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Politique - La Tribune Bordeaux

Grande région : pourquoi "Nouvelle-Aquitaine" va être choisi

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 20 juin 2016 à 19:08 - Mis à jour le 21 juin 2016 à 06:35

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18 juillet 2026

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Née le 1er janvier dernier, l'union de l'Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes a désormais son nom de baptême. Ce sera, sauf improbable retournement de situation, "Nouvelle-Aquitaine". Voici pourquoi.

Chargée de piloter le groupe de travail planchant sur le nouveau nom de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, l'historienne Anne-Marie Cocula a remis lundi 20 juin un rapport de plus de 130 pages à son président (PS) Alain Rousset. Ce pavé intitulé "Quel nom pour ma région ?" et sous-titré "Faire vivre notre pluralité" est le fruit de la réflexion et de la consultation préalables au vote des conseillers régionaux, qui aura le 27 juin. S'il n'a qu'une vocation consultative, il s'appuie néanmoins sur un travail mené sur plusieurs fronts : cogitations du groupe de travail mené par Anne-Marie Cocula, discussions lors de réunions publiques, décryptage des 41.000 contributions déposées en un an sur le site Internet dédié et des courriers reçus, et avis des personnels du Conseil régional.

Qu'en ressort-il ?

  • Que le groupe de travail n'a pas réussi à faire émerger en son sein une claire unanimité, les votes de ses membres penchant pour Sud-Ouest Atlantique (21 points), Aquitania (18 points), Aquitaine (16), Nouvelle-Aquitaine (13), Terres Atlantiques (8)...
  • Que la consultation publique via le site Internet a engrangé 39.716 contributions valides et conformes à la répartition géographique dans les 12 départements. Que les habitants de feu-Poitou-Charentes ont majoritairement voté pour une terminologie à base de "Sud-Ouest" ou d' "Atlantique" alors que ceux du Limousin ont plutôt choisi "Sud-Ouest", à l'exception de la Creuse qui penchait pour "Aquitaine". Sans grande surprise, les ex-Aquitaine ont plébiscité... "Aquitaine". Finalement, le top 10 des propositions affiche Aquitaine (19,3 %), Grand Sud-Ouest (9,6 %), Grande Aquitaine (9,2 %), Sud-Ouest Atlantique (7,8 %)... mais pas Nouvelle-Aquitaine.
  • Que les contributions publiques ne furent pas légion, la grande majorité des Conseils de développement des territoires ne jouant pas le jeu
  • Que les personnels du Conseil régional nouveau format ont voté pour, dans l'ordre, Sud-Ouest Atlantique, Grande Aquitaine, Grand Sud-Ouest, Aquitaine, Nouvelle-Aquitaine, Aquitania, Aliénor... avec là encore une forte disparité selon l'origine géographique des 729 agents contributeurs.

Le choix de la raison ?

A défaut d'un plébiscite, le rapport remis au président de la Région Alain Rousset suggère donc d'adopter "Nouvelle-Aquitaine", qui pourtant n'apparaissait dans le trio de tête d'aucun mode de consultation. Implacable tel un sniper embusqué derrière son pupitre, Anne-Marie Cocula a dégommé, ce lundi, les autres propositions. Aliénor ? "On nous a dit que c'était la duchesse qui avait inventé le divorce et que ce serait donc malvenu. De plus, les habitants d'Aliénor seraient les Aliénais..." Sud-Ouest ? "Toulouse est à côté, et c'est une marque partagée." Sud-Ouest Atlantique ? "Si l'on se place à l'échelle de l'Europe, le Sud-Ouest Atlantique, c'est le Portugal. De même que le Grand Est, vu d'Allemagne, c'est l'Ouest. Il nous fallait sortir d'une perspective franco-française." Aquitania ? "Ce nom présentait l'avantage de remonter aux sources historiques, mais des responsables économiques et politiques percevaient cette dénomination comme trop proche d'un parc d'attractions." Grande Aquitaine ? "Le nom appelait à plus de modestie."

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Même si "Nouvelle-Aquitaine" apparaît au final plus comme un choix de la raison qu'un coup de cœur, Anne-Marie Cocula et Alain Rousset, de concert, espèrent néanmoins que ce nouveau nom sonnera comme "une nouvelle naissance, pleine de promesses". La chef de file du groupe de travail, historienne de son état, insiste sur le fait que le territoire correspond quasiment aux frontières de l'ancien duché d'Aquitaine :

"Il nous est apparu qu'on ne pourrait pas se passer du mot Aquitaine, pour des questions de géographie mais aussi d'histoire car il se rapporte à une très longue période."

Une appellation, pas une identité

Allergique au sigle ALPC ("Ce n'est pas avec ça que je vais vendre à l'étranger"), Alain Rousset avait eu un coup de cœur pour "Guyenne et Gascogne". Pas de chance, c'est le nom d'une chaîne de supermarchés, passée depuis sous l'enseigne Carrefour. Va donc pour Nouvelle-Aquitaine, qui sera au centre des débats - et des votes - lors de la prochaine plénière du Conseil régional, lundi 27 juin. Un rejet est-il plausible ? "Il ne faut jurer de rien, mais j'espère que non", indique Alain Rousset. Le duo n'est pas inquiet outre-mesure que la pétition contre ce nouveau nom, lancée par un Rochelais, ait engrangé en une semaine 21.000 signatures, soit la moitié du total de contributions recueillies en un an sur le site Internet. Alain Rousset balaie les craintes qui voient là une "Aquitanisation" à marche forcée des anciens territoires :

"Avons-nous jamais fait disparaître l'identité du Pays basque au sein de l'Aquitaine ? Pourquoi serait-ce différent pour l'Anjou, la Saintonge ou le Béarn ?""Nous avons travaillé sur une appellation, pas une identité, complète Anne-Marie Cocula. Elle doit être capable de parler rapidement à tous, et pas qu'aux seuls habitants de la région."

Il faudra de toute façon du temps. Anne-Marie Cocula signale elle-même dès les premières lignes du rapport "l'intérêt limité" des citoyens pour cette question du nom. Comme toujours, si les critiques pleuvent, les participations n'ont pas formé un torrent d'apports constructifs :

"Si certains y ont investi toute leur énergie dans des plaidoyers appuyés lors des réunions publiques ou de courriers à notre intention, il y a, me semble-t-il, une très large majorité silencieuse pour qui l'appellation de cette région ne figurait pas au rang des premières préoccupations. En attestent les faibles participations aux réunions ou aux outils de consultation et le peu de réponses aux sollicitations adressées à différents acteurs."

>>> Consulter le rapport

Mikaël Lozano

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