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Vaincre l'autocratie allemande

Photo de Ivan Best

Michel Santi

Publié le 23 mai 2016 à 08:46 - Mis à jour le 23 mai 2016 à 08:57

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La politique allemande est à l'origine du marasme européen. Par Michel Santi, économiste*

Les ménages et les entreprises allemands sont très nettement créanciers et excédentaires vis-à-vis de l'extérieur. Quant au gouvernement allemand, son objectif est de solder sa dette publique et de passer en excédent budgétaire. Dès lors, pourquoi s'émouvoir du ralentissement endémique de l'investissement intérieur dans ce pays, lui-même directement induit par des individus allemands qui se muent en nets prêteurs, par des entreprises qui se noient littéralement sous le poids de leur trésorerie et par un État qui se complaît dans une frugalité débile ? Voilà pourquoi l'excédent de la balance des paiements allemande - qui se monte aujourd'hui à 8% du P.I.B. national - est en constante progression, signifiant ainsi que l'Allemagne investit 8% de son P.I.B. à l'étranger.

Un peuple littéralement obsédé par la rigueur et par l'épargne

Ne vous y trompez pourtant surtout pas. Cette calamité d'intervenants allemands à tous les niveaux -privés et publics- qui épargnent plutôt que d'investir et de dépenser n'est nullement la sécrétion de l'ingéniosité, de la productivité ou de l'exemplarité allemande. Si tous les secteurs d'activité et si toutes les couches sociales de cette nation sont désormais net créditeurs, c'est que le peuple allemand est littéralement obsédé par la rigueur et par l'épargne. Par ailleurs, son économie est aujourd'hui devenue tellement dominante que cette hantise induit des effets pervers et, ce, non seulement à l'échelle européenne mais mondiale !

La spirale déflationniste due à l'Allemagne

C'est en effet principalement à l'Allemagne que l'on doit la spirale déflationniste globalisée car cet excès maladif d'épargne et d'excédents au détriment de l'investissement et de la consommation exerce une pression baissière intense sur les taux d'intérêt européens. La bataille que mène désespérément la BCE est donc perdue d'avance, et ses taux condamnés à rester nuls -voire à passer négatifs- tant que l'Allemagne se complaira dans sa posture foncièrement déflationniste de machine à exporter. Ce sont donc ces problèmes structurels allemands, comme l'obstination de ses politiques à atteindre l'équilibre budgétaire, qui pèsent sur la politique monétaire de la BCE. Que Monsieur Schauble - qui déplore les taux d'intérêt négatifs européens - ne s'en prenne donc qu'à lui-même et à la politique de son pays entièrement tendue à engranger des excédents, au mépris des chômeurs, des retraités et de l'océan de travailleurs précaires allemands.

Accumulation de richesses et d'excédents

En réalité, la déflation actuelle est même aggravée par l'attitude des allemands qui consiste aujourd'hui à réduire davantage leurs dépenses -dans un contexte de taux d'intérêt nuls-, car ceci revient à gonfler de manière synthétique leur épargne. Cette accumulation de richesses et d'excédents -seule priorité du peuple allemand à tous les niveaux- contraint par ailleurs à davantage d'austérité et de privations les autres nations européennes car l'exportation est désormais devenue leur seule et unique manière de parvenir à un semblant de croissance. Incapables d'opérer une relance de leurs exportations par une dévaluation de leur monnaie nationale, contraintes de forcer davantage à la baisse leurs salaires afin de maintenir un niveau de compétitivité décent vis-à-vis de l'ogre allemand, les autres nations européennes doivent donc -encore et toujours- considérablement réduire leur train de vie. L'Allemagne conduit donc le monde à une escalade globalisée vers la déflation : car ces partenaires commerciaux -européens et autres- doivent ainsi rivaliser avec elle, simplement pour rester à flots.

Aveuglement et domination allemandes

Dans un tel contexte de diktat allemand, comment ne pas être scandalisé par Schauble qui s'en est récemment pris à Mario Draghi pour la montée du parti eurosceptique allemand AFD, lui disant en substance du haut de son arrogance légendaire: «Soyez très fiers car 50% des résultats de ce parti est dû à votre politique monétaire» ? Cette Europe et par delà le monde entier ne peuvent plus-et ne doivent plus- s'accommoder de cet aveuglement et de cette domination allemandes, responsables à 100% de l'effondrement des fondamentaux du continent et de la déflation mondiale. C'est à cette aune qu'il faut comprendre l'accueil des réfugiés syriens en Allemagne car ce pays cherche à exercer une pression supplémentaire sur ses propres salaires en embauchant des travailleurs encore moins bien payés que ses mini-jobbeurs actuels, afin de dégager encore plus d'excédents. Ce faisant, l'Allemagne se prépare à un avenir sombre où le racisme y trouvera un terreau idéal, car les allemands au chômage (ou qui refuseront d'être employés à de telles conditions) stigmatiseront les «étrangers voleurs d'emplois».

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Prenons donc garde à ne pas nous laisser entraîner dans cette schizophrénie allemande. Que l'Allemagne quitte donc notre Union européenne, et avec elle la mercantile Grande Bretagne, et qu'elles nous permettent enfin de bâtir l'Europe des valeurs humanistes.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

Sa page Facebook et Twitter.

Michel Santi

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