Un petit Ségur pour la médecine de ville

OPINION. Ça y est ! Après de longues et difficiles négociations, la médecine libérale a désormais son «  Ségur ». L'avenant n°9 à la convention médicale de 2016 a été signé le vendredi 30 juillet par trois syndicats représentatifs. Un petit Ségur sans ambition réformatrice pour une profession atomisée loin des enjeux de la médecine de ville. (*) Par Alexis Dussol, fondateur et PDG d’Adexsol.

4 mn

Alexis Dussol.
Alexis Dussol. (Crédits : DR)

Les médecins libéraux avaient vécu comme une sorte d'injustice le Ségur de la Santé annoncé par le président de la République en pleine première vague se transformer à l'arrivée en un Ségur de l'hôpital avec à la clef 19 milliards d'euros d'investissement et 8,2 milliards pour la revalorisation des salaires pour l'hôpital et pas un centime pour la médecine libérale. La frustration est encore montée d'un cran lorsque la lettre de cadrage, envoyée le 19 aout 2021 par Olivier Véran au directeur de la CNAM Thomas Fatome, a limité à 300 millions d'euros les crédits prévus pour la revalorisation des professionnels de santé libéraux.

En même temps, une autre disposition du PLFSS 2021 a prorogé jusqu'au 31 mars 2023 l'actuelle convention médicale qui venait à échéance le 24 octobre 2021, en raison de la tenue prochaine des élections professionnelles. L'exécutif avait en réalité en tête d'autres échéances électorales, l'objectif du Président de la république étant surtout d'éviter un bras de fer avec les syndicats de médecins libéraux à quelques encablures de la prochaine présidentielle où il sera à nouveau candidat

C'est dans ce contexte que les négociations avec les médecins libéraux ont débuté le 17 septembre 2020. Ce qui ne devait être à l'origine qu'un texte d'ajustement de la convention de 2016 va se transformer, compte tenu de l'actualité, en un Ségur de la médecine libérale Les négociations seront rendues difficiles par le climat de surenchère entre syndicats à la veille des élections aux URPS où se jauge la représentativité syndicale. Le premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, claquera d'ailleurs la porte moins d'un mois après et les négociations connaitront une longue pause pour ne reprendre qu'au mois de juin 2021, une fois connu les résultats des élections professionnelles marquées par une très faible participation et une atomisation syndicale

Un Petit Poucet au regard des montants du Ségur hospitalier

Avec un montant de 786 millions d'euros dont 100 millions pour les éditeurs de logiciels, le Ségur de la médecine libérale fait figure de Petit Poucet au regard des montants du Ségur hospitalier. Comme son homologue hospitalier, l'accord du 30 juillet ressemble davantage à un patchwork de mesures destinées à convaincre les signataires sans ambition réformatrice réelle, loin des enjeux des soins de ville. Les mêmes montants à l'euro près attribués aux généralistes et aux spécialistes avaient valeur de symbole pour la CSMF, le premier syndicat poly-catégoriel, la revalorisation des quatre spécialités considérées en tension aura suffi à emporter l'adhésion d'Avenir Spé-Le Bloc, le nouveau venu qui se veut le chantre de la médecine spécialisée, et le doublement du tarif des visites à domicile chez les malades chroniques de plus de 80 ans aura convaincu Mg France, le puissant syndicat de médecins généralistes. Les syndicats auront discuté le bout de gras jusqu'au dernier moment.

On ne saurait en blâmer ni les signataires qui n'ont pas souhaité attendre 2023 pour obtenir les revalorisations souhaitées ni les trois syndicats qui n'ont pas signé, estimant que le compte n'y était pas. Ils étaient dans leur rôle ! Si aucun des syndicats ne s'est déclaré entièrement satisfait, signataires et non signataires se réservent désormais pour le prochain round de 2023. Il n'est pas sûr que le train repasse une deuxième fois d'autant que le déficit des comptes de la Sécurité sociale qui s'est creusé de manière abyssale se sera rappelé, d'ici là, au bon souvenir des décideurs

A quand une vraie réforme du système de santé ?

La Cour des comptes dans son rapport de 2020 sur la Sécurité Sociale a déjà rappelé que « les prochaines années seront marquées par la nécessité de reconstruire une trajectoire de retour durable des comptes sociaux à l'équilibre », et a invité le gouvernement à rendre le système de santé plus efficace.

Sur ce plan, la pandémie aura fait passer au second plan la nécessité d'une réforme structurelle du système de santé. Le plan d'Emmanuel Macron « Ma Santé 2022 » avait pourtant suscité de réels espoirs. Le Covid-19 est passé par là et le curseur des priorités s'est déplacé. Il est dommage que les milliards d'euros investis, sans doute à raison, dans les deux Ségur n'aient pas été mis à profit pour réformer un système de santé, autrefois considéré comme le meilleur du monde, aujourd'hui à bout de souffle. Les dysfonctionnements qui ne datent pas d'aujourd'hui et que la crise sanitaire aura mis en exergue vont perdurer. C'est le cas de la bureaucratie excessive, de l'hospitalo-centrisme, de l'absence de coordination entre les acteurs, de la désertification médicale où des difficultés d'accès aux soins etc.

Pire même, il est à redouter que le « quoi qu'il en coûte » présidentiel déshabitue les acteurs de santé et les Français de manière générale aux efforts de rigueur pourtant indispensables avec l'explosion du déficit des comptes sociaux. Les lendemains de pandémie risquent d'être difficiles.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 3
à écrit le 20/08/2021 à 12:17
Signaler
Le Président et son gouvernement sont très interventionnistes pour lutter contre l'épidémie de covid mais pour lutter contre les déserts médicaux, on attend toujours des mesures à la hauteur du problème. On ne voit rien arriver et la catastrophe sani...

à écrit le 04/08/2021 à 9:38
Signaler
il est urgent de ne rien reformer, vu que ca ulcere les syndicats qui preferent qu on augmente les cotisations justes ( celles qui ne concernent pas leurs adherents donc), mais pas les impots et les cotisations injustes qu'ils sont susceptibles de pa...

à écrit le 04/08/2021 à 9:10
Signaler
Heu les gars franchement je sais pas si c'est le bon timing avec la dictature sanitaire actuelle, vous avez vraiment pas de bol hein... ^^

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.