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Le « non-coté » vaut-il encore le coup ?

Caroline Lepont

Publié le 25 mars 2011 à 09:11 - Mis à jour le 25 mars 2011 à 09:16

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Performances décevantes, collecte en recul, contraintes croissantes, incertitudes législatives... les FIP et FCPI traversent une période difficile. Raison de plus pour être sélectif.

C'est reparti pour un tour. À moins de trois mois de la date butoir pour la déclaration d'ISF, sociétés de gestion et réseaux de distribution fourbissent leurs armes et mettent une dernière touche à leurs offres de fonds d'investissement de proximité (FIP) et de fonds commun de placement dans l'innovation (FCPI). Malgré les allers-retours juridiques et parlementaires incessants, l'incertitude sur l'avenir de l'ISF, les contraintes supplémentaires en matière de gestion, les professionnels du capital-investissement grand public gardent espoir.

L'année dernière, la collecte totale des FIP et FCPI a reculé, mais la baisse a été limitée à 7 %, contre une chute de 20 % l'année précédente, pour une collecte totale de 894 millions d'euros. Mieux, selon l'Association française des investisseurs en capital (Afic), la collecte des fonds dédiés à la réduction de l'impôt sur le revenu a même été stable. Autant d'éléments qui rassurent une profession confrontée malgré tout à la diminution du nombre de souscripteurs.

Avantage fiscal raboté

De quoi 2011 sera-t-il fait ? Certains éléments ne poussent pas à l'optimisme, notamment le rabotage de l'avantage fiscal à l'impôt sur le revenu (passé à 22 %) et du plafond de réduction pour l'ISF (voir ci-contre). D'autres sont plus rassurants. Les holdings, dont certaines étaient proposées par des sociétés sans expérience du métier, sortent peu à peu du paysage. Surtout depuis la décision de limiter à 50 le nombre d'actionnaires, ce qui les prive de cibler le grand public. De surcroît, pour la campagne ISF, FIP et FCPI d'un côté et investissements en direct de l'autre partent désormais avec les mêmes armes : 50 % de l'investissement effectivement consacré à des PME éligibles pourront être retranchés de l'ISF, contre 75 % auparavant pour l'investissement en direct. De quoi, comme le souligne Olivier Goy, président de 123 Venture, « rééquilibrer la collecte en faveur des FIP et des FCPI qui ont un cadre de gestion plus balisé ».

Dans l'ensemble, après les excès créatifs des années précédentes, l'offre devrait s'avérer plus vertueuse, le législateur ayant voulu assainir l'offre en interdisant la possibilité d'investir dans des coquilles vides, dans la location immobilière ou dans des activités de rente, pour favoriser les entreprises ayant réellement besoin de financements.

Échéances plus courtes

Pour convaincre des épargnants craintifs ces temps-ci, les gérants devraient privilégier cette année des fonds investis en obligations convertibles ou dans des sociétés plus matures et déjà rentables. Des produits avec des échéances plus courtes (cinq ans au lieu de huit) apparaissent également alors que les mandats de gestion, qui offrent aux épargnants la possibilité d'investir en direct dans une PME avec l'accompagnement d'un gérant, feront aussi partie de la palette des offres disponibles. De quoi alléger un peu le profil toujours très risqué de ces produits de diversification patrimoniale, d'autant que, désormais, les gérants n'ont plus que 16 mois (avec une étape à 8 mois) pour investir les fonds levés.

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4 questions à se poser avant d'investir

1 - Est-il encore valable d'utiliser les FCPI et FIP pour réduire son ISF ?

Les débats en cours autour de la réforme de l'ISF et de la suppression de la première tranche de l'ISF ne gêneront pas la campagne FCPI-FIP actuelle : même adoptés, ces changements ne seraient applicables que l'année prochaine. En attendant, les souscripteurs de FIP ou de FCPI concernés par cet impôt pourront réduire leur ISF à hauteur de 50 % des versements, tout comme les épargnants qui opteraient pour un investissement en direct. Mais attention, pour les fonds, seule compte la part éligible, c'est-à-dire effectivement investie dans des PME.

Par ailleurs, le plafond de réduction a diminué : 18.000 euros (45.000 euros si l'on investit en direct). Antrement dit, un épargnant qui devrait théoriquement payer 25.000 euros d'ISF ne pourra retrancher que 18.000 euros en investissant 60.000 euros dans un FIP ou FCPI, si sa politique n'est d'investir que 60 % des sommes levées dans des PME. S'il souhaite défiscaliser entièrement, il lui faudra investir 50.000 euros directement au capital d'une entreprise, dans le cadre d'une augmentation de ses fonds propres. L'année dernière, il n'aurait eu qu'à investir environ 35.700 euros. À noter que le contribuable ne peut plus bénéficier de la réduction d'impôt sur le revenu sur la partie non utilisée pour la réduction d'ISF.

Enfin, les investissements doivent être réalisés dans des sociétés éligibles et l'épargnant doit conserver ses parts jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la souscription.

2 - Quelle rentabilité attendre de l'investissement dans le non-coté ?

Il faut être honnête : les FCPI et FIP lancés entre 1997 et 2000 ont globalement affiché de mauvaises performances. La pire année étant 1999, où tous les véhicules ont fini dans le rouge. Certains produits, comme ceux de la Société Généralecute; Générale ou ceux d'Innoven, ont même quasiment perdu toutes leurs valeurs. De quoi refroidir nombre d'épargnants.

Pourtant, la situation est contrastée. Même sur ces très mauvais millésimes, plombés par le krach des valeurs technologiques, certains gérants (comme Axa Private Equity ou Seventure) s'en sont sortis correctement, affichant même une performance positive, avantage fiscal inclus. Sur les millésimes suivants, postérieurs à l'effondrement boursier, la situation semble s'être nettement améliorée. Alto Invest ou Viveris Management ont déjà liquidé des fonds avec des performances supérieures proches de 10 % par an grâce à l'avantage fiscal. « Il y a des bons vins et des mauvais vins, lâche Grégoire Sentilhes, président de Nextstage. Les bons arrivent à servir des performances, hors avantage fiscal, de 5 ou 6 % par an. C'est tout de même 2,5 fois le rendement d'une assurance-vie en euros. » Nextstage vient d'ailleurs, au cours d'une préliquidation, de rembourser la totalité du capital sur son FCPI 2003.

Pour les épargnants, la leçon à retenir est claire : il faut faire attention au timing pour investir dans ces produits et accorder beaucoup de soins au choix du gérant. Car l'avantage fiscal ne fait pas tout.

3 - Comment savoir si le gérant est compétent pour choisir des PME ?

Sur le papier, la recette est simple : un bon FCPI ou FIP se reconnaît à son expérience, sa spécialisation et sa taille critique. Mais, comme souvent, la réalité est plus nuancée. « Il est très compliqué de s'y retrouver pour sélectionner le bon produit car nous n'avons pas suffisamment d'historique, lâche Christophe Morandini, conseiller en gestion de patrimoine indépendant à la tête du cabinet Group J. Les gérants n'ont pas assez d'ancienneté pour savoir qui est réellement bon ou ne l'est pas. » D'où l'absence ? pour l'instant ? de grands noms de la profession comme il en existe dans le domaine de la gestion actions ou obligataire.

L'épargnant doit donc se borner à vérifier quelques points primordiaux : une ancienneté de plusieurs années dans l'investissement non coté, des performances solides sur les fonds liquidés le cas échéant, une équipe de gestion stable au cours du temps et étoffée (pas uniquement deux ou trois personnes).

Enfin, l'épargnant doit accorder la plus grande attention à la notice. Elle comporte les frais de gestion, désormais plus transparents avec l'existence d'un taux de frais annuel maximum, et l'orientation d'investissement. La nature des PME choisies, leurs stades de développement et leurs secteurs d'activités, en disent en effet beaucoup sur le risque inhérent au produit. Dernier point à vérifier : la stratégie et le gérant responsable de la partie cotée du fonds, qui peut tout de même représenter jusqu'à 40 % du portefeuille.

4 - Les start-up du photovoltaïque ont-elles toujours un intérêt ?

Depuis le 1er janvier, plusieurs secteurs d'activité ne sont plus éligibles à la réduction d'impôt. C'est le cas de la gestion locative, de la promotion immobilière mais aussi de toutes les activités procurant « des revenus garantis du fait de l'existence d'un prix de rachat réglementé ». « Les fonds fiscaux n'ont donc plus le droit d'investir dans les énergies renouvelables bénéficiant d'un tarif garanti », résume Olivier Goy, président de 123 Venture. Exit, donc, le photovoltaïque particulièrement apprécié des épargnants ces dernières années.

Mais le législateur a tenu à ce que l'investissement dans le non-coté profite à des PME ayant des besoins de financement non satisfaits plutôt qu'à des activités dites « de rente ». Une bonne nouvelle, toutefois, pour les épargnants écolos : l'avantage fiscal est maintenu pour les investissements dans des PME positionnées sur le créneau des énergies renouvelables à condition qu'elles n'exploitent pas de centrales fabriquant de l'électricité : fabricants et installateurs de panneaux solaires ou d'éoliennes, nouveaux produits ou technologies écologiques, etc. De quoi, a priori, capter une partie du potentiel de croissance de ce secteur, mais sans la garantie de retour sur investissement qu'offrait auparavant une centrale d'exploitation, revendant l'électricité produite à EDF. Ce secteur reste malgré tout très dépendant de la volonté des pouvoirs publics de développer les énergies renouvelables. Depuis la tragédie japonaise, la question ne se pose plus...

Interview de Meyer Azogui, Président du directoire de Cyrus Conseil: « Malgré un avantage fiscal moindre, les millésimes actuels devraient être bons »

Est-il encore intéressant d'investir dans des FIP ou des FCPI ?

Oui, mais sous certaines conditions, notamment en tenant compte de la taille de son patrimoine et en sélectionnant des opérateurs ayant un vrai savoir-faire dans le non-coté. Ce type de placement est réservé aux patrimoines déjà constitués, en gardant à l'esprit que l'argent est bloqué au moins cinq ans. Certes, l'avantage fiscal sera moindre cette année mais cela s'inscrit dans un cadre général où les niches fiscales sont rabotées. Ces produits sont conseillés pour les contribuables « moyens ». Pour les gros contribuables, ils peuvent s'inscrire comme un complément de stratégie de réduction fiscale mais la loi Girardin reste plus efficace pour eux.

Mais la rentabilité n'est pas toujours au rendez-vous...

Indéniablement, à quelques millésimes près, elle ne l'a pas été ces dernières années pour ces placements à risque. Mais, sur les dix dernières années, un investisseur en actions européennes n'a rien gagné non plus. Théoriquement, un épargnant peut attendre une rentabilité de 7 à 8 % l'an, comme pour les actions en période normale. Et une mauvaise performance passée ne préjuge pas forcément d'une mauvaise performance à venir.

Le timing est-il bon ?

Les millésimes actuels devraient être bons car les niveaux des marchés français sont raisonnablement évalués (PER de 11 et 1,3 fois l'actif net pour le CAC 40). De plus, les gérants sont plus sélectifs, car malgré l'intensification de l'offre, le marché va continuer de se réduire en 2011.

Que valent les mandats de gestion qui se multiplient ?

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Il faut éviter les sujets à la mode et choisir l'opérateur qui investit sur les thèmes auxquels on croit. Quelques mandats de gestion peuvent être plus intéressants, d'autant que certains promoteurs font prendre en charge les frais de gestion par la PME et non par l'investisseur.

Caroline Lepont

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