Taxer le travail des robots : quand l’Europe rejoint Hamon sur le revenu universel

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Personnalité électronique, taxes pour les entreprises ayant recours à l’intelligence artificielle… tout y est, et bien plus encore… Sommes-nous prêts à légiférer dans ce domaine ? Par Nathalie Devillier, Professeur de droit, Grenoble École de Management (GEM)

Le rapport de l'eurodéputée Mady Delvaux concernant les règles de droit civil sur la robotique a été adopté par la commission juridique du Parlement européen le 12 janvier dernier. Taxer le travail des robots et de leur offrir un statut légal, le débat est maintenant lancé.

Le droit de la robotique harmonisé en Europe

Ce rapport est une invitation à légiférer formulée par la commission juridique du Parlement européen. Il s'agit donc d'initier le processus législatif : le texte s'adresse à la Commission pour qu'elle se saisisse du sujet et propose une directive européenne (art. 46 du règlement, ici le projet de rapport). Le rapport Delvaux a été adopté à une large majorité par la commission juridique du Parlement avec 17 voix pour, 2 contre : Marie-Christine Boutonnet, Gilles Lebreton, FN, France et 2 abstentions dont Joëlle Bergeron, FN, France. Il sera ensuite soumis au vote en assemblée plénière mi-février. Sa rapporteuse Mady Delvaux (S&D, Luxembourg) y rassemble de multiples éléments visant à inciter la Commission à adopter une directive arguant notamment du risque de fragmentation des législations nationales susceptibles de freiner le développement des entreprises face aux concurrents américains et asiatiques.

Une taxe robot pour financer le revenu universel de base

Le spectre de la suppression de millions d'emplois, faute de maîtriser l'invasion des machines, est brandi pour accélérer la procédure législative. Assurer une vie décente aux personnes ayant perdu leur emploi à cause de la robotisation en créant un revenu universel de base financé par de nouvelles taxes sur les entreprises, telle est la solution retenue par le 25ᵉ amendement.

En France, Benoît Hamon a initialement soutenu ce revenu universel d'existence pour éradiquer la grande précarité et contribuer à définir un nouveau rapport au travail alors que Manuel Valls opte pour une position intermédiaire qui consiste à créer un revenu décent issu de la fusion des minima sociaux. L'amendement constate que « l'accomplissement par des robots d'une grande partie des tâches autrefois dévolues aux êtres humains » ne permet pas « de récupérer la totalité des emplois perdus ». Il est donc proposé « l'éventuelle application d'un impôt sur le travail réalisé par des robots ou d'une redevance d'utilisation et d'entretien par robot doit être examinée dans le contexte d'un financement visant au soutien et à la reconversion des chômeurs dont les emplois ont été réduits ou supprimés, afin de maintenir la cohésion sociale et le bien-être social ».

Le Parlement européen pour une personnalité juridique des robots

Le rapport de la commission JURI contient en annexe des recommandations détaillées telles que : la définition et la classification des « robots intelligents », leur immatriculation... La priorité est aussi de clarifier les responsabilités engagées tant contractuelle que non contractuelle (utilisateur, fournisseur, plate-forme...) afin que les usagers soient indemnisés en cas de dommage causé par exemple par une voiture sans conducteur. En toile de fond, le contexte international fait de l'Union européenne une retardataire en comparaison des États-Unis, sans parler du Japon et de la Corée du Sud. Celle-ci a en effet adopté une charte sur l'éthique de la robotique en 2007 autour de la question sociale de l'interaction homme-robot.

Outre les normes de fabrication, des droits et devoirs sont affirmés à la fois pour les utilisateurs et propriétaires (protection des données, usage légal) mais aussi pour les robots : protection contre toute maltraitance par les humains, droit d'exister sans crainte de blessure ou de mort et droit à une existence exempte de violences systématiques. En France, la Commission de réflexion sur l'Éthique de la Recherche en sciences et technologies du Numérique d'Allistene (CERNA) a dégagé des éléments de réflexion essentiels autour des organes robotisés à vocation réparatrice et des dispositifs visant l'augmentation des capacités humaines.

Pour une éthique by design

Le rapport Delvaux propose un code de conduite éthique pour les ingénieurs en robotique et un code de déontologie pour les comités d'éthique de la recherche. En effet, passer outre ce débat philosophique, anthropologique et bioéthique irait à l'encontre des valeurs européennes et humanistes que l'Union européenne défend, notamment l'équité. Proposer une réponse fiscale, financière à cette question capitale reviendrait à entériner une déshumanisation de la société et remplacer tout débat par une vision transhumaniste qui relève de l'idéologie ; le risque étant de créer un fossé entre les privilégiés qui auront accès à cette technologie et la majorité de la population. Or, les équilibres qui se mettront en place entre les États membres de l'Union européenne, les citoyens et les machines (même autonomes) seront déterminants et orienteront profondément les choix de société.

De nombreux dilemmes éthiques font déjà surface avec l'homme hybride, l'animal cyborg : jusqu'où automatiser le monde ? L'analyse du comportement de ces machines ne revient-elle pas à en déduire le comportement de son propriétaire ou de son utilisateur ? Les atteintes à la vie privée et aux libertés qui en résulteront sont évidentes mais loin d'être intelligibles pour les citoyens. Il faudrait commencer par définir les termes employés : robot, intelligence artificielle (voir la norme ISO 2382-28), humanoïde... Et ensuite clarifier en quoi l'usage des big data oriente les choix d'une société. Ces éléments sont aussi discutés à l'ONU dans son agence spécialisée, l'Union Internationale des Télécommunications dont les travaux d'avril 2017 portent précisément sur la relation de l'intelligence artificielle avec l'éthique. Ce débat bioéthique sur ce qui nous rend humain devrait guider les réflexions de nos décideurs nationaux et européens en particulier concernant les personnes les plus vulnérables susceptibles de s'attacher émotionnellement à ces machines.

The Conversation___________

 Par Nathalie Devillier, Professeur de droit, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 16/02/2017 à 11:04 :
il faut aussi évoquer que la multiplication des robots industriels exposent les travailleurs à des risques pour leur sécurité : ceci est d’autant plus accentué dans les cas des nouveaux robots collaboratifs qui partagent un même espace de travail, en réalisant des travaux avec les opérateurs : " La prévention des risques de la robotisation " : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=546
a écrit le 24/01/2017 à 14:32 :
Ceux qui ont hurlé contre la mécanisation de l'industrie au prétexte que ça allait supprimer des emplois se sont toujours trompés. La réalité est que ça a déplacé des emplois mais, rendu plus accessible au plus grand nombre une foule de biens de consommation en abaissant le prix de reviens. Que sont devenus les charretiers, bourreliers, ferronniers, etc. Ils ont disparu au profit de quantité d'autres emplois. L'industrie automobile est largement robotisée, ce qui a contribué à abaisser considérablement le prix des voitures. C'est pure démagogie que de taxer la robotisation, tout le monde a à y gagner. Les robots ne vont pas supprimer des emplois, ils les rendront plus qualifiants et ils contribuent également à diminuer la pénibilité des tâches.
Réponse de le 24/01/2017 à 17:51 :
quand vous dites , "les robots ne vont pas supprimer des emplois, ils les rendront plus qualifiants" Vous avez une boule de cristal apparemment qui vous permet d'émettre des certitudes contrant les rapports d'experts!
Je vous rappelle qu'il y a dors et déjà 10% de chômeurs en France.
Réponse de le 25/01/2018 à 9:14 :
La mécanisation et aujourd'hui les robots détruisent plus d'emplois qu'ils n'en créent. Les produits coûtent moins cher, car ceux qui les produisent sont sous-payés.Après vous pourrez toujours trouver que c'est super, jusqu'au jour où vous serez remplacé par un robot. Ce qui ne saurait tarder et qui est largement facilité par les ordonnances Macron. Cqfd
a écrit le 24/01/2017 à 13:29 :
"personnalité juridique aux robots" ? On marche sur la tête, les robots ne sont que des machines, ferraille + électronique !
a écrit le 24/01/2017 à 12:33 :
P.S.: Désolé mais ce sujet me fait cogiter, à comparer entre les droits des robots et les droits des ouvriers dans le monde en perpétuelle régression:

"Déluge de bombes sur le code du travail" http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2016-02-19-code-du-travail

"Au Bangladesh, les meurtriers du prêt-à-porter" https://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/CYRAN/49152 (abonnés ou payant)

Cette initiative de la part de l"europe est choquante et démontre bien la déconnexion totale entre les décideurs économiques et politiques et les citoyens.

Ce serait bien qu'ils aillent travailler rien qu'une journée à la place de tous ces nouveaux forçats que la finance a fabriqué via sa "mondialisation".
a écrit le 24/01/2017 à 10:37 :
P.S.: "droit d'exister sans crainte de blessure ou de mort"

C'est ridicule, ça y est les objets de consommation commencent à avoir des droits, au secours on est chez les fous.

Il ne faudra plus dire" Hier j'ai explosé mon portable qui n'arrêtait pas de buguer" mais "Hier j'ai tué mon téléphone portable et je risque des ennuis avec la justice pour ça."

L'oligarchie peut continuer de piller le pays par milliards, elle est tranquille, pendant ce temps la justice nous enfermera parce que nous nous en prenons aux objets qu'ils produisent.
a écrit le 24/01/2017 à 9:16 :
L'idée de taxer les machines revient périodiquement. Il faut taxer l'énergie qui alimente les machines. Une taxe sur l'énergie pour financer le chomage et les retraites. C'est trop difficile à comprendre.
a écrit le 24/01/2017 à 9:11 :
En tout cas c'est pas un socialiste qui fera payer les impôts aux riches et aux multinationales ça semble évident.

Ensuite une taxe sur les outils de production, une énième, les politiciens ont un véritable mépris pour la notion de travail c'est incroyable, incitera les actionnaires à continuer de préférer l'esclavagisme salarial et donc continuer d'exploiter la misère mondiale.

L'argent pour financer un vrai RU ou bien une nouvelle forme de travail, le RU n'étant pas la seule et unique idée, faut s'élargir un peu la pensée quand même, existe il faut juste avoir le courage d'aller le chercher.

Par contre que l'UE veuille taxer les outils de production tout en permettant l'évasion fiscale massive des fortunes européennes, n'est pas étonnant, que des milliards de travailleurs travaillent dans des conditions déplorables pour gagner une misère ça ça leur plait bien hein...

Vite un frexit.

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