A Roppenheim, les gilets jaunes rêvent d'une révolte européenne

Olivier Mirguet, à Strasbourg

Gilets jaunes, Alsace,
Olivier Mirguet/ La Tribune

Olivier Mirguet, à Strasbourg

Gilets jaunes, Alsace,
Olivier Mirguet/ La Tribune
Les pieds dans la boue, au bord de la route départementale qui relie le nord de l'Alsace à l'Allemagne, une quinzaine de manifestants revêtus de gilets jaunes se tiennent à l'abri sous une tente de fortune. Depuis le 17 novembre ils occupent le rond-point de Roppenheim et promettent de ne pas le quitter avant d'avoir obtenu des réponses à leurs revendications.
"On veut la démission de Macron", tonne Francis, un homme d'une cinquantaine d'années, revêtu ce matin d'une tenue de combat kaki. "On en a marre des privilèges de ceux qui nous gouvernent, des taxes qui n'arrêtent pas d'augmenter alors que l'ISF a été supprimé", poursuit celui qui se présente comme "un employé du secteur public". Erwan, l'un de ses compagnons, se lance dans une diatribe contre l'Europe :
Dans ce coin de France où le travail frontalier fait vivre directement plus de 60 000 personnes, une telle revendication semble paradoxale. De l'autre côté du Rhin, le Land de Bade-Wurtemberg connaît une situation de quasi-plein emploi avec 3,1 % de chômage en septembre 2018. Les Alsaciens sont bienvenus dans les entreprises allemandes en manque de main-d'œuvre, à condition d'être formés et de maîtriser la langue. Francis Martin, l'un des manifestants à Roppenheim, travaille dans une société d'ingénierie à Karlsruhe pour 2.600 euros mensuels.
A proximité du camp des gilets jaunes, la circulation est fluide. Des Alsaciens vont et viennent en voiture individuelle, sur le chemin du travail. Des chauffeurs routiers espagnols, polonais et allemands klaxonnent au passage. "Ils ont les mêmes problèmes que nous, ils sont solidaires", conclut Francis.
Samedi dernier, une centaine de manifestants allemands sont venus grossir les rangs des Alsaciens. A pied, ils ont défilé sur la route départementale, bloquant un instant le passage de la frontière aux voitures et aux camions. Sur les réseaux sociaux, ceux de Roppenheim ont fièrement posté des images d'un embryon de contestation bi-nationale.
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Les arguments sont ceux de Jörg Meuthen, le co-président de l'AfD (Alternative für Deutschland), le parti d'extrême-droite qui vient de réussir une percée dans les élections régionales allemandes. Et Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire Die Linke (extrême-gauche), ne dit pas autre chose :
Avec ou sans front transfrontalier de la contestation, l'Alsace reste attachée à ses liens avec l'Allemagne. Sur le front de l'économie, ils ont même tendance à se renforcer. "Les jeunes veulent travailler en Allemagne, la demande est forte", confirme Martine Wonner, députée (LREM) du Bas-Rhin.
"En Alsace, on ne dramatise pas la situation des gilets jaunes", poursuit-elle, saluant le "lien social" qui s'est créé autour du mouvement. Au Medef, on reconnaît un impact minime du mouvement sur l'activité économique. "Certains commerces connaissent une baisse de leur fréquentation, parce que les Alsaciens sont prudents et ont repoussé leurs achats", analyse Olivier Klotz, son président régional.
A Roppenheim, le gigantesque centre commercial qui fait face au rond-point occupé n'a pas été bloqué. Un accord tacite a été passé avec la direction locale : les gilets jaunes pourront utiliser les sanitaires et toutes les facilités du centre, à condition de ne pas en empêcher l'accès. Jusqu'aujourd'hui, il a été respecté.
Par Olivier Mirguet,
correspondant Grand-Est et Europe pour La Tribune
Olivier Mirguet, à Strasbourg