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Vers la fin de la francophonie ?

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Mario d'Angelo

Publié le 18 mars 2016 à 06:00

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Comment promouvoir encore la langue française à travers le monde à l'heure de l'anglais triomphant? Par Mario d'Angelo, professeur émérite au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, Coordinateur de Idée Europe

Inexorablement, l'anglo-américain est devenu le principal vecteur linguistique de la communication dans un monde en voie de globalisation. Sa primauté est autant établie comme langage du net que du déplacement touristique, comme sésame de la carrière professionnelle que de la réputation de la marque. La question linguistique est au centre de la société de la communication et interroge la conduite à tenir pour promouvoir présence et langue françaises.

Stratégies de terrain

À l'ère des réseaux numériques, les innovations technologiques et de services répondant aux besoins de la société de la communication continuent d'alimenter la croissance des industries de la langue (apprentissage des langues, traductions, doublages etc.). Elles visent un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros en 2017. L'Union européenne par exemple, avec ses 24 langues officielles en 2015, a mobilisé deux milliards d'euros pour ses services linguistiques (dont deux millions de pages traduites) pour mettre en œuvre sa devise « unité dans la diversité ».

La langue a un impact sur les industries de contenus culturels (livre, presse, film, audiovisuel) dès lors qu'elle est le véhicule nécessaire à la compréhension du sens d'un contenu. Or dans un cyberespace déterritorialisé et anglicisé, les barrières des aires linguistiques sont en train de tomber alors qu'elles protégeaient encore des marchés déjà ouverts juridiquement au libre-échange.

Le moteur de la société de la communication ne peut fonctionner qu'à l'énergie de la libre circulation : des idées, des connaissances, des œuvres et des savoir-faire. Dans tous ces registres, se sont formées des « communautés » (des ensembles coopératifs) qui se mondialisent et s'anglicisent dans leurs échanges communicationnels. Ainsi en est-il de la communauté scientifique : l'impérieuse nécessité des universitaires et des chercheurs de publier en anglais a engendré un impressionnant développement des éditions universitaires dans le monde anglophone. Au point d'inciter les éditeurs de pays non anglophones de publier de plus en plus en anglais.

En réalité, les productions utilisant l'anglo-américain sont de plus en plus recherchées et même nécessaires. En témoigne le prochain film de Luc Besson (Valerian) qu'Europacorp produira en anglais. D'emblée, le produit culturel bénéficie d'un bonus en se plaçant sur un marché potentiel porteur, sans surcoût ni de doublage ni de moyens promotionnels différentiés sur le web.

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Effet réseau

Mais faut-il pour autant accuser d'impérialisme la langue de Walter Scott, Meryl Streep, Nelson Mandela ou des All Blacks ? Il faut surtout y voir « l'effet de réseau » qui, dans la société de la communication, globalisée et connectée, fait du medium linguistique le plus partagé, le medium le plus utile. C'est alors une spirale d'attractivité de « la langue centrale » qui agit car tout joueur qui évolue (ou le souhaite) dans le village global aura dans son calcul une préférence pour la langue centrale.

Globalement, la valeur des autres idiomes baisse simultanément à l'accroissement de l'usage de l'anglo-américain et de la valeur des réseaux anglophones qui deviennent les plus porteurs en retour sur investissement linguistique et communicationnel.

"Glocalisation" linguistique

La suprématie de l'anglo-américain dans les échanges n'est donc pas encore à son faîte et rien ne pourra arrêter la dynamique expansionniste de cet esperanto du XXIème siècle.

Toutefois, conjointement au mouvement d'uniformisation sur un medium linguistique central, un second mouvement est à l'œuvre se traduisant par la revitalisation d'idiomes en déclin voire voués à la disparition. En Europe, une cinquantaine de langues régionales est concernée (kachoube, frison, sami, sorabe etc.) mais aussi les parlers locaux qui vont des franciques rhénans au bunjevac (Balkans) en passant par le fala (Estrémadure). Tous reflètent des nids identitaires résistants dans le village global.

Ce constat de glocalisation linguistique amène à deux conclusions différentes. La première est que forces centripètes et centrifuges laisseront peu de place à des langues véhiculaires « moyennes » comme l'est devenu le français (265 millions de locuteurs et majorité de pays francophones situés en-dehors du centre des échanges mondiaux). Une seconde conclusion est que les capacités humaines sont plus grandes qu'on ne le pense et que les forces pour soutenir un français planétaire sont loin d'être toutes efficacement mobilisées.

Dilemme politique

Le dilemme politique qui en résulte a été impossible à trancher jusqu'à présent et il l'est sans doute objectivement. Cela revient donc à clarifier la position sur deux axes : 1) le renforcement sélectif de la visibilité internationale des productions culturelles et intellectuelles françaises en se servant de la langue centrale ; 2) le renforcement-élargissement des réseaux francophones tout en « œuvrant pour une polyphonie universelle » comme l'avance Stélio Farandjis dans Grandir ou périr (2016), axe qui contribue au magnétisme symbolique de la France et du français.

Mario d'Angelo, Professeur émérite au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, Coordinateur de Idée Europe

Mario d'Angelo

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