Les ETI françaises, prédisposées à la RSE

Alors qu’elles génèrent 30% du chiffre d’affaires de l’ensemble des sociétés françaises, les ETI (entreprises de taille intermédiaire) forment un tissu entrepreneurial indispensable à la prospérité socio-économique du pays. En grande partie industrielles, elles jouent également un rôle clé à l’échelle de leur territoire, car contrairement aux grands groupes, leurs sièges et unités de production sont rarement situés en région parisienne. Alors que la transition vers une économie plus durable se fait pressante, les 5 400 ETI françaises et leurs 3 millions de salariés se retrouveront bientôt en première ligne de cette transformation vertueuse… avec comme socle commun de précieux et solides atouts.

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(Crédits : GettyImages, Mazars)

Saluées pour leur résilience durant la crise du Covid-19, les ETI sont plus que jamais au cœur des plans de relance et de réindustrialisation. « Depuis quelques années déjà, le monde politique souligne le rôle moteur de ces entreprises dans le « réenchantement » des territoires, une redynamisation qui nécessite une activité économique vigoureuse ainsi qu'une réindustrialisation. Depuis la crise sanitaire, cet enjeu est passé au premier plan », explique Bruno Pouget, Associé en charge du marché des ETI chez Mazars. Ces organisations occupent donc une place centrale dans la sortie de crise à construire, laquelle ne peut être envisagée sans la prise en compte des ambitions européennes de décarbonation de l'économie, ni sans la contribution à l'évolution des pratiques sociales et de gouvernance, d'ailleurs très attendue des Français (1). « Il s'agit d'un défi de taille pour les ETI, qui doivent assumer des transformations profondes à la fois en matière de durabilité et de digitalisation dans un contexte d'incertitudes fortes et d'augmentation structurelle des risques. Toutefois les bénéfices à tirer de ces mutations seront directs pour les ETI, qui en sont bien conscientes », poursuit Bruno Pouget.

La RSE, du « nice to have » au « must have »

Si les ETI ont jusqu'ici été relativement épargnées par les contraintes réglementaires liées à la RSE, l'entrée en vigueur de la directive européenne CSRD changera prochainement la donne dans la mesure où les obligations de reporting extra-financier seront très probablement étendues aux entreprises de plus de 250 salariés. « A cette évolution réglementaire s'ajoute l'effet de levier exercé sur les PME et ETI par les grands groupes : ces derniers contraignent leurs fournisseurs à se soumettre aux mêmes standards qu'eux, conformément à leur devoir de vigilance et afin d'évaluer l'impact de l'ensemble de leur chaîne de valeur. Pour les ETI, la RSE est donc avant tout un enjeu de compétitivité et c'est précisément leur capacité à répondre à ces nouvelles exigences qui conditionnera leurs contrats avec les grandes sociétés », détaille Tristan Mourre, Associé RSE chez Mazars.

Les donneurs d'ordres ne sont d'ailleurs pas les seuls à pousser les ETI à structurer leurs pratiques ESG. Alors que la convergence des volets financier et extra-financier est en pleine accélération, les banques sont de plus en plus nombreuses à assortir leurs conditions de financement à l'atteinte d'objectifs de durabilité. « Encore optionnels dans l'obtention d'un financement, les critères ESG pourraient bien devenir obligatoires à court ou moyen terme. Aujourd'hui, créer de la valeur responsable permet déjà de capter davantage de liquidités : la sensibilité des investisseurs à la performance extra-financière s'accroissant, seules les ETI véritablement engagées parviendront à tirer leur épingle du jeu dans la durée », confirme Tristan Mourre.

Aux donneurs d'ordres et investisseurs s'ajoute une dernière partie prenante incitant fortement les ETI à hâter leur transformation durable : les salariés actuels, mais surtout futurs.  Si la RSE est un levier d'attraction et de fidélisation des talents, elle l'est encore plus pour les ETI, dont certaines peinent à recruter parfois faute de valorisation des actions vertueuses menées. La génération Z, qui intègre progressivement le marché du travail, est en effet si soucieuse de la RSE qu'elle tend à ne postuler qu'à condition que l'entreprise justifie de pratiques responsables. « Sous ces différentes impulsions, les ETI revoient leur façon de faire de la RSE. Par exemple, un acteur de la distribution que nous accompagnons avait, il y a plusieurs années, matérialisé son engagement par la création d'une salle de sport au profit du bien-être de ses employés. Récemment, cette ETI est passée à la vitesse supérieure : elle s'est engagée dans une révision profonde de son business model en investissant dans l'économie circulaire », illustre Bruno Pouget.

Des leviers à activer pour révéler les atouts intrinsèques des ETI

Pour l'heure, toutes les ETI n'ont pas la même maturité en matière de RSE. « Pour une partie d'entre elles, l'entrée en vigueur de la directive CSRD va demander une mise à niveau importante », prévient Tristan Mourre. Néanmoins, les deux experts s'accordent pour souligner les prédispositions des ETI françaises en matière de durabilité, un terreau favorable loin de tout greenwashing. Effectivement, les dirigeants d'ETI ont pour la plupart repris les rênes de l'entreprise familiale dont la gestion et les savoir-faire ont été transmis, non sans fierté, de génération en génération, et dont l'image de marque est bien souvent positive à l'échelle du territoire. « Très attachés à leur région, ces dirigeants ont pour particularité d'avoir toujours été soucieux de la protection de l'écosystème local, tant sur le plan social qu'environnemental. Il s'agit d'un engagement historique et délibéré, porté par des convictions fortes et non lié à une quelconque obligation, insiste Bruno Pouget. Ce sens du devoir vis-à-vis du territoire se démontre entre autres par les réimplantations des unités de production dans les fiefs historiques des ETI et un rôle toujours très actif dans la vie locale. »

En véritable outil de gestion des risques, de compétitivité, d'attractivité et d'impact vertueux tant pour les habitants que pour la préservation de la biodiversité locale, la RSE est un levier de performance durable manifeste pour les ETI, des entreprises qu'il n'a pas été nécessaire de convaincre. « Beaucoup d'ETI font de la RSE sans le savoir, et pour certaines depuis leur création. Quel que soit leur niveau de maturité, elles bénéficient pour la plupart des fondations indispensables au développement de leur stratégie de transformation durable, à commencer par la sincérité de leur démarche et l'état d'esprit optimiste de leurs dirigeants, qui entendent bien faire perdurer la success story familiale dont ils ont désormais à assumer le poids de la responsabilité. Pour accélérer, les ETI disposent à présent de deux leviers à activer : l'incarnation et la formalisation », concluent les deux experts.

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Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.mazars.fr

(1) Découvrez le livre blanc « Construire la sortie de crise : quelles sont les attentes des Français vis-à-vis de l'entreprise ? » réalisé par Mazars (juin 2021)

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Commentaires 2
à écrit le 18/05/2022 à 21:13
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Intéressant, reste à passer à l'action donc

à écrit le 18/05/2022 à 18:54
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Du sommet (Président) à la base des petits politicards (la valetaille) les ETI sont tout à coup sous les projecteurs, mais il n'est pas dit que là où le politique ou les médias fourrent leurs sales pattes, ils ne finissent par détruire tout ce qu'ils...

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