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Un « Industrial Deal », pour une souveraineté économique européenne

Nathalie Colin-Oesterlé et Pierre Maurin

Publié le 23 mai 2024 à 08:30

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OPINION. Les élections européennes que nous allons vivre dans quelques semaines sont les plus importantes depuis le premier scrutin européen au suffrage universel en 1979. Par Nathalie Colin-Oesterlé, Député Européenne - Groupe PPE Porte-Parole Les Centristes et Pierre Maurin, Entrepreneur, Secrétaire national Les Centristes en charge de l'économie et de l'emploi.

Les tendances populistes et nationalistes observées dans certains pays membres pourraient compromettre la solidarité et la coopération nécessaires pour faire face aux défis du XXIe siècle. Le monde a, en effet, profondément changé depuis les fondements de l'Union européenne pariant sur de libres échanges économiques et la force du marché commun comme facteurs de prospérité. Or, si l'Europe a su évoluer, et rendre plus concrète son action - en développant des programmes territoriaux pour les régions, Erasmus pour les étudiants, une monnaie unique, un mécanisme européen de solidarité financière - tout cela n'est aujourd'hui plus suffisant. Mario DRAGHI le disait récemment : un « changement radical » est nécessaire pour retrouver la voie de la compétitivité et donner un avenir à notre économie.

Le monde en 2024 est orienté autour de grands blocs en compétition pour attirer les talents et les investissements. D'une part, les États-Unis autour d'un bloc anglo-saxon qui inclut le Royaume-Uni, mais est de plus en plus tourné vers le Pacifique avec le Canada, l'Australie et le Japon ; d'autre part, la Chine rapprochée de la Russie dans un grand continent eurasiatique. Enfin, trois blocs plus ou moins émergents apparaissent autour du sous-continent indien, de l'Amérique latine centrée sur le Brésil, et enfin d'un potentiel bloc africain. Face à ces ensembles, nous avons besoin d'une Union européenne puissante, souveraine et capable de protéger ses intérêts.

C'est pourquoi, nous Centristes, Libéraux, héritiers des pères fondateurs de l'Union européenne, proposons de repenser le modèle bureaucratique et normatif européen en faveur de la protection de notre industrie ; d'initier un changement capable de relancer notre modèle industriel et de mobiliser un programme massif de relocalisation et d'investissement pour créer les géants européens de demain ; de mettre en œuvre une Europe qui défend ses travailleurs, ses producteurs et ses entreprises dans la compétition internationale.

Si les normes sont nécessaires pour protéger la qualité, l'environnement, la sécurité des produits et services que nous consommons, toute adoption de nouvelle réglementation mérite de faire l'objet d'une étude d'impact et d'une évaluation de la législation préalable. Malheureusement, grand nombre de décisions ne sont pas confrontées aux réalités du terrain... Prenons par exemple, le Green Deal qui dans ses objectifs globaux d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 fait consensus. Pourtant, la fin du moteur thermique en 2035 est-elle réellement raisonnable face à une concurrence chinoise très forte et contrôlant une grande partie des ressources nécessaires à l'industrie automobile électrique ? La stratégie de la « Ferme à la Fourchette qui impliquait la réduction de la production européenne agricole de 10 à 15% était-elle une bonne réponse à l'enjeu de notre souveraineté alimentaire et des revenus de nos agriculteurs ? Toutes ces normes et réglementations ont été conçues pour le « monde d'avant » — avant le Covid-19, avant l'Ukraine, avant l'embrasement au Proche-Orient, avant le retour de la rivalité entre grandes puissances. Il est temps de les repenser et de les réduire drastiquement !

Un programme de réindustrialisation massive doit être mis en place à l'échelle européenne. Nous n'avons jamais eu un « Industrial Deal », comparable à l'Inflation Reduction Act aux États-Unis favorisant les capacités de production nationale à forte valeur ajoutée. Nous n'avons jamais eu, non plus, de stratégie, à l'instar de la Chine, intégrant toutes les étapes de la chaîne d'approvisionnement et garantissant l'accès à des ressources de plus en plus rares en matières premières.

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Cet « Industrial deal » garantira un plan de protection pour nos petites et moyennes entreprises (small business act), en établissant une politique de préférence européenne dans les marchés publics. Il inclura aussi les nouveaux horizons industriels : semi-conducteurs, intelligence artificielle, batteries électriques... sont autant de domaines où nous devons faciliter l'émergence d'acteurs européens mondiaux comme les français Mistral AI et Verkor, l'allemand Aleph Alpha ou le suédois Northvolt.

En effet, l'Europe reste à la traîne vis-à-vis de ses principaux concurrents en termes d'investissements et son déclassement risque de devenir irrémédiable. Actuellement, seulement quatre entreprises technologiques européennes figurent parmi les 50 premières au niveau mondial. Pour remédier à cette situation et repositionner l'Europe en tant que leader dans l'arène technologique mondiale, il est essentiel de stimuler le développement de fonds d'investissement de capital risque européens. Ces fonds joueront un rôle crucial dans le soutien aux startups innovantes et aux entreprises technologiques en phase de croissance, favorisant ainsi une nouvelle vague d'innovation et de compétitivité industrielle sur le continent. Il sera par ailleurs nécessaire d'adapter la réglementation prudentielle actuelle en matière de prêts bancaires, afin de couvrir nos besoins en investissement par des fonds privés.

Bien que l'épargne privée dans l'Union européenne soit conséquente, elle n'est pas suffisamment mobilisée pour financer la croissance nécessaire à une transition industrielle, décarbonée et numérique. Il faut créer une synergie entre l'épargne et les investissements à travers l'Union en facilitant l'accès au capital pour les initiatives stratégiques. Ceci inclut l'amélioration des cadres réglementaires pour les fonds d'investissement et la mise en place de mesures incitatives pour orienter l'épargne privée vers des investissements productifs.

Il faudra donc à terme approfondir et finaliser l'union des marchés des Capitaux, comme le suggère Enrico LETTA, pour avoir une économie européenne plus puissante et plus compétitive, disposant d'une épargne plus abondante dont une partie part actuellement aux États-Unis.

La France, grâce à son génie industriel, sa capacité d'innovation, son système bancaire performant et ses territoires dynamiques, devra jouer un rôle leader dans ce nouveau projet européen autour d'un partenariat économique renouvelé entre les États membres et nos peuples qui les composent.

Nathalie Colin-Oesterlé et Pierre Maurin

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