Gestion de l’eau : la retenue de Caussade, un baril de poudre prêt à exploser

Jean-Philippe Déjean

portrait
Agence Appa

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Caussade c'est l'inverse de Sivens, où est mort fin 2014 un jeune écologiste tué par une grenade tirée par les forces de l'ordre. Parce que contrairement à Sivens, à Caussade ce sont les constructeurs de la retenue d'eau, d'une capacité de 920.000 mètres cubes, qui se retrouvent dans l'illégalité. Cela à la suite de l'arrêté préfectoral du 15 octobre 2018, qui est venu annuler un autre arrêté pris par la même préfecture de Lot-et-Garonne le 29 juin 2018, qui lui autorisait les travaux de construction de la retenue de Caussade : dans le droit fil du feu vert donné à ce projet par la commission d'enquête le 23 mai précédent...
Un renversement de situation opéré par les ministres de l'Ecologie et de l'Agriculture après l'attaque du projet par deux associations écologistes : France Nature Environnement (FNE) et Sepanlog, qui ont condamné l'aspect productiviste, surdimensionné et néfaste pour la biodiversité du lac de Caussade. La Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, présidée par Serge Bousquet-Cassagne (issu de la Coordination rurale), et le Syndicat des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, porteuses du projet, n'ont pas tenu compte de l'arrêté du 15 octobre.
Elles ont ainsi poursuivi la construction de la retenue et attaqué cet arrêté, demandant au tribunal administratif de Bordeaux de l'annuler. Le 29 mars 2019 la juridiction administrative a refusé d'annuler l'arrêté du 15 octobre, confirmant le caractère illégal du chantier, que la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne a poursuivi en toute connaissance de cause. La riposte de l'Etat face à cette provocation était attendue. Elle est tombée le 6 mai, avec l'arrêté de cessation des travaux de la retenue de Caussade. Dans son arrêté en cinq points, la préfecture de Lot-et-Garonne ne prend pas de gants.
La préfecture ordonne ainsi à la Chambre d'agriculture de consigner un peu plus de 1 M€ dans les dix jours qui viennent, pour couvrir le coût des travaux de remise en état du site et de démolition de la retenue d'eau. Si la retenue d'eau elle-même est achevée, il restait quelques opérations à faire en aval. La préfecture exige l'arrêt de tous travaux, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour de retard. Elle exige également de cesser la mise en eau du site, en laissant les vannes ouvertes ou en créant une brèche dans la retenue elle-même (12 mètres de haut sur 300 m de long), mais aussi de supprimer l'ouvrage dans un délai de 3 mois, sous menace d'une astreinte de 500 euros par jour.
La préfecture donne ensuite un délai de 20 jours à la chambre d'agriculture pour « déposer un dossier présentant l'ensemble des mesures prévues pour la remise en état (à défaut une astreinte de 500 euros par jour sera appliquée) et dispose de 18 mois pour réaliser les travaux ». La préfecture précise que ces mesures pourront être attaquées par la chambre d'agriculture devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois, procédure qui n'aura aucun effet suspensif sur les mesures d'astreintes.
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Le 23 janvier dernier, 30 gendarmes avaient été dépêché sur le chantier pour poser des scellés sur les engins de chantier. Bloqués par 300 agriculteurs, ils n'avaient rien pu faire. "Qu'est-ce vous voulez qu'ils fassent de plus aujourd'hui ?" lance le vice-président de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne.
Dans un billet posté deux jours plus tôt sur son blog, le 21 janvier dernier, Jean Dionis-du-Séjour titrait "Lac de Caussade : attention danger !", attaquant son intervention par ces quelques mots. "Je suis inquiet, très inquiet. Tout simplement pour la paix civile dans mon département : le Lot-et-Garonne. Les Gilets jaunes ? Non, le lac de Caussade...". Certains pourront estimer que le maire d'Agen en fait trop. Ceux qui connaissent la puissance de feu de la Coordination rurale se demanderont s'il n'y pas un peu de vrai dans cette inquiétude.
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Au cours des prochains jours, nous publierons notre dossier complet, "Eau, électricité, alimentation : les plans du Grand Bordeaux pour sécuriser sa croissance" paru dans La Tribune Hebdo datée du 5 avril 2019. Il est possible de consulter la version numérique en format pdf ici.
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