Bordeaux Métropole : Vincent Feltesse demande l’arrêt de grands projets immobiliers
Jean-Philippe Déjean
Jean-Philippe Déjean
Conseiller municipal d'opposition à Bordeaux mais ex-maire (PS) de Blanquefort (Bordeaux Métropole) et ex-président de la Communauté urbaine de Bordeaux, Vincent Feltesse a fait salle comble ce 12 juin en début de soirée à la Station Ausone de la librairie Mollat pour la présentation de son livre "783.001*, Bordeaux la Métropole", publié par les Editions Confluences. Vincent Feltesse, qui a quitté le PS il y a quelques semaines, n'est pas (encore) candidat aux municipales de 2020 mais il fait peu de doute que cette échéance soit inscrite à son agenda.
Ce dernier préfère continuer à faire connaître sa vision de la Métropole par le biais de l'association Bordeaux Métropole Quartiers (BMQ), son centre de réflexion lancé il y a cinq ans. Le livre "783.001*, Bordeaux la Métropole" (le chiffre correspondant au nombre d'habitants de la Métropole) est ainsi un ouvrage collectif réalisé par une dizaine de personnes, Vincent Feltesse s'étant réservé les parties introductive et conclusive. Un ouvrage qui doit faire pièce, au moins en partie, à la réflexion lancée par la majorité sur Bordeaux Métropole 2050, date que Vincent Feltesse juge beaucoup trop lointaine, lui préférant Bordeaux Métropole 2020...
Interrogé par le politologue Jean Petaux, enseignant et chercheur à Sciences Po Bordeaux, dont il dirige la communication et les relations extérieures, Vincent Feltesse est revenu sur son parcours de jeune premier de la politique métropolitaine, élu à l'âge de 33 ans à la mairie de Blanquefort puis à 39 ans à la présidence de la Communauté urbaine de Bordeaux. Sévèrement battu lors des municipales de 2014, quand il s'est attaqué à Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, Vincent Feltesse est devenu conseiller du président François Hollande, puis conseiller maître à la Cour des comptes, tout en restant conseiller municipal d'opposition à la mairie de Bordeaux.
Très impliqué dans la réflexion sur le développement urbain de la métropole bordelaise quand il en était le président, ce dernier a souligné qu'il ne regrettait rien de ce qui a été fait tout en étant disposé à modifier certains détails. Si Vincent Feltesse juge le bilan d'Alain Juppé "globalement positif", il rappelle qu'assumer le pouvoir politique c'est en permanence faire face à une foultitude d'oppositions et n'épargne pas tout à fait l'ancien maire de Bordeaux : celui qui avant 2014 était son premier vice-président à la CUB et que certains auraient pu prendre pour son mentor, sans doute à cause de l'écart d'âge et des nombreux déjeuners qu'ils partageaient ensemble en ville.
Dans sa vie politique de l'après 2014, une fois Alain Juppé devenu président de la métropole, Vincent Feltesse a expliqué que son adversaire était resté sourd à toutes les demandes de régulation du marché immobilier qui lui avaient été adressées.
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"Il n'a pas voulu réguler le marché pour des raisons politiques, parce qu'il ne voulait pas augmenter les impôts. Et aujourd'hui nous le payons au prix fort, Bordeaux est la ville la plus chère de France" hors Ile-de-France, a attaqué Vincent Feltesse.
Il s'est ensuite félicité que le logement social ait connu une phase de rattrapage, sans atteindre encore les 25 % prescrits par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain), pour regretter sa concentration "dans de grandes opérations localisées dans des endroits où il y a déjà du logement social, comme Ginko, près de la cité des Aubiers".
L'élu a également cité la Rive droite, avec le nouveau quartier Bastide Niel, qui sort de terre, et celui de La Benauge, qui doit être restructuré. Porte drapeau d'une métropole à un million d'habitants, l'ancien président de la CUB a redit des arguments qu'il avait déjà mis sur la table avant 2014. Expliquant que le million d'habitant relevait plus du "slogan marketing que d'une volonté politique" parce qu'il n'a jamais fait de doute pour lui que ce million d'habitants sera le produit d'un processus démographique puissant lié à l'attractivité. Une sorte de phénomène naturel auquel Bordeaux Métropole devra s'adapter.
"Le million c'est un chiffre qui relève du fantasme. La Métropole devait grandir, se développer et je ne regrette rien", a recadré Vincent Feltesse, qui revendique la mise en branle collective de cette puissante attractivité de Bordeaux, également servie par l'arrivée du TGV, parce que "les créations d'emplois dans la Métropole sont passées de 3.000 à 14.000 par an, parce que le nombre de logements sociaux a été multiplié par deux et demi... ", a-t-il illustré.
Si ce million d'habitants est devenu une sorte d'étendard politique et qu'il a fini par faire peur aux habitants de Bordeaux Métropole, accélérant l'effondrement politique de la gauche bâtisseuse de logements en 2014, Vincent Feltesse estime que ce nombre a permis aussi d'attirer la lumière sur Bordeaux Métropole pour en faire le territoire le plus attractif de France, à compter des années 2007/2008. Mais aujourd'hui il estime que nous vivons un moment d'emballement.
Ce dernier demande un gel des grandes opérations urbaines, avec effet immédiat, sur la Rive droite et à Bordeaux-Nord pour que les infrastructures puissent être remises à niveau de la population.
Vincent Feltesse est bien convaincu que le salut de la Métropole passe par le train et milite aussi pour la création d'un RER métropolitain, comme il l'avait confirmé fin 2018. Défavorable au passage des transports en commun en mode gratuit, puisqu'ils ont un coût, circonspect sur la création d'un métro, il n'a pas hésité sur cette question à tacler virilement le nouveau président (LR) de Bordeaux Métropole, Patrick Bobet, élu après la démission d'Alain Juppé de ses mandats, et qui défend le dossier.
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"Comment un président de Métropole élu pour onze mois peut dire s'il va y avoir ou non la création d'un métro ? C'est du foutage de gueule, et je dis ça alors que j'aime bien Patrick Bobet", a lâché l'ancien président, pourtant généralement calme. Vincent Feltesse a ensuite confirmé qu'il était favorable à la création d'une vaste zone piétonnière permanente au centre de Bordeaux, à peu près de la taille du secteur dégagé pour les opérations "Dimanche sans voiture". Il a également défendu l'idée d'une suppression graduelle du stationnement des voitures en surface (comme Alain Juppé a-t-il rajouté). Le non-candidat aux municipales de 2020 a aussi défendu l'élection des conseillers métropolitains au suffrage universel, considérant la situation actuelle comme "une anomalie démocratique".
Jean-Philippe Déjean