L'Eurométropole, Smart City de l'année, mise sur le développement économique partenarial

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La filière des technologies médicales est considérée comme un atout dans la stratégie de développement économique de l’agglomération de Strasbourg. Ici, Jean-François Hoeffler, fondateur de l’entreprise AlsaChim (groupe Shimadzu) à Illkirch-Graffenstaden.
La filière des technologies médicales est considérée comme un atout dans la stratégie de développement économique de l’agglomération de Strasbourg. Ici, Jean-François Hoeffler, fondateur de l’entreprise AlsaChim (groupe Shimadzu) à Illkirch-Graffenstaden. (Crédits : Olivier Mirguet pour La Tribune)
L'Eurométropole de Strasbourg a remporté le Grand Prix Smart City de La Tribune pour sa stratégie de développement économique. Cette récompense vient couronner la démarche partenariale engagée depuis 2016 avec les autres collectivités territoriales, les organismes consulaires et l'université. Elle vise à créer 27.000 emplois à l'horizon 2030.

Elle n'a obtenu le label French Tech qu'en 2015, au deuxième tour de la compétition lancée en 2013 par le secrétariat d'État du Numérique et de l'innovation. Vexant ! Et l'écosystème local des entreprises du secteur numérique ne laisse, aujourd'hui encore, apparaître aucun poids lourd. Mais Strasbourg a redoublé d'efforts pour rattraper son retard. Le Grand Prix Smart City de La Tribune, remis le 27 novembre à la collectivité, récompense une stratégie certes tardive, mais qui porte une approche partenariale conforme aux nouvelles attributions de développement économique de la loi NOTRe.

L'emploi s'affiche comme objectif prioritaire de la feuille de route stratégique Strasbourg Éco 2030, présentée en décembre 2015 et mise en oeuvre dès l'année 2016. Ce projet porté par l'Eurométropole et partagé avec les autres collectivités, les organismes consulaires, l'université et des partenaires allemands vise la création de 27.000 emplois à l'horizon 2030. "Les objectifs sont assez généraux, ils seront affinés au fil du temps. Par exemple, dans notre projet d'Ecoparc rhénan sur la friche industrielle de l'ancienne raffinerie de Reichstett, le choix du contenu se fera en partenariat avec les acteurs économiques du territoire portuaire", explique Catherine Trautmann, ancien maire (1989-1997 et 2000-2001) et désormais vice-présidente (PS) de l'Eurométropole. De bons résultats ont été enregistrés dès 2016 avec la création de 3669 emplois recensés par l'URSSAF. Le volume de transactions en immobilier de bureau (80.000 mètres carrés) est en hausse de 50%. Les créations d'entreprises ont progressé de 14%. Le taux de vacance des commerces s'établit à 4,5%, score le plus bas en France parmi les métropoles de taille comparable.

Le projet économique défendu par Strasbourg s'appuie sur quelques singularités de son territoire : un "hub" de transports ferroviaires à grande vitesse (TGV Est et Rhin-Rhône), un port rhénan et un aéroport à vocation internationale. Même si ce dernier point est sujet à des railleries ! La capitale parlementaire de l'Union n'est connectée qu'avec quatre grands aéroports européens (Amsterdam, Bruxelles, Prague, Madrid). Berlin, Londres et Rome, entre autres, manquent à l'appel. La feuille de route Eco 2030 mise aussi sur des partenariats renforcés avec les proches voisins allemands, notamment avec l'agence locale pour l'emploi. L'Ortenau, voisin immédiat de Strasbourg, ne compte que 2,9% de chômeurs en novembre 2017. Le réseau des universités du Rhin supérieur (Bâle, Mulhouse, Fribourg, Karlsruhe, Strasbourg), qui fédère 130 institutions scientifiques, et la filière santé établie à Strasbourg complètent ce tableau des atouts existants.

"En 2008, en pleine crise, nous avions élaboré une première vision stratégique de notre développement économique", rappelle Catherine Trautmann. "Il s'agissait de recréer de la confiance, d'établir une base commune. La feuille de route Eco 2030 est encore plus partenariale. C'est devenu notre marque de fabrique. Chacun peut venir avec un projet. Quand l'association Alsace Digitale réfléchira à l'avenir de ses start-ups, ce sera de cette manière", propose l'élue.

Le volet numérique de la stratégie économique sera présenté par les élus avant la fin du mois de décembre. L'idée consiste à partager la dynamique territoriale avec les communes périphériques de l'Eurométropole. Il s'agit de croiser des thématiques pré-définies (mobilité, environnement, transition énergétique, etc.) avec les territoires sur des expériences concrètes. La Wantzenau pourrait prendre le leadership sur l'éducation numérique, Fegersheim le leadership dans les services à l'habitat... L'Eurométropole entend ainsi associer les usagers à ce volet numérique, en s'appuyant sur des outils de cloud computing peu développés jusqu'à présent. Le portail "Mon Strasbourg", nouvel outil d'e-administration, deviendrait la nouvelle vitrine de ce cloud au service du territoire.

Des quartiers privilégiés

Bien que les acteurs de l'économie sociale et solidaire y aient été associés, la stratégie Eco 2030 produit des impacts inégaux selon les quartiers et les territoires de l'Eurométropole. L'effet le plus tangible se concentre sur le nouveau quartier d'affaires européen, baptisé "Archipel", dont une première tranche de 77.000 mètres carrés a trouvé preneurs en moins de deux ans. La collectivité entend annoncer au SIMI, salon de l'immobilier d'entreprise qui se tient au Palais des Congrès de la Porte Maillot à Paris du 6 au 8 décembre, le lancement de la deuxième phase sur 100.000 mètres carrés. La stratégie de séduction du Parlement européen, où d'élus de plus en plus nombreux souhaitent quitter Strasbourg pour tenir l'ensemble de leurs sessions plénières à Bruxelles, repose en grande partie sur ce quartier avec la construction prévue d'un immeuble de 35 000 mètres carrés, portée par un opérateur privé. Le bâtiment serait ensuite loué à cette institution, dont le bâtiment le plus emblématique (220.000 mètres carrés) a été construit sur un modèle économique comparable (porté par la SERM, société d'économie mixte d'aménagement de l'agglomération strasbourgeoise) en 1999.

Appuyé sur la frontière allemande, à l'est de l'agglomération, le projet des Deux Rives vise à redéployer la ville vers le Rhin, dans un environnement d'anciennes friches industrielles. "Nous y intègrerons une dimension économique en partenariat avec les ports. La cohabitation entre les industries, les activités sociales et l'habitat représente un pari qui n'est jamais gagné d'avance", prévient Catherine Trautmann. Le secteur de l'hôpital, autre quartier emblématique au centre-ville, fera l'objet d'une requalification économique avec l'arrivée du campus Nextmed, vitrine des technologies médicales labellisées French Tech. Annoncé en 2012, ce projet est dans l'attente d'un concessionnaire. Mais les marques d'intérêt reçues par la collectivité ont porté davantage sur la construction des bâtiments (30.000 mètres carrés) que sur l'opération d'aménagement qui doit faire partie de la concession.

Redéfinir le marketing et inventer des lieux totems

L'ensemble de ces démarches reste à mettre en cohérence avec la stratégie marketing de l'agglomération, qui se décline depuis 2011 sous la marque "Europtimist". Strasbourg conserve une image liée à sa gastronomie, à ses traditions patrimoniales, mais les atouts d'une université de pointe ou d'un campus des technologies médicales restent en retrait. "Il y a beaucoup à faire dans la communication", reconnaît Catherine Trautmann. "Nous parlons beaucoup au moment où nous réalisons les projets, mais nous n'avons pas l'habitude de communiquer en amont".

En attendant le campus Nextmed, le lieu emblématique symbole de cette image "smart" fait encore défaut. Le Shadok, lieu-totem des industries numériques aménagé sur 2000 mètres carrés dans une friche portuaire (6,3 millions d'euros d'investissement public), n'a que partiellement rempli sa vocation depuis 2015. Deux autres projets en devenir, dans l'ancienne manufacture des tabacs et sur le site de la Coop dans le port du Rhin, complèteront d'ici 2021 la panoplie des tiers-lieux strasbourgeois dans les registres des géosciences et de la culture. Ces espaces d'innovation seront conformes à l'échelle transfrontalière revendiquée de longue date par les élus strasbourgeois. Mais à défaut d'unité géographique, ils risquent de ne pas apporter la visibilité européenne, qui est elle aussi revendiquée.

Par Olivier Mirguet,
journaliste correspondant Grand Est pour La Tribune

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