Sud-Ouest : le ménage à trois n’excite pas encore le business

Jean-Philippe Dejean

Jean-Philippe Dejean
Cette déclaration d'Agnès Paillard, présidente du pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui réunit les acteurs de la filière aéronautique spatial - défense des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées, résume bien la tonalité générale des échanges qui ont eu lieu hier soir devant 300 personnes au cours de la table ronde "Une nouvelle région pour accélérer le business", organisée par La Tribune - Objectif Aquitaine dans les locaux de Kedge business school, à Talence (33), à l'occasion de la sortie du Guide des entreprises 2015 de La Tribune - Objectif Aquitaine dont Kedge est partenaire.
La fusion programmée des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes pose de nombreuses questions sur lesquelles se penche le dernier numéro du Guide des entreprises, où sont classées et répertoriées 2.000 entreprises d'Aquitaine mais qui consacre également une large place aux atouts et faiblesses des régions voisines.
En plus d'Agnès Paillard, la table ronde d'hier, animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef de notre titre, qui a été clôturée par Cendrine Martinez, directrice générale déléguée de La Tribune -Objectif Aquitaine, réunissait Jacques-Olivier Pesme, directeur associé de Kedge business school, Benjamin Bertran, directeur du pôle de compétitivité en hautes technologies Elopsys, à Limoges, Christian Chapotin, directeur général adjoint de la Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique (BPACA), dont le périmètre couvre les régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, et Sandrine Larrouy Castera, directrice des relations institutionnelles de Lisea, concessionnaire de la ligne à grande vitesse (LGV) Tours - Bordeaux.
La fusion territoriale dans laquelle doit s'insérer l'Aquitaine va accoucher d'un nouvel ensemble de 84.060 km2, légèrement plus grand que l'Autriche (83.878 km2). Comme l'a rappelé Jacques-Olivier Pesme, les "länders" allemands, qui sont les Etats composant la République fédérale d'Allemagne (RFA), disposent, en plus de leur pouvoir économique, d'un "grand pouvoir de décision. Personnellement je pense que la fusion des trois régions pourrait leur donner plus de visibilité à l'international, mais tout reste à écrire et l'enjeu majeur, c'est celui de l'identité. En Aquitaine, ces éléments étaient construits, mais pour le futur nouvel ensemble, tout est à construire", a résumé le directeur associé de Kedge.
Directeur général adjoint d'une banque qui a épousé depuis trois ans le même périmètre que la future grande Région, Christian Chapotin était sans doute le plus à son aise pour traiter du sujet.
Si elle reste dynamique, la démographie du futur ensemble régional est marquée, comme l'avait déjà souligné La Tribune - Objectif Aquitaine, par le poids considérable des 60 ans et plus, et notamment un vrai gisement pour la "silver economy", a confirmé Christian Chapotin, qui a rajouté que les produits intérieurs bruts par habitant des trois régions étaient très proches.
Malgré des synergies qui semblent à portée de main avec Poitou-Charentes et Limousin, la géographie et la puissance des liens économiques qui associent Aquitaine et Midi-Pyrénées compliquent l'équation. Agnès Paillard a ainsi reconnu qu'un accord de coopération avait été signé par Aerospace Valley (premier bassin aéronautique et spatial) avec le pôle de compétitivité régional Aéroteam, en Poitou-Charentes.
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Le directeur d'Elopsys (électronique, photonique, numérique) précise que ce pôle de compétitivité, créé il y a 10 ans en particulier à l'initiative de Legrand, le géant limousin des infrastructures électriques, coopère avec d'autres pôles, comme la Route des lasers, à Talence (33).
La ligne à grande vitesse Tours - Bordeaux (Sud Europe Atlantique - SEA), qui mettra la capitale d'Aquitaine à 2 heures de Paris en 2017, avance.
Jacques-Olivier Pesme milite pour le rapprochement de l'Aquitaine et Poitou-Charentes dans le domaine des vins et spiritueux.
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Pour Agnès Paillard, cette fusion, vue de l'étranger, n'a aucun sens. "Dans l'aéronautique, on parle d'Airbus, on ne se préoccupe pas des régions" a-t-elle précisé. Christian Chapotin a, quant à lui, jugé que la future grande Région aurait besoin d'une métropole et "qu'aux Etats-Unis, Bordeaux ça sonne plus fort que Limoges". Tant que la question des transferts de compétences ne sera pas réglée, il restera difficile de jauger une réforme dont quasiment personne ne perçoit encore la finalité.
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Jean-Philippe Dejean