Vaccin : Biotech 1 - démagogie 0

 |  | 1374 mots
Lecture 7 min.
Marc Guyot et Radu Vranceanu.
Marc Guyot et Radu Vranceanu. (Crédits : Reuters)
OPINION. Face à la pandémie, et malgré les discours catastrophistes, plusieurs vaccins contre le Covid-19 ont été mis au point en un temps record. Une prouesse technique mais aussi une démarche éthique dont on peut tirer plusieurs enseignements. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC

La pandémie du SARS-COV-2 qui déclenche la maladie du Covid19, démarrée à Wuhan, en Chine, en décembre 2019, a ravagé la planète. Une année plus tard, on décompte presque 1,8 million de décès attribués au Covid19 et de nombreux malades présentent des séquelles graves. On ne connait pas encore le nombre de décès dus à la congestion des systèmes de santé. En termes économiques, le choc sanitaire a entraîné une chute d'activité inégalée depuis la seconde guerre mondiale.

Avec cette année de recul, quelques leçons utiles peuvent être tirées alors même que les habituels catastrophistes et contempteurs du système ont matière pour élaborer leurs calembredaines. Sans surprise (ni vergogne), ils mettent en cause le capitalisme et le réchauffement climatique comme responsable de la pandémie. Le revenu universel devient bien sûr l'arme absolue pour lutter contre la pandémie ainsi que le contrôle de la prolifération des pangolins.

Exploit technologique et organisationnel

Plus sérieusement, cette pandémie a donné lieu à un exploit technologique et organisationnel qui n'a son équivalent que dans la course spatiale pour marcher sur la Lune. Jusque-là, la possibilité de créer un vaccin en moins d'un an était un évènement réputé impossible. Là, nous sommes spectateurs incrédules de l'émergence de 3 vaccins en Occident (BioNTech & Pfizer, Moderna, Astra Zeneca & Oxford University) qui devraient permettre de combattre efficacement la pandémie si les gouvernements réussissent à organiser efficacement l'opération de vaccination.

En mars 2020, quasiment personne ne croyait dans la capacité des scientifiques et entreprises pharmaceutiques à produire un vaccin avant plusieurs années. Les experts, relayés en boucle par les médias, nous expliquaient main sur le cœur et masque sur le visage qu'il fallait en moyenne 10 ans pour développer un vaccin. Les solutions préconisées étaient donc celles qui avaient fait leurs preuves au Moyen Age - enfermer la population, pour diminuer les contacts. Même si ce virus était nettement plus dangereux pour les personnes âgées, nos dirigeants, improvisés en apprentis autocrates, ont suivi cette recommandation et ont enfermé tout le monde, assumant la main sur le cœur (et sur les yeux) la destruction de certains pans de l'économie et la mise à mal de l'éducation.

L'utilisation de l'ARN

De leur côté, le petit groupe de scientifiques qui depuis une vingtaine d'années avait fait des progrès dans la compréhension de l'utilisation de l'ARN comme vecteur d'informations cellulaires ont vu dans le Covid19 un champ d'application pour leurs études. La société allemande BioNTech et la société américaine Moderna se sont lancées dans ce pari hautement risqué, portées par la confiance dans leur modèle théorique et quelques succès antérieurs dans la lutte contre le cancer.

Dans la mesure où il s'agissait d'une recherche de niche, les experts en épidémiologie et immunologie ne l'avaient jamais pris trop au sérieux. Tout particulièrement, les travaux de Kathrin Kariko et Drew Weisman n'avaient rencontré qu'une audience limitée. Pourtant, ils avaient en main la clé d'une nouvelle thérapie et celle du plus prometteur des vaccins. Sollicitée par Moderna et BioNTech, Kathrin Kariko est partie travailler chez BioNTech, la société crée en 2008 par deux autres visionnaires de ce traitement, Uğur Şahin et Özlem Türeci. En mai 2020, la multinationale Pfizer leur a fait confiance et a investi massivement dans le développement d'un vaccin anti-covid basé sur leur technologie. La société américaine Moderna a suivi la même stratégie de recherche, autour de l'ARN messager. Elle a bénéficié de nombreux dons privés et d'un investissement massif direct de 1 milliard de dollars par le gouvernement américain via le programme Warp Speed (vitesse de l'éclair) de l'Administration Trump.

L'administration Trump a investi massivement dans la logistique

Donald Trump est le seul leader mondial qui n'a pas succombé à la panique face à la propagation rapide du virus. S'il a fermé très vite le trafic aérien avec la Chine, son approche décentralisée des restrictions aurait provoqué de nombreuses contaminations et a été très critiquée. En revanche, il a cru dès le début dans la capacité des scientifiques à trouver rapidement un vaccin et en fin compte il a eu raison et les épidémiologistes officiels ont eu tort, et les deux vaccins à technologie mARN - Moderna et BioNTech -- ont été approuvés dans de nombreux pays avant la fin de l'année comme l'avait prédit Donald Trump. En anticipation de la mise à disposition de ces vaccins, l'administration Trump a également investi massivement dans la logistique de vaccination, ce qui permettra d'administrer le vaccin nettement plus rapidement qu'ailleurs.

Une leçon à tirer de cette crise est que la mobilisation des hommes de sciences et de management dans un esprit ouvert et innovant de disruption sans limite est capable de bousculer les croyances conventionnelles et les certitudes administratives de ses représentants officiels et de ses « hautes autorités » auprès des hommes politiques. En toute justice, ces derniers ne sont pas à blâmer dans la mesure où l'esprit des start-ups, des biotechs et de la souplesse leurs sont étrangers. N'est pas une start-up nation celle qui se contente de le revendiquer et persiste à s'entourer d'un aréopage de caciques et ceci est la deuxième leçon. Soutenir une science disruptive nécessite un réseau complexe mais organisé d'institutions d'enseignement supérieur et de recherche de pointe, publiques ou privées, des structures de financement privées ouvertes au risque, des fonds publics mobilisables rapidement et une structure et des incitations de libre entreprise.

Il est important de noter que ces deux start-up, BioNTech et Moderna, qui se sont attelées à cette mission de recherche et ont mis au point le vaccin sont des entreprises dont la vocation est le profit. Ce ne sont pas des « entreprises à mission ». Cela ne les a pas empêchés, en moins d'un an, de mettre à la disposition de l'humanité le vaccin contre le covid19, un des plus grands fléaux depuis la seconde guerre mondiale. Le laboratoire de l'université d'Oxford, une organisation privée, non-profit - allié à la firme AstraZeneca, représente dignement la finalité et la qualité de la recherche académique capable de s'allier avec la recherche appliquée et les fonds privés.

Faire son travail selon un haut standard de qualité

L'entreprise est au service de la société, sans qu'il soit nécessaire de le spécifier, noir sur blanc, dans une lettre de mission, dès lors qu'elle prend sa place dans le vaste réseau qui met à la disposition du public les biens et services dont il a besoin. Les spécificités du vaccin de BioNTech, nécessite une chaine de super froid à -70°C ce qui pose des défis à tous les niveaux de sa production, y compris au niveau de son acheminement. Thermo King, une entreprise spécialisée dans le froid et filiale de l'américain Trane Technologies, a réussi en moins de 3 mois, à adapter les systèmes de froid embarqués pour le transport du thon pour descendre de -60 à -70°C.

Être au service de la société, signifie simplement de faire son travail selon un haut standard de qualité là où on se trouve positionné dans les innombrables chaînes humaines que constitue la Société. Il y a là une illustration claire du point selon lequel le comportement éthique ne dépend pas que de la détermination individuelle mais peut être porté par la structure de la Société sans même que l'être humain en ait une claire conscience. Chaque personne qui, à sa place, accomplit le geste juste, l'action juste, le calcul juste, l'investissement juste contribue au bien-être de la Société sans qu'il soit besoin d'engagement éthique global explicite ni de connaissance de son impact global, à condition que le système soit sain. C'est la contribution des grands penseurs comme Adam Smith et Friedrich Hayek à l'humanité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/01/2021 à 13:28 :
Bien intéressante cette ode, non seulement à l'ecomomie mais à la société libérale conduite par la main invisible du marché. Un point faible cependant à l'argumentation : la Chine et la Russie n'ont-elles pas tout aussi vite développé des vaccins tout aussi efficaces ?
a écrit le 31/12/2020 à 17:30 :
Expliquez moi par quel miracle les professeurs d'économie et de gestion sont aussi docteurs en médecine, infectiologue ou spécialistes des vaccins.
Réponse de le 31/12/2020 à 21:47 :
J'ai pourtant noté que 2020 a révélé qu'il y avait en France 65 millions de virologues, de médecins, de statisticiens et de scientifiques de haut vol qui ont tranché avec une autorité académicienne les dires du Pr Raoult. Avec un peuple si savant on se demande encore comment nous pouvons être les derniers dans les tests mondiaux de mathématiques ! C'est vrai qu'un peuple qui ne sait pas compter est voué au déficit perpétuel.
a écrit le 31/12/2020 à 11:03 :
On peut espérer qu'en France, nous aurons des fonds de pension qui pourront investir massivement dans nos jeunes pouces technologiques et que nous allons enfin nous débarrasser de notre si envahissante administration.
a écrit le 31/12/2020 à 10:17 :
Comme d'habitude vous regardez le verre à moitié plein, à savoir que l'on peut être content de voir qu'enfin notre secteur pharmaceutique s'est mit à travailler, le truc qu'il avait oublié depuis des décennies maintenant laissant les avancées médicales majeurs à la technologie.

Vous avez raison, c'est une vérité, mais ça pue la défaite quand même hein...
Réponse de le 31/12/2020 à 14:46 :
Quelle défaite ? Un don de 200M à Fifi pour 0 vaccin produit ou en recherche, elle est pas belle la vie pourquoi voulez-vous travailler ? ^^
Réponse de le 31/12/2020 à 18:33 :
Oui, les auteurs ont fait un choix fort, celui de l'optimisme technophile. Pourtant les scientifiques qui annoncent de prochaines pandémies dues au réchauffement climatique sont des scientifiques tout aussi sérieux que ceux qui ont mis un vaccin au point... Pourquoi s'en moquent-ils, mystère? N'oublions pas que ce qui a tenu le système dans les pays, c'est l'action de la force publique et des banques centrales. Sans cette action nul besoin d'n vaccin...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :