesures efficaces sont pourtant envisageables. Question de courage politique... Par Jehanne Collard, avocate
(Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)

Il y a vingt-deux ans, un grave accident de voiture a brisé mon corps. J'ai lentement reconstruit ma vie que j'ai consacrée à la lutte contre l'insécurité routière, à la défense de ses victimes. J'ai repris le volant quand ce pays a semblé triompher de ses vieux démons. Entre 2002 et 2013, la France a réussi à diviser par deux le nombre des victimes de la route. Un succès dû aux radars automatiques, au renforcement des contrôles et des sanctions, à la responsabilisation de chacun. Un succès sans équivalent dans un délai aussi court, qui a été salué et commenté dans tous les pays.

Un carnage qui s'amplifie

Depuis deux ans, tout s'effondre. Le nombre de morts sur les routes françaises a augmenté de 3,5 % en 2014. Et le carnage s'amplifie ces derniers mois : +19,2 % en juillet dernier, +9,5 % en août. On dépassera cette année les 3.300 morts et les 35.000 blessés graves. Ces chiffres - je le sais - n'émeuvent plus. Faut-il imaginer le journal télévisé s'ouvrant chaque soir sur le drame de dix familles endeuillées, de cent autres bouleversées par un handicap définitif ? Rassurez-vous : aucun média ne vous imposera cette vérité trop quotidienne. Ces victimes resteront désespérément anonymes.

L'explosion de la délinquance ordinaire

Personne ne vous inquiétera, non plus, avec l'explosion de cette délinquance ordinaire : les vitesses en excès sur tous les réseaux, + 13 % pour la conduite en état alcoolique, + 44% pour celle sous l'empire de la drogue, + 23 % pour les délits de fuite. Dans le silence, les vieux démons reviennent au galop. Il y a quelques jours dans le département du Gers, un automobiliste sans permis s'arrête brusquement sur une voie rapide pour mettre ses lunettes de soleil. Un second conducteur, trop défoncé pour ralentir, fait un brusque écart pour l'éviter et tue une gamine de 6 ans dans une troisième voiture. Personne n'avait attaché l'enfant. Quand tout le monde se moque des règles et choisit d'ignorer la présence des autres sur la route, l'improbable devient réalité, le pire prend corps.

Une montée de l'indifférence

Il y a enfin, face au retour du fléau, une montée de l'indifférence ou d'une lâche résignation. Les appels au sursaut des associations de sécurité routière ne réveillent personne. Les politiques se taisent unanimement. Les entreprises ne signalent plus au retrait de points, leurs salariés flashés au volant de voitures de fonction, achetant un peu de paternalisme social avec l'insécurité de tous. L'annonce du moindre radar supplémentaire déclenche des tollés de protestations qui font passer, sans honte, l'automobiliste délinquant pour une victime de prétendues « pompes à fric ». Aujourd'hui, tout ce que je vois, tout ce que j'entends me fait peur et honte à la fois.

Un peu de courage politique? trois pistes pour l'action

Un comité interministériel de sécurité routière doit se tenir le 2 octobre. Il faut lui souhaiter un peu de courage politique. Car il lui en faudra pour prendre des décisions nécessairement impopulaires à la veille d'élections déjà difficiles. Parmi toutes les mesures que l'urgence impose, je voudrais en proposer trois pour tenter de renverser la tendance et de sauver des vies :

-obligeons les industriels de l'automobile qui dépensent des millions d'euros pour nous faire rêver de jouissance au volant, à faire un peu de prévention. Les images somptueuses de voitures filant, telle la lumière, sur des routes toujours désertes, matraquées quotidiennement, entretiennent l'autisme galopant des conducteurs. Que chacune de ces publicités mentionne que la voiture peut aussi tuer. Un rappel de la réalité que les industriels de l'agro-alimentaire ont accepté depuis longtemps pour lutter contre l'obésité. Pourquoi les constructeurs échapperaient ils à l'effort devant cet autre problème majeur de santé publique ?


-instaurons pour chaque infraction grave une amende forfaitaire et une immobilisation administrative de la voiture et sa mise en fourrière pour une durée limitée. Cette sanction immédiate et automatique sera bien plus dissuasive que l'attente pendant des mois d'une convocation devant un magistrat pour une éventuelle peine assortie de l'inévitable sursis. On soulagera ainsi les tribunaux sans relâcher la pression sur les chauffards comme on l'a fait maladroitement au mois d'août en annonçant la « dépénalisation » de la conduite sans permis.

-demandons aux assureurs, dans le cadre de la renégociation de leur convention avec la Sécurité Routière, de participer, avec les auto-écoles, au financement de bourses pour le permis de conduire et, avec les entreprises, à la mise en place de « chèques autoroute ». Ces bourses permettront à tous les jeunes que la crise malmène, de prendre un nombre suffisant de leçons de conduite et ne pas devenir les premières victimes de la mort au volant. Les « chèques autoroute » aideront ceux qui ont la chance d'avoir un travail, à ne pas mourir en y allant. Ils rendront plus accessibles des voies plus sûres mais dont l'usage quotidien a aujourd'hui un coût rédhibitoire.

Il y aurait tant d'autres choses à faire. Mais ces trois mesures là signifieraient déjà qu'on a pris conscience du caractère délétère de la situation. Le meilleur moyen de combattre le retour des démons est d'allier prévention, aide sociale, répression et efficacité pour rendre crédible et acceptable par le plus grand nombre une politique de sécurité routière. Et de réunir autour d'elle, dans une conjoncture difficile, le volontarisme de tous les acteurs de l'automobile.
Jehanne Collard, avocate

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Commentaires 14
à écrit le 23/09/2015 à 9:00
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Brider la vitesse des vehicules en fonction de sa position serait si simple. Seul probleme: ce serait la fin de la voiture objet de désir et mirroir de sa reussite sociale!

à écrit le 23/09/2015 à 7:30
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On a un probleme general de discipline dans notre pays. Et rajouter des contraintes au lieu d'appliquer ferocement les regles existantes est aussi une preuve d'incoherence. Le periph à 80 etait bien, à 70 difficile d'y rester. Pareil sur certaines po...

à écrit le 22/09/2015 à 18:55
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@Galileo !!mol aussi j' aime la voiture ,un de derniers espace de liberté mais je fais attention à ma vitesse et je respecte le code de la retour !!!! mais voila des donneurs de leçon ont décidés d avoir la peau de la voiture et des automobilistes ...

à écrit le 22/09/2015 à 18:29
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Oui il y a des fous de la vitesse, des alcooliques des drogués, mais vous ne donnez pas la part des accidents les mettant en cause par rapport au total, juste l'augmentation en % des infractions Si vous conduisez, prenez donc "la route de la mort" d...

à écrit le 22/09/2015 à 16:37
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Simple : Le conducteur pris en flagrant délits de téléphoner, on confisque et on détruit le téléphone. Pour les excès de vitesse, alcoolémie, drogue on confisque et on détruit le véhicule. Vous allez voir ça va rapidement calmer les excités. Qu...

à écrit le 22/09/2015 à 13:56
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ah ca faisait longtemps qu on a pas eut un article sur ce sujet. Cehere madame c est pas parce que vous avez eut un accident de voiture qu il faut poursuivre de votre haine tous les automobilistes ! ou alors quelqu un qui s est fait mal avec un marte...

à écrit le 22/09/2015 à 13:53
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Et si on s'attaquait à la réponse judiciaire face aux délits?...Visiblement, les radars n'empêchent pas les chauffards ni même la diminution de la vitesse à 80 au lieu de 90 Km/h. Mais cela surprend-il quelqu'un?...Alors puisque l'alcool et le drogue...

à écrit le 22/09/2015 à 12:54
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Les Italiens envisagent de confisquer les téléphones mobiles quand les gens sont pris en flagrant délit (voire les détruire ?). Les vitesses augmentent, pourtant le nombre de PV/flash est assez stable, soit parce qu'on "ratisse" plus large, soit par...

à écrit le 22/09/2015 à 12:39
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Ces beaux donneurs de leçons qui tapent sur la Voiture et comparent tous les automobilistes à des délinquants. La très grande majorité des automobilistes conduit sagement; regardez sur routes et autoroutes ses files d'autos qui avancent à 90, 110, 13...

à écrit le 22/09/2015 à 11:30
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Enfin un propos éloigné du lobby automobile Je viens d'être victime mardi d'un accident au guidon de mon scooter, un automobiliste ayan soudain décidé de faire demi-tour en plein milieu des Champs Elysées... non pas à une intersection mais bien en ...

à écrit le 22/09/2015 à 9:20
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Sur la route, les fous sont de retour... entendre qu'on ne met plus sa ceinture, mais on rêve ! Cette tribune devrait réveiller tous ces fous du volant ! le combat pour la sécurité routière est un beau combat, courageux face aux populistes de tous bo...

à écrit le 22/09/2015 à 9:12
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Les "grosses bagnoles" ne servent à rien sauf exciter l'agressivité et polluer, mais personne ne mettra en cause leurs fabricants ou alors le gouvernement allemand y mettra son veto. On risque aussi d'attendre longtemps que les autorités s'attaquent...

à écrit le 22/09/2015 à 8:56
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Excellente tribune, enfin du bon sens, bravo !!

à écrit le 22/09/2015 à 7:42
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C'est pourtant simple d'arriver à un résultat nettement meilleur avec beaucoup moins d'accidents et de morts. APPLIQUER les nombreuses loi qui existent.

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