Pourquoi les marchés s'accommodent de la paralysie politique

Quel est l'impact des élections sur les actions ? De nombreux commentateurs que nous suivons semblent avoir des idées préconçues sur le candidat ou le parti qui sera le plus bénéfique aux marchés. Fisher Investments Europe considère pour sa part que cela n’a pas d’importance pour les actions. À notre sens, les investisseurs devraient faire peu de cas des partis et des personnalités politiques. Nos recherches montrent qu'il vaut mieux analyser l'actualité politique de la même façon que les marchés, c'est-à-dire en se demandant si les élections vont aboutir ou non à une situation de paralysie. Même si cela peut sembler paradoxal, nous pensons que la paralysie politique est souvent une bonne chose pour les actions.

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Fisher Investments Europe entend par là une situation dans laquelle il est difficile pour un gouvernement de faire adopter des lois. D'après notre expérience, de nombreux investisseurs ont horreur de cette situation car elle empêche les gouvernements d'accomplir beaucoup de choses. La plupart des électeurs attendent des élus qu'ils prennent des mesures qui leur sont favorables. Néanmoins, cette préférence pour les actes concrets peut également les empêcher d'apprécier l'activité politique sous le même angle que les marchés actions, comme nous allons le voir.

La paralysie politique peut prendre plusieurs formes. Bien souvent, elle est le fruit d'une coalition de plusieurs partis qui ont des divergences idéologiques. Par exemple, en Allemagne, le gouvernement de coalition formé récemment est issu de partis de gauche, mais aussi de droite. Ces partis sont majoritaires au Parlement mais nos recherches montrent que le programme de gouvernement sur lequel ils se sont mis d'accord est restreint et centriste. Il n'est ni radical ni de grande envergure et il est donc peu probable que de nombreuses réformes soient entreprises. Néanmoins, on a déjà vu des partis de coalition proches sur le plan idéologique être en désaccord, par exemple lorsqu'un parti d'extrême gauche ou d'extrême droite a des divergences avec son homologue plus modéré sur le cap politique fixé ou sur les mesures concrètes. Ce fut d'ailleurs le cas en Espagne et au Portugal avec des gouvernements issus de partis de gauche et de centre gauche. De même, les gouvernements minoritaires sont, par définition, voués à la paralysie car ils ont besoin que les partis d'opposition votent pour ou s'abstiennent sur les projets de loi soumis au Parlement, comme c'est le cas aujourd'hui au Canada.

Et même lorsqu'un gouvernement est issu d'un seul parti, son action peut être entravée par des dissensions internes à ce parti, paralysant ainsi son agenda politique. Ce fut souvent le cas lors des deux premières années du mandat de Donald Trump alors que le Parti républicain était majoritaire au Sénat. Et c'est également le cas aujourd'hui avec Joe Biden quand bien même le Parti démocrate dispose d'une majorité dans les deux chambres du Congrès. Un leader doté d'un capital politique limité aura également du mal à faire adopter des projets de loi : même s'il dispose d'une majorité, une cote de popularité en berne peut l'exposer à une lutte de pouvoir qui met souvent un coup d'arrêt à l'activité législative, comme c'est le cas aujourd'hui au Royaume-Uni.

Quelle que soit son origine, la paralysie politique a généralement deux conséquences. Premièrement, elle peut entraver l'adoption d'un projet de loi majeur. Deuxièmement, elle peut édulcorer les projets de loi phares en obligeant les élus à faire un compromis qui aboutira à des propositions moins extrêmes que prévu initialement.

Nos recherches montrent que les marchés actions dans les pays développés compétitifs ont généralement une préférence pour la paralysie. Les grandes réformes (quel que soit le parti qui en est à l'origine) créent de l'incertitude, ce qui peut les contrarier. D'après nous, la paralysie politique réduit cette probabilité. Elle empêche le Parlement de modifier radicalement le droit à la propriété ou d'adopter des lois, des réglementations ou des mesures qui engendrent des gagnants et des perdants. Cela peut atténuer l'incertitude quant à l'évolution de la fiscalité ou du droit du travail et à l'interférence de l'État, entre autres facteurs susceptibles d'avoir un impact sur les bénéfices des entreprises.

D'après notre expérience, toutes les grandes réformes, aussi bien intentionnées soient-elles, risquent de créer des gagnants et des perdants. Les études sur la finance comportementale montrent que les investisseurs ont une plus grande aversion aux pertes qu'une préférence aux gains pour un même montant, un phénomène que les psychologues appellent « aversion myope aux pertes » ou « théorie des perspectives ». Lorsque la législation engendre des gagnants et des perdants, cela peut souvent assombrir fortement le sentiment. Selon la théorie des perspectives, les investisseurs et les électeurs n'agissent pas toujours de façon rationnelle. Les grandes réformes peuvent profiter aux électeurs d'un ou plusieurs partis mais l'aversion myope aux pertes montre que ceux qui n'en profitent pas ont tendance à le vivre bien plus mal, ce qui peut l'emporter sur la sensation de gain. Pour les marchés, ce biais cognitif signifie que toute réforme d'envergure — quel que soit le parti à son origine — risque d'agir comme un frein. De plus, les grandes réformes du droit des affaires peuvent amoindrir la capacité des entreprises à faire des projets et à investir. Dans l'ensemble, nous considérons que la paralysie politique limite l'incertitude pour les marchés actions.

Alors, quel est l'impact d'un cycle électoral habituel sur les actions ? Les élections suscitent souvent des émotions fortes car les hommes et femmes politiques flattent les biais de leurs électeurs, alimentant ainsi l'incertitude quant aux gagnants et aux perdants. Cela décourage la prise de risque. Lorsque tout est en suspens et susceptible de changer, il est difficile de voir à travers le brouillard. D'après notre expérience, la perspective d'une alternance politique peut miner le moral des investisseurs. Par exemple, l'incertitude peut dissuader les entreprises de faire des projets à plus long terme. Le fait de ne pas savoir à quoi l'environnement politique ressemblera — et comment il peut affecter les entreprises — peut amoindrir leur capacité à prendre des décisions d'investissement, à engager des capitaux et des ressources. Cela peut peser sur la croissance jusqu'à ce que le brouillard se dissipe et que les entreprises aient davantage de certitudes pour s'engager dans de grands projets stratégiques.

Cependant, si un scrutin aboutit à une situation de paralysie, les élus au Parlement ne seront pas en mesure de tenir toutes les promesses de campagne. La paralysie atténue l'incertitude politique, donne aux entreprises une meilleure visibilité pour poursuivre leur expansion à long terme et les incite à prendre davantage de risques. Cela peut être décevant pour certains — et encourageant pour d'autres — mais pour les marchés, la paralysie politique est synonyme d'un certain immobilisme. Cela permet aux marchés, qui sont toujours dans l'anticipation, de voir encore plus loin, sachant que le cadre économique des entreprises ne sera probablement pas bouleversé de sitôt.

L'Histoire suggère que les actes des responsables politiques et des gouvernements peuvent être imprévisibles. La paralysie politique atténue l'incertitude, ce qui élimine un risque de plus pour les marchés actions. D'après nous, il s'agit d'un élément favorable sous-estimé pour ces derniers.

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