E-cigarette = danger ? Le no anglais qui bouscule le oui français

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Le Royaume-Uni passe pour être un des pionniers mondiaux en matière de lutte contre le tabagisme. Le taux de fumeurs y est de 20 % quand celui de la France atteint 34 %.
Une image qui risque être encore renforcée par les conclusions du rapport (E-cigarettes : an evidence update) de l'agence du ministère de la Santé, la Public Health England (PHE), qui, commissionnée par le gouvernement britannique, vient de conclure que la e-cigarette et son contenu sont 95 % moins dangereux que les produits du tabac.
Un tournant sur le plan de la santé et de la lutte contre les méfaits du tabac outre-Manche, puisque le gouvernement britannique s'appuie sur le rapport, qui lui-même s'appuie sur des études indépendantes pour inviter les médecins, la tabacologues et les organismes sociaux à promouvoir la e-cigarette auprès des fumeurs. La position de la PHE est inscrite noir sur blanc : la e-cigarette peut contribuer à la lutte contre le tabac. A partir de ce rapport, l'objectif des Anglais est clair : via la e-cigarette, ils entendent voir naître une génération sans tabac d'ici à 2025.
Le rapport souligne en outre que la qualité des e-cigarettes peut varier et elle estime aussi que vapoter ne peut être sûr à 100 % mais il tranche le débat en rappelant que "compte tenu des connaissances actuelles c'est beaucoup moins dangereux que la cigarette classique".
"Les réserves britanniques concernant la qualité nous conviennent très bien. Cette étude appelle d'autres études. Pourquoi pas, demain, une e-cigarette avec autorisation de mise sur le marché ? Nous disons chiche !", assure Rémi Parola. "Nous, acteurs français de la vape, n'avons pas seulement le lead mondial sur la production de qualité, nous sommes aussi l'acteur de référence de la norme de qualité européenne de e-liquides. Ce détail pointe, de fait, la position intenable des autorités françaises sur la question de la cigarette électronique en tant que moyen de lutte contre le tabagisme. Les Britanniques ont appréhendé la e-cigarette d'une manière radicalement différente de l'approche des autorités françaises", souligne Remi Parola.
"En France, la vape est toujours considérée comme une menace, malgré l'accumulation des morts du tabac. Combien de temps et de vies perdues avant que les pouvoirs publics français se rendent à l'évidence ?", s'interroge la Fivape dans le communiqué publié hier.
Une question qui va forcément se poser au gouvernement dans les jours qui viennent. Les mesures anti-vape contenues dans la loi de santé qui sera examinée par le Sénat en septembre illustrent la différence radicale entre les approches britanniques et françaises sur la question.
La Fivape verrait donc d'un bon œil que les parlementaires français se saisissent de ce rapport britannique avant d'examiner la loi de santé portée par Marisol Touraine.
"Nous, acteurs français du secteur, aurions préféré que la France soit à l'initiative de ce type d'étude... Le dogmatisme et la pression de l'industrie du tabac ne l'ont pas permis alors que notre filière tisse des liens avec les universités pour ouvrir des centres de recherche sur la vape...", regrette Remi Parola.
Et d'ajouter : "Au-delà de son rôle sanitaire qui est nié en France, mais qui semble indéniable au Royaume-Uni, notre secteur est aussi économiquement porteur, contrairement à ce qui se dit et s'écrit, le chiffre d'affaires de la profession continue de progresser. Il était de 261 M€ en 2013, 395 M€ en 2014 et progresse encore en 2015 notamment sur les marchés export, ce qui est bon pour la balance commerciale du pays. J'espère que la position de la France ne l'amènera pas à connaître un nouveau Waterloo économique et surtout sanitaire face à une Angleterre qui assure voir dans la vape une révolution en matière de lutte contre le tabac", souligne Rémi Parola.
Pascal Rabiller