Agrifood : quand la data réinvente la relation entre petits producteurs et grands distributeurs

La start-up dijonnaise Karyon Food souhaite valoriser les filières locales auprès de la grande distribution en donnant plus de pouvoir aux agriculteurs grâce à une information pertinente et facile d'accès sous forme de tableau de bord, couplée à des outils pour mieux communiquer sur l’origine et les qualités de leurs produits.
À l'heure du retour aux circuits courts et de la valorisation des productions locales, Claire Guillet, fondatrice de Karyon Food, a pour ambition de donner une meilleure visibilité à aux petites entreprises des industries agroalimentaires (IAA). Grâce à une meilleure connaissance de leur activité, elle souhaite les aider à optimiser au mieux leur production.
À l'heure du retour aux circuits courts et de la valorisation des productions locales, Claire Guillet, fondatrice de Karyon Food, a pour ambition de donner une meilleure visibilité à aux petites entreprises des industries agroalimentaires (IAA). Grâce à une meilleure connaissance de leur activité, elle souhaite les aider à optimiser au mieux leur production. (Crédits : Kayron Food)

D'après les données Insee Esane(*), les TPE et PME de l'industrie agro-alimentaire (IAA) génèrent seulement 22% du chiffre d'affaires de ce secteur (soit environ 36 milliards d'euros). Or, ce sont ces entreprises de moins de 10 salariés qui constituent la majorité du tissu économique des IAA : « Sur 100 entreprises de l'agro-alimentaire, 87 sont des TPE/PME » selon une étude Xerfi, datant de 2018, que La Tribune a consulté.

À l'heure du retour aux circuits courts et à la valorisation des productions locales, Claire Guillet, fondatrice de Karyon Food, a pour ambition de donner une meilleure visibilité à ces petites entreprises. Grâce à une meilleure connaissance de leur activité, elle souhaite les aider à optimiser au mieux leur production.

Un tableau de bord pour suivre la performance de ses produits

Sa solution : la plateforme « KaryonFood by Karyon » se présente sous la forme d'un tableau de bord, comme un « Google Analytics » dédié aux PME, qui permet en quelques clics, d'accéder par recherche de mots clés, via des graphiques et des camemberts simples, à une vision précise des performances de leurs produits. Objectifs : analyser les succès, les flops ou encore les invendus afin d'ajuster leurs volumes.

« Le bien alimentaire est sous-évalué. Je voulais créer des outils qui permettent massivement de le revaloriser et, surtout, de valoriser le travail des agriculteurs et des PME de nos territoires », explique l'entrepreneuse.

Harmoniser les données de ventes entre toutes les enseignes

L'ancienne directrice financière de grands groupes internationaux est partie du constat que, sur le marché de l'agroalimentaire, aucune structure n'était encore capable d'harmoniser les données de vente des TPE/PME entre toutes les enseignes. Et pour cause, ce sont les grandes centrales d'achat qui, outre qu'elles gèrent elles-mêmes la distribution des produits des TPE/PME dans leurs magasins, leur livrent également leurs données de ventes (pour « un coût qui représente environ 1,5% de leur chiffre d'affaires », assure Claire Guillet). Or, explique l'entrepreneuse, ces informations leur sont souvent fournies sous forme de données « brutes » et dans des formats difficiles à exploiter pour des petites structures, lesquelles sont rarement expertes en data. « Le cœur de métier de Karyon Food, c'est d'unifier ces données et de les valoriser afin qu'elles soient activables pour les PME », précise la fondatrice.

Une proposition disruptive articulée autour de deux grandes innovations

« Dans les filières alimentaires, la donnée est privée. Elle est très peu partagée. Or, pour avoir une filière optimisée et durable, l'échange d'informations est primordial », constate Claire Guillet. C'est pourquoi, Karyon Food travaille depuis trois ans sur deux innovations majeures.

La première, c'est le partage de ces données entre toutes les sources : « Nous avons créé des business models sur cet échange de données en nous connectant à des bases de données agricoles, à des outils de transformateurs, et prochainement, à des distributeurs », explique Claire Guillet. La chef d'entreprise est en négociation avec quasiment tous les distributeurs du marché, que ce soit à la fois dans le retail, les réseaux spécialisés ou généralistes, ou le food service - un service axé sur le soutien aux entreprises gastronomiques, dans le but d'améliorer leur efficacité. Ces négociations ont pour objectifs de valoriser le capital data que les distributeurs créent tous les jours dans leur magasin et d'aller collecter des données de profils de consommateurs.

« Raffiner » le « capital data » des distributeurs et le restituer aux PME

« Nous nous positionnions vis-à-vis des distributeurs comme le raffineur de leur capital data qu'ils souhaitent aujourd'hui valoriser. Ce qui n'était pas forcément qu'il y a quelques années », confie l'entrepreneuse.

Ces informations collectées par les distributeurs seront ensuite restituées aux PME via la plateforme.

« Les PME auront ainsi la possibilité en quelques clics, de mieux comprendre leurs ventes et donc de cibler leurs potentiels de croissance, mais aussi d'activer des solutions pour communiquer auprès de leurs consommateurs et de mesurer l'impact de leurs actions grâce à des indicateurs de performance », s'enthousiasme Claire Guillet.

Mieux communiquer auprès des consommateurs

En termes de communication, Karyon Food propose de travailler des supports qui sont adaptés à ces PME pour leur permettre de communiquer auprès des consommateurs. Par exemple, au moyen de QR codes à apposer sur les produits pour connaître l'origine et l'histoire du produit, ou par l'intermédiaire de campagnes intitulées « Les fermes de la semaine » qui seront diffusées sur un écran télé dans les rayons traditionnels des magasins.

La deuxième innovation, c'est l'unification de ces données entre toutes les sources : « Nous développons des standards qui permettent d'avoir une vision globale sur la filière. Ce qui n'existe pas actuellement sur le marché français. »

Les concurrents potentiels de la startup sont des mastodontes de l'étude marketing tels que les Nielsen et autres IRI (Information Resources Inc.), qui exploitent cette donnée distributeur pour réaliser des panels.

« Leurs propositions sont pertinentes pour des grands groupes, mais pas pour des PME qui n'ont ni les moyens financiers ni les moyens humains d'analyser ces informations », soutient Claire Guillet.

D'autres concurrents sont présents aux États-Unis et quelques start-ups ont aussi fait des levées de fonds sur le même sujet, notamment avec Walmart et Amazon.

Karyon Food est entrée dans une phase de commercialisation. La start-up mise sur une deuxième levée de fond de 1 million d'euros pour son développement.

Prêt pour les négociations 2023

Même si la plateforme « KaryonFood by Karyon » a été conçue pour la filière agroalimentaire, elle pourrait se décliner dans d'autres secteurs.

« Nous avons déjà des besoins qui remontent des autres filières », confie Claire Guillet.

Mais la start-up avance pas à pas. Pour l'instant, le challenge est d'être en mesure de proposer une offre concrète aux PME, et cela, dès les négociations 2023 avec les distributeurs, qui vont débuter très prochainement. En 2024, Kayron Food visera le marché européen : « Notre ambition est de devenir un compagnon de performance pour les TPE/PME européennes. »

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NOTE

(*) Élaboration des statistiques annuelles d'entreprises (Esane)

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