"Il va y avoir un mur de charges qui va arriver et s’intensifier pour les artisans et commerçants", prévient Nathalie Laporte, la présidente de la Chambre de métiers et d'artisanat de Gironde. Dans un entretien à La Tribune, elle rappelle que 80 % des artisans et commerçants ont perdu du chiffre d'affaires et craint qu'un tiers d'entre eux soient directement menacés par la crise économique.LA TRIBUNE - Cette rentrée 2020 ne se fait pas sous les meilleurs auspices, sur le terrain quel est l'ampleur des dégâts à ce stade ?
NATHALIE LAPORTE - Pour l'instant, il n'y a pas de vague de faillites en Gironde. Il y a des difficultés et on oriente les TPE et les artisans vers le tribunal de commerce et les instances de médiation pour tenter d'y remédier. Mais, je ne me fais pas d'illusions, il va y avoir un mur de charges qui va arriver et s'intensifier dans les mois qui viennent et ça risque d'être très compliqué. On est dans une amplitude où environ un tiers des artisans et commerçants sont menacés directement. On parle là surtout de commerces les plus fragiles, c'est-à-dire ceux qui viennent d'ouvrir ou de se lancer. L'addition globale sera donc salée.
Dans ce contexte, on a la chance d'avoir depuis quelques semaines un ministre en charge des PME, Alain Griset, qui est issu de notre sérail du monde des artisans. Les Chambres de métiers ont beaucoup échangé avec lui et c'est un signe positif mais il ne faut pas s'endormir sur les lauriers et on attend beaucoup de choses de l'Etat.
Quelles sont les demandes des artisans et commerçants de France ?
Environ un tiers des artisans ont souscrit un PGE, y compris moi-même pour mon entreprise de peinture en bâtiment. Quand il va falloir le rembourser, même lissé sur six ans, cela va être compliqué ! Au sein des Chambres de métiers, on demande à ce qu'il soit possible de le lisser sur dix ans avec un taux zéro pour laisser beaucoup plus de latitude aux artisans et leur permettre de redémarrer. On souhaite aussi des annulations de charges pour les cas les plus compliqués et difficiles.
Sans aller jusqu'à la faillite, quel est l'impact de la crise sur l'activité des artisans et commerçants girondins ?
Le point positif c'est que cet été ils ont bien travaillé notamment parce que les consommateurs girondins, néo-aquitains et français ont joué le jeu de consommer en France et de profiter de la France pendant leurs vacances ! Malgré tout, à début septembre, on se rend compte que 80 % des artisans commerçants ont enregistré une baisse de chiffre d'affaires au 1er semestre 2020. La moitié d'entre eux doit faire face à une baisse supérieure à 50 % de leur activité ! C'est considérable ! Le secteur alimentaire a plutôt bien fonctionné y compris pendant le confinement. Pour les autres secteurs, il y a de grandes différences entre ceux qui savaient faire du e-commerce ou qui ont réussi à s'y mettre et les autres.
Propos recueillis par Pierre Cheminade