... e, à une semaine du premier tour des législatives anticipées.
LA TRIBUNE - Comment évaluez-vous le risque pris par Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale ?
Emmanuel NEGRIER, directeur de recherche CNRS en science politique au CEPEL, Université de Montpellier - Emmanuel Macron n'a pas mesuré l'ensemble des conséquences de cette décision... Il se fait des illusions sur les capacités de son mouvement à générer une alliance positive en mesure de gouverner. On le voit très bien dans les réactions des députés Renaissance sortants, qui sont en colère. Il n'a pas non plus évalué, dans des conditions sereines et froides, la possibilité pour la gauche pour se rassembler. Enfin, il a sous-estimé la forte dynamique pour l'extrême-droite produite par les élections européennes, dont il est peu probable, avec des législatives anticipées aussi proches, qu'elle s'éteigne du jour au lendemain. Il a pris un risque énorme ! Cette décision a tous les aspects d'une décision précipitée, totalement solitaire, qui ne peut s'expliquer que par la dérive individuelle de la décision politique ! Il a privilégié l'idée artificielle selon laquelle il resterait maître du calendrier. Il a aussi privilégié l'idée selon laquelle le risque que le RN soit majoritaire et arrive au gouvernement vaut la peine d'être couru : politiquement, il se rêve en Mitterrand époque 1986-1988, mais il pourrait sombrer en Mac-Mahon (président de la République du 24 mai 1873 au 30 janvier 1879, NDLR), celui qui, le premier, a dissous une Assemblée nationale dans la vie française, en 1877, et s'est trouvé obligé de se démettre deux ans plus tard... Quant à donner les clés de l'Assemblée nationale au RN en pariant sur la démonstration de son incapacité à gouverner, je rappelle que là où l'extrême-droite a été placée au pouvoir par calcul politique, elle y est souvent restée. Regardez Viktor Orban en Hongrie par exemple... Il n'est donc pas évident que, quel que soit le procès en incompétence qu'on fera au RN, il ne conserve pas le pouvoir.