"Grande Aquitaine" : la bataille des indemnités

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Le premier budget régional ne sera pas voté avant le mois de mai et pour assurer le fonctionnement des nouvelles régions la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) prévoit l'ouverture d'autorisations de programme (AP) et d'autorisations d'engagement (AE). L'adoption de ces mesures financières transitoires, qui doivent permettre aux collectivités de fonctionner entre les mois de janvier et mai, en attendant l'adoption du budget, était au programme, tout comme le montant des indemnités des conseillers régionaux.
Des sujets techniques qui n'ont pas empêché quelques passes d'armes entre les élus, dont les attaques de Virginie Calmels contre la majorité d'Alain Rousset, et du Modem Joan Taris contre le FN. Contrairement aux chefs de file des autres partis, Virginie Calmels, pour LR-CPNT, a profité de sa prise de parole pour condamner l'adoption sans discussion de ces lignes budgétaires.
"Vous nous invitez à poursuivre dans cette voie dépensière", a-t-elle dit à Alain Rousset, avant d'évoquer "un pic de l'argent public" de la même façon que les spécialistes de l'énergie évoquent un pic du pétrole "avant l'effondrement".
Conjuguant ce qu'elle estime être une "légèreté", comparée avec le désarroi des chômeurs, Virginie Calmels a fait monter la pression sur les bancs de la majorité. La patronne LR-CPNT a ensuite précisé que "cette délibération au lieu d'être courageuse ne fait qu'hypothéquer l'avenir" et qu'il ne faut pas "renoncer déjà aux promesses de campagne" arguant qu'avec les autorisations présentées le budget d'investissement descendait à 38 % tandis que le financement du fonctionnement de la Région grimpait à 62 %.
Cette attaque en règle entrainait la montée au filet du socialiste landais Stéphane Delpeyrat. Répondant à Virginie Calmels, qui venait de conclure que la légèreté financière de la majorité régionale transformait la campagne des régionales en un scrutin pour rien, Stéphane Delpeyrat rappelait que l'élection, "n'a pas servi à rien puisqu'elle a permis d'élire une président et une majorité régionale". Répondant ensuite à Virginie Calmels sur l'opacité de ventilation des autorisations, également soulignée par Jacques Colombier, chef de file du FN, Stéphane Delpeyrat a souligné sa surprise.
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Jean-François Macaire, ex-président (PS) de Poitou-Charentes, vice-président de la nouvelle région, enfonçait le clou.
Le montant des indemnités des élus a été l'occasion d'un débat plus large et encore plus idéologique, qui a provoqué une sortie musclée du Modem Joan Taris contre l'extrême droite en général et le FN en particulier. De façon un peu étonnante c'est Jean Dionis du Séjour, maire (UDI) d'Agen et président de la communauté de communes, qui a mis le feu aux poudres en observant tout d'abord que, si les textes préservent l'équité en organisant des plafonds d'indemnités des conseillers par strates de population, "on peut noter qu'ils entrainent une hausse de 75 % des indemnités pour les élus du Limousin et de 40 % pour ceux de Poitou-Charentes, alors qu'elles restent stables en Aquitaine".
Cette observation, qui a valu à l'élu lot-et-garonnais une remontrance de la part de Stéphane Delpeyrat, pour un manque d'égard à l'endroit des élus limousins et picto-charentais, a été suivie par une deuxième observation du maire d'Agen portant sur le calcul des indemnités des conseillers régionaux. Jean Dionis du Séjour a estimé, sous réserve de vérification, que la nouvelle région allait dépenser 515.000 € par mois en indemnités pour les conseillers régionaux contre 468.000 € acquittés sous la précédente mandature par les trois ex-régions. Jean Dionis du Séjour tient à ce que les indemnités d'aujourd'hui ne soient pas plus coûteuses que celles d'hier et a finalement accepté, sous réserve d'inventaire, l'économie de 200.000 € par an annoncée par l'équipe d'Alain Rousset, à partir de chiffres dont les élus ne disposaient pas jusqu'à ce lundi.
Gonzague Malherbe, élu girondin du FN, a de son côté présenté un amendement et plaidé pour une réduction de 10 % du montant des indemnités des conseillers régionaux, "nous avons été élus pour servir nos compatriotes, servir le bien commun, et pas se servir. Nous devons envoyer un message à nos compatriotes. Vous voudriez que l'on vote nos indemnités au taux le plus élevé, et c'est indécent", a-t-il notamment observé, précisant que d'après ses calculs - proches de ceux de Jean Dionis du Séjour - "le budget pour les indemnités des conseillers régionaux était en hausse de l'ordre de 13 %".
Ayant pointé cette hausse de 13 %, Gonzague Malherbe réclamait au final une baisse de 20 % des indemnités, soit une baisse de 6 M€ à l'année. Suivant l'intervention du FN, Virginie Calmels expliquait à son tour que la question des indemnités pose une question plus profonde, relative à l'engagement des élus, "qui exige beaucoup plus qu'une simple participation aux réunions plénières, mais aussi un travail de terrain, un travail de bureau".
Virginie Calmels s'en prenait ensuite à la position du FN, renvoyant le parti d'extrême droite dans le camp de ceux qui remettent en cause le travail des élus à tort et à travers, par le biais de "bavardages" improductifs, soulignant que l'engagement des conseillers était "lourd et sérieux" et que "l'impact des indemnités sur le budget régional est essentiellement symbolique", avant de s'attaquer à sa cible.
Face à ces attaques, Stéphane Delpeyrat remontait au filet.
Avant d'attaquer le FN "qui devrait bien balayer devant sa porte avec tous les élus FN qui ont augmenté leurs indemnités dans les mairies où ils ont été élus". Ce qui entrainait une riposte de Jacques Colombier : "la baisse des indemnités c'est une promesse de campagne et vous, vous êtes au taquet", répondait-il au représentant de la majorité, avant d'accuser Virginie Calmels de pas être "cohérente" avec ce qu'elle avait dit auparavant, "on n'a jamais les adversaires qu'on croit" lâchait-il avec un air de dépit.
Joan Taris attaquait ensuite le FN à partir de la remise en cause du lien entre élus politiques et électeurs, et sur la question des indemnités.
Joan Taris enchainait alors pour souligner que la coupure entre le peuple et ses représentants ne touche pas les élus locaux puisque "63 % des électeurs font confiance à leur maire et 50 % à leurs élus départementaux". Concernant à la question des finances publiques, Joan Taris rappelait tout d'abord que c'est un cheval de bataille de François Bayrou et que la réponse de Jean Dionis du Séjour n'était pas adaptée, "car elle laisse entendre que les indemnités sont un bonus qui vient en plus d'autres revenus" ce qui selon lui ne tient pas car tout dépend de l'implication des élus.
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Joan Taris tirait ensuite à boulets rouges sur le FN, stigmatisant en particulier le manque d'assiduité de certains de ses élus aux sessions du Parlement européen. Le président Rousset le rappelait à l'ordre, priant les élus d'éviter "les attaques personnelles". En clôture de la matinée, le président Alain Rousset a à son tour expliqué sa position concernant les indemnités des élus.
La plénière s'est poursuivie ce lundi après-midi, avec de fortes tensions jusqu'au sein de la majorité cette fois, concernant l'appui à la filière des palmipèdes à foie gras.
Jean-Philippe Déjean