L’avis de Fisher Investments France sur les limites des prévisions à long terme
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Fisher Invest France - Stratégies d’investissement à long terme
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De nombreuses instances formulent des prévisions à long terme, des agences gouvernementales et organisations supranationales aux organismes chargés de la politique monétaire et instituts de recherche indépendants, qui sont très largement relayées dans les commentaires financiers analysés par Fisher Investments France pour fonder son avis. Les exemples les plus connus sont notamment les prévisions de dette publique de l'Office for Budget Responsibility (OBR) britannique, les Perspectives de l'économie mondiale du Fonds monétaire international ou encore les projections d'inflation des grandes autorités monétaires. Précisons que notre opinion quant à l'intérêt limité des prévisions à long terme est générale, et qu'elle ne s'applique à aucun(e) rapport, agence ou institut en particulier.
D'après nos recherches, ces prévisions se fondent typiquement sur certaines idées reçues. Elles tendent à extrapoler les conditions actuelles, tel un exercice de mathématique linéaire partant du principe que les circonstances récentes et/ou les moyennes historiques s'appliqueront. Si nous n'excluons pas que le recours aux données historiques puisse s'avérer intéressant pour établir des probabilités, les recherches de Fisher Investments France montrent que la réalité n'a rien de fluide ou de linéaire. Ainsi, dans ses Perspectives économiques et budgétaires publiées en mars 2017, l'OBR fondait ses projections du taux d'inflation de l'indice des prix à la consommation (IPC) sur une série d'hypothèses, parmi lesquelles le maintien d'un prix du baril de pétrole brut Brent (la référence mondiale en la matière) autour de 60 USD jusqu'en 2022, par simple extrapolation des conditions alors en vigueur.[i] Pourtant, les cours de l'or noir ont augmenté en 2017 et 2018, dépassant les 85 USD le baril à l'automne.[ii] Ils ont ensuite plongé en 2020, alors que la crise du COVID faisait fondre la demande, puis se sont redressés bien au-delà de 100 USD le baril en 2022 lorsque la guerre en Ukraine et les sanctions prises à l'encontre de la Russie ont fait craindre une pénurie de l'offre mondiale.[iii] Ce n'est pas l'unique raison pour laquelle l'inflation réelle de l'IPC britannique ne s'est pas alignée sur la projection de l'OBR, qui prévoyait un taux annuel stable de 2,0 % à partir de 2019 (et chez Fisher Investments France, nous avons nos réserves quant à ce cadre conceptuel), mais il nous semble juste de présumer qu'elle y a contribué.[iv]
Considérons également les Perspectives énergétiques annuelles de 2005 de l'Agence d'information sur l'énergie (EIA) américaine, qui présentaient plusieurs scénarios d'offre et de demande mondiales de pétrole pour 2025, fondés en grande partie sur les hypothèses de production de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Comme l'indique le rapport, « il est supposé que les membres de l'OPEP sont la principale source de l'offre marginale nécessaire pour répondre aux augmentations de la demande ; par conséquent, la production des pays membres de l'OPEP varie davantage que la production des pays non membres de l'OPEP en réponse aux variations des besoins. »[v] L'EIA a estimé que l'OPEP produirait 30,6 millions de barils par jour (mbpj) en 2005 pour atteindre finalement 55,1 mbpj en 2025, soit une augmentation annuelle régulière de 2,7 %.[vi] Aujourd'hui, l'OPEP+ (qui comprend des pays non membres comme la Russie) a produit 35,7 millions de barils supplémentaires par jour l'année dernière, bien loin des prévisions de 2005.[vii]
Ces exemples parmi les plus extrêmes montrent à quel point il est difficile de prédire le lointain futur. Beaucoup de choses peuvent changer. Pour formuler des prévisions précises plusieurs années à l'avance, il faut pouvoir prédire l'évolution du comportement humain, de la demande de consommation, des tendances de production, des décisions politiques et des développements technologiques à long terme, plus tout ce que cela implique d'imprévus. Fisher Investments France ne pense pas qu'une prévision formulée aujourd'hui puisse tenir compte de ces changements.
Prenons un autre exemple : les prévisions de pic pétrolier. Selon la théorie originale du pic pétrolier, qui s'est imposée au milieu du XXe siècle, la production mondiale de pétrole brut (une ressource en l'occurrence limitée) finirait par s'éteindre.[viii] Et ce déclin de l'offre entraînerait inévitablement une hausse des prix. Mais le pic pétrolier ne s'est pas matérialisé, grâce notamment à des avancées exceptionnelles, et en premier lieu la révolution du schiste aux États-Unis, qui a vu les producteurs américains investir dans des technologies et des procédés d'extraction (fracturation hydraulique et forage horizontal) leur permettant d'accéder à de vastes réserves de pétrole de schiste, faisant littéralement bondir l'offre mondiale de pétrole.[ix]
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Certains commentateurs suivis par Fisher Investments France affirment aujourd'hui qu'un pic de la demande de pétrole est proche et qu'à terme, la consommation de pétrole diminuera à mesure que les consommateurs lui préféreront les technologies sobres en carbone.[x] Certes, on peut raisonnablement penser qu'à un moment ou à un autre, une ressource limitée finira par s'épuiser à mesure que l'offre diminue et que la société se tourne vers de nouvelles alternatives. Mais les prévisions à long terme qui intègrent pareille issue (et surtout leurs conséquences négatives) ne se sont pas encore concrétisées tout simplement parce qu'elles ne peuvent envisager précisément les moyens que trouveront les producteurs et les consommateurs pour s'adapter.
Fisher Investments France estime qu'il n'est guère judicieux pour les investisseurs de s'appuyer sur des prévisions à long terme dans le cadre de leurs décisions d'investissement. Même si ces prévisions finissent par s'avérer exactes, cette longue attente peut représenter un coût d'opportunité considérable (la valeur de ce à quoi vous renoncez lorsque vous choisissez une autre option). Imaginons qu'un investisseur décide d'éviter les actions d'une région pour laquelle les prévisions économiques à long terme ne sont guère encourageantes. Les actions de cette région pourraient très bien connaître des périodes de surperformance avant que la faiblesse économique attendue ne s'installe. Même si les prévisions finissent par se réaliser, pas besoin d'hypothéquer les actions pour autant, car leurs cours intègrent et reflètent les informations largement connues (et notamment les perspectives rendues publiques). Des prévisions moroses peuvent peser sur le sentiment à l'égard de la région concernée, imposant aux actions d'escalader un mur des inquiétudes plus élevé.
Autre exemple : un investisseur se fonde sur les prévisions de pic pétrolier pour décider qu'il vaut mieux éviter les actions du secteur de l'énergie au XXIe siècle. Ces prédictions sont à l'heure actuelle encore hypothétiques, et l'on constate d'ailleurs que sur les 25 dernières années, les actions énergétiques ont surperformé les actions mondiales au cours de 12 années. On peut donc se priver d'importants rendements si l'on se fie à des prévisions trop lointaines.[xi] Fisher Investments France conseille aux investisseurs de se focaliser sur les 3 à 30 prochains mois, pas plus, car au-delà de cet horizon, le futur est tout bonnement impossible à prévoir.
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Fisher Investments France est le nom commercial utilisé par Fisher Investments Luxembourg, Sàrl en France (« Fisher Investments Europe »). Fisher Investments Luxembourg, Sàrl est une société à responsabilité limitée constituée au Luxembourg sous le numéro B228486 opérant également sous le nom Fisher Investments Europe (« Fisher Investments Europe »). Son siège social est sis à l'adresse suivante : K2 Building, Forte 1, 2a rue Albert Borschette, Troisième étage, L-1246 Luxembourg. Fisher Investments Europe est agréée en tant que société d'investissement par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (« CSSF ») et en tant qu'intermédiaire en assurance auprès du Commissariat aux Assurances (« CAA ») et de l'ORIAS (sous le numéro 2020CM004). La succursale française de Fisher Investments Europe est immatriculée au Registre du commerce et des sociétés de Paris sous le numéro 853 467 207. S'agissant de ses services de gestion de portefeuille discrétionnaire, Fisher Investments Europe externalise à ses sociétés apparentées une partie des fonctions quotidiennes de gestion de portefeuille, de conseil en investissement et de trading.
Ce document reflète les opinions générales de Fisher Investments Europe et ne doit pas être considéré comme une recommandation personnalisée ou comme un reflet de la performance obtenue par ses clients. Rien ne garantit que Fisher Investments Europe maintiendra ces opinions, qui sont susceptibles de changer à tout moment si de nouvelles informations ou analyses lui sont communiquées ou en cas de réévaluation de celles-ci. Les informations contenues dans le présent document ne constituent en aucun cas une recommandation ou une prévision quant à l'évolution des conditions de marché. Elles sont fournies à titre purement indicatif. La situation actuelle ou future des marchés peut différer considérablement de celle présentée ici. De plus, aucune garantie n'est donnée quant à l'exactitude des hypothèses formulées à des fins d'illustration dans le présent document.
[i] « Economic and Fiscal Outlook », Office for Budget Responsibility, mars 2017.
[ii] Source : FactSet, au 15/07/2025.
[iii] Ibid.
[iv] Ibid.
[v] « Annual Energy Outlook: 2005 », Agence d'information sur l'énergie, p. 44.
[vi] Ibid.
[vii] Source : Agence d'information sur l'énergie, au 15/07/2025.
[viii] « Understanding Peak Oil: What It Is and Why It Matters », Michael Kern, OilPrice.com, 29/08/2024.
[ix] « Shale Oil and Shale Gas Resources Are Globally Abundant », Agence d'information sur l'énergie américaine, 02/01/2014.
[x] « Will Peak Demand Roil Global Oil Markets? » Matthew Higgins et Thomas Klittgaard, Liberty Street Economies, 14/04/2025.
[xi] Source : FactSet, au 14/07/2025. Affirmation basée sur les performances annuelles de l'indice MSCI World et du secteur MSCI Energy, dividendes nets réinvestis, en euros, 1999 - 2024.
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