Besançon : « Je ne vends pas mon âme au diable en allant sur Amazon » (Hamid Kaighobadi, libraire indépendant)

Et si le premier vendeur de livres sur Internet dans l'Hexagone n’était pas la bête noire décriée par les libraires indépendants, notamment en cette période de crise ?

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(Crédits : Amandine IBLED)

Installé depuis plus de trente ans à Besançon, Hamid Kaighobadi tient une librairie atypique, « À la page ». Il estime que l'avenir des petits commerces passera forcément par ces plateformes de vente en ligne. Selon de nombreuses études, on compte en France environ 30% des commerces de proximité qui vendent déjà sur Internet. Mais beaucoup hésitent encore à se digitaliser, persuadées de ne pas avoir les compétences, les ressources ou encore les moyens financiers nécessaires. Ce n'est pas le cas d'Hamid Kaighobadi qui s'est investi sur le web dès les années 2000. Le libraire décrit plusieurs mutations qu'a connu sa profession : « Des machines informatiques énormes pour la gestion des stocks, puis la naissance du minitel pour faciliter les recherches, et enfin Internet avec l'arrivée des grandes plateformes de revente en ligne, telles qu'Amazon, Price minister, E-Bay... ». Pour Hamid Kaighobadi, la quatrième révolution est celle que nous vivons actuellement. Tout d'abord, avec l'accélération des ventes en ligne. Par exemple, Amazon qui propose une offre éditoriale la plus large possible, avec un accès simple et rapide : commande en un clic et livraison sous 24 heures pour le service Prime.  Ce qui n'est pas sans créer des situations ubuesques reconnaît le libraire indépendant : « J'ai environ 4 à 5 commandes par mois de bisontins. Par exemple, l'autre jour avant d'expédier un colis, je me suis rendu compte que le destinataire habitait la rue d'en face. Je suis allé moi-même déposer le livre dans sa boîte aux lettres... Les gens ne regardent même plus d'où provient leur achat ! ».

Deuxième facteur aggravant : l'arrivée d'une nouvelle génération qui n'a plus le réflexe de fréquenter les librairies. Situé à deux pas de la faculté de Lettres, le libraire, pourtant spécialisé dans les livres universitaires, constate une baisse de fréquentation des étudiants. « À peine sortis des cours, ils commandent leur livre sur leur smartphone, en passant devant la librairie sans même savoir qu'elle possède toutes les références », remarque Hamid. À la page est pourtant une véritable caverne d'Ali Baba qui recense pas moins de 200 000 livres.

Résister à la crise grâce au Web

Aujourd'hui, plus de 11 000 TPE et PME françaises vendent sur Amazon. Aucun autre distributeur ne donne autant de moyens d'étendre sa zone de chalandise à toute la France, l'Europe et même le monde entier... C'est le cas pour la librairie À la page qui expédie des ouvrages jusqu'en Chine ! Même si Hamid Kaighobadia, originaire d'Iran, et ancien journaliste, n'encourage pas spécialement le monopole d'Amazon - il espère que de nouvelles plateformes, par exemple indienne ou chinoise, offriront bientôt de nouveaux marchés - ce dernier a tout de suite compris l'opportunité du Web et s'est inscrit sur les plateformes en ligne dès les années 2000. Vingt ans plus tard, ce passionné de littérature ne regrette pas son choix car c'est ce qui lui a permis de résister à la crise.

« Durant le premier confinement, nous vendions entre 200 et 500 livres par jour ! Des amis sont même venus nous aider pour emballer les colis ! », se souvient le libraire.

Habituellement, les ventes varient de 2 à 5 livres par jour. Son chiffre d'affaires en 2020 a bondi de 50%. Sans les plateformes de vente en ligne, le commerçant aurait pu mettre la clé sous la porte. Aujourd'hui, les ventes de livres via le Web représentent 50% de son chiffre d'affaires, alors qu'elles ne dépassaient pas les 35% en 2019.

Une personne est partie à la retraite début 2020, elle n'a pas été remplacée. La boutique fonctionne avec une employée à plein temps, qui n'a pas connu le chômage partiel. Le deuxième confinement a également fait baisser la fréquentation du lieu mais la librairie a de nouveau résisté grâce aux ventes en ligne. Le libraire s'est même offert le luxe de proposer le don de 1000 ouvrages de son stock durant un mois pour une opération de communication. Tout citoyen qui le désirait pouvait émettre son souhait de livre et venir chercher celui sélectionné par le professionnel en Click and Collect à la boutique. Hamid Kaighobadia souligne également l'engagement des plateformes françaises telles que Leslibraires.fr qui se sont créées durant la crise pour fédérer les indépendants et qui ont permis aux français de venir chercher leurs livres dans leur commerce de proximité. « Une façon de garder le lien avec le client », constate-il.

À deux ans de la retraite, ce passionné des livres « version papier » ne souhaite qu'une seule chose : que le livre reste le grand gagnant, peu importe le canal par lequel il est vendu.

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