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POLITIQUE - La Tribune ToulouseÉlections - La Tribune Toulouse

Régionales : Philippe Saurel, une "vraie-fausse" candidature ?

Photo de Sophie Arutunian

Laurent Dubois

Publié le 14 avril 2015 à 09:11 - Mis à jour le 15 avril 2015 à 09:55

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Une candidature Saurel plane au dessus des régionales. Le maire de Montpellier a noué des contacts et entrepris des démarches. Néanmoins, une dissidence face à la candidate déclarée Carole Delga semble de plus en plus improbable. Enquête autour d'une "vraie-fausse" candidature.

Une candidature assumée

Nous sommes début janvier et, déjà, Philippe Saurel "n'exclut rien" s'agissant d'une candidature à la présidence de la future grande région. Son ambition est publique. Le maire de Montpellier avoue, sans détour, qu'il est intéressé. Comme le souligne Hussein Bourgi, premier fédéral du PS 34: "c'est une affirmation portée et renouvelée depuis son élection à la mairie de Montpellier. Il le dit, le répète et le réaffirme avec plus ou moins de force en fonction des circonstances. Cette possibilité reste sur la table."

Hussein Bourgi n'est pas le seul à être attentif. Le numéro 3 du Parti Socialiste, en charge des élections, est également prudent. En effet, Christophe Borgel refuse d'enterrer (trop vite) l'éventualité d'une candidature Saurel. Une candidature qui viendrait contrarier (ou du moins concurrencer) celle de la représentante du PS, Carole Delga. Du côté du député de la Haute-Garonne, "la situation est à suivre de près".

Des manœuvres tactiques du côté de Rodez

Des faits concrets et tangibles alimentent la vigilance des socialistes. Philippe Saurel manœuvre en coulisse, et essaye de construire des ponts politiques. Le maire de Montpellier a notamment essayé de trouver un "deal" avec Christian Teyssèdre : un pacte avec son homologue ruthénois (candidat malheureux à l'investiture PS pour les régionales) lui permettrait de mettre un pied en Aveyron et donc en Midi-Pyrénées. La démarche est hautement tactique mais échoue : le maire de Rodez refuse la main tendue. Cette tentative d'implantation locale (dé)montre la détermination de Philippe Saurel, mais elle révèle aussi la fragilité de son entreprise. Comme le souligne un responsable du PS : "Si le Languedoc était resté dans ses frontières avec ses 5 départements, c'est certain que Saurel aurait tenté sa chance. Mais, aujourd'hui, la région est élargie et son aventure est hasardeuse."

Une entreprise hasardeuse, mais qui ne manque pas de sens stratégique. L'Aveyron n'a pas permis à Philippe Saurel d'étendre son assise géographique. En revanche, l'Aude est censée lui offrir un pilier précieux. Un ancien joueur de rugby, reconverti en politique, peut lui apporter le soutien et les relais d'un parti : il s'agit de Didier Codorniou, qui a été un des meilleurs trois-quarts centre du monde. Désormais, son terrain de jeu est la mairie de Gruissan et le Conseil régional. Soutien de Georges Frêches, il a été exclu du PS en février 2010. Désormais, il porte le maillot du PRG.

Une alliance avec le PRG ?

Philippe Saurel a compris l'intérêt de former un pack avec l'ancien rugbyman. Le maire de Montpellier a l'échine fragile. Il ne peut pas endosser tout seul la constitution des listes départementales (158 candidats à investir sur l'ensemble de la grande région avec des locomotives dans chacun des 13 départements), sans parler du budget nécessaire à une campagne régionale (1,5 million d'euros). Didier Codorniou peut lui apporter la "force de frappe" du PRG.

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Cette construction repose sur du sable. L'entourage de Philippe Saurel pense que le PRG pourrait notamment aider à monter les listes en Midi-Pyrénées, mais l'Aude mérite sa réputation d'être le pays du vent. Rien ne permet d'accréditer l'idée d'un partenariat PRG-Saurel. Contacté à plusieurs reprises, le numéro 2 des Radicaux de Gauche, Guillaume Lacroix, n'a pas souhaité s'exprimer. Mais certaines évidences politiques s'imposent. Jean-Michel Baylet n'a aucun intérêt à jouer le jeu de Saurel. Ses défaites aux sénatoriales et aux départementales le fragilise. Le patron des radicaux a désormais une dernière planche de salut : (re)devenir ministre. Pour cela, il a besoin de deux socialistes : François Hollande et Manuel Valls. Pour un plat de lentille "midi-pyrénéo-languedocien", il ne va pas se lancer dans une dissidence face à une candidate PS. Une candidate (future ex-ministre) qui bénéficie du soutien de l'Élysée.

Dans sa tentative pour trouver l'appui d'un parti, Philippe Saurel compte également sur un de ses soutiens : Robert Navarro. Le sénateur de l'Hérault n'est pas un fan de Carole Delga. Il se démène pour activer des relais au profit du maire de Montpellier, notamment au Palais du Luxembourg. Mais le groupe de Jean-Michel Baylet au Sénat n'est pas Jean-Michel Baylet. Des entrées au PRG ne suffisent pas à faire rentrer les radicaux dans la danse régionale.

En réalité, toutes ces manœuvres sont déterminantes car elles conditionnent une éventuelle candidature Saurel mais, en même temps, elles sont secondaires. Le vrai enjeu est politique. Le fait de savoir si le maire de Montpellier peut constituer ses listes ou s'il peut dépasser les frontières du Languedoc est, au final, accessoire. La seule, l'unique question qui vaille est : Philippe Saurel dispose-t-il d'un espace politique ? La réponse est apportée par les départementales. Elle est clairement négative.

Une candidature "plombée" par les départementales.

Un proche de Jean-Christophe Cambadélis est catégorique : "Vu les résultats sur les 2 régions (Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon), il n'y a plus de place pour une dissidence. Le PS a obtenu 11 des 13 départements. Une candidature Saurel n'est plus d'actualité."

Sur Montpellier, Philippe Saurel a connu un incontestable succès. Il a envoyé dans la bataille 6 candidats sur les 6 cantons de la ville. Il en a remporté 4. L'essai est transformé. Il a non seulement gagné face à la droite et au FN, mais il a également battu des candidats socialistes. En revanche, au niveau de l'Hérault, le pari est perdu. Philippe Saurel pensait pouvoir placer un de ses lieutenants à la présidence du Département. Le maire de Montpellier se voyait en "faiseur de Roi". Mais cela supposait que le PS soit réduit à une majorité relative. Les urnes en ont décidé autrement.

Un "grand Chelem" départemental pouvait créer une dynamique au-delà de l'Hérault. Philippe Saurel pouvait se présenter comme la "gauche qui gagne" face à "un PS défait". Pour se propulser au niveau régional, le maire de Montpellier avait besoin de deux choses : une victoire éclatante dans l'Hérault et une Bérézina socialiste sur la grande région. Il n'a obtenu ni l'une ni l'autre.

Ce double échec obscurcit (considérablement) l'horizon régional de Philippe Saurel. La perspective d'une candidature s'estompe depuis le résultat des départementales. Un socialiste languedocien pronostique un repli montpelliérain : "Il va se rabattre sur le pôle métropolitain en essayant d'en faire une place force face au pouvoir régional, un peu comme l'a fait Moudenc à Toulouse."

Fin du "vrai-faux" suspense à la fin du mois

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L'entourage de Philippe Saurel parle d'une annonce à la fin du mois. Dans quelques jours, le verdit tombera. Mais on devine la sentence. Le maire de Montpellier restera, très probablement, le maire de Montpellier. C'est d'ailleurs conforme à ce qu'il disait début janvier : "je n'exclus rien pour les régionales 2015 mais il est hors de question que j'abandonne Montpellier."

Laurent Dubois

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