Cité de la gastronomie : Dijon ouvrira ses portes au printemps 2022

Parmi les quatre villes lauréates en 2012 pour accueillir une cité internationale de la gastronomie, Dijon devrait être la première à inaugurer son projet, dix ans après le classement du repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco. Présentation de ce futur quartier à 250 millions d’euros.

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(Crédits : Agence d'architecture Anthony Béchu)

L'échec de la cité de Lyon avait jeté le doute sur l'enlisement des trois autres projets similaires, Tours, Paris-Rungis et Dijon. Malgré de nombreux recours juridiques et après quatre dates inaugurales annoncées, la capitale bourguignonne aperçoit le bout du tunnel. Ouverture prévue pour avril 2022. François Rebsamen, maire de Dijon Métropole l'a assuré : « On va le faire en grand : expositions, école Ferrandi, Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), commerces, cinémas. Il y aura de quoi faire vivre dès le premier jour un maximum d'expériences aux visiteurs. Nous avons jugé ce report de date plus opportun. Mieux valait ouvrir au début de la saison touristique, à ciel ouvert, qu'au mois de décembre 2021. »

Suite au classement du repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco, en juin 2013, l'État avait choisi quatre villes : Tours, Lyon, Paris-Rungis et Dijon, pour créer le réseau des Cités de la gastronomie, chacune devant affirmer une thématique spécifique. Pour la capitale des ducs de Bourgogne, située au premier kilomètre de la route des grands crus, ce sera sans hésiter : la valorisation et la promotion de la vigne et du vin. L'occasion de créer un pôle moteur en partenariat avec l'institut Jules Guyot et la chaire Unesco « Culture et tradition des vins » de l'Université de Bourgogne. En 2015, cette mission trouve un écho supplémentaire avec l'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne sur la prestigieuse liste de l'Unesco.

Le plus gros chantier Eiffage en France (hors IDF)

Au terme d'un appel à manifestation d'intérêt - autrement dits sans financement public - le groupe Eiffage a été choisi pour mettre en œuvre cet ambitieux chantier qui comprend à la fois des équipements à vocation culturelle et touristique (expositions, pôle formation, hôtel), des espaces commerciaux (boutiques, restaurants, bars), un pôle d'innovation (Village by CA), un complexe cinématographique et un éco-quartier.

« Pour réaliser ce projet, nous avons associé à la fois les compétences de l'aménagement, de la promotion immobilière et de la construction. Une coordination forte entre tous ces corps de métiers est nécessaire car le site constitue, en réalité, une multiplicité de petits chantiers », explique Nicolas Gravit, directeur chez Eiffage Aménagement.

Huit années auront été nécessaires pour réhabiliter l'ancien hôpital général à l'état de friche en 2015, en plein cœur de la ville de Dijon. « Sans compter la complexité administrative et les nombreux recours juridiques, au regard de l'ampleur du chantier- qui est le plus important pour le groupe en dehors de Île-de-France, le timing a été bien respecté », reconnaît Nicolas Gravit. Une des principales difficultés était de concilier la construction neuve et les bâtiments déjà existants, pour certains inscrits au patrimoine historique. L'ensemble bâti de 70 000 m2, conçu par l'agence d'architecture Anthony Béchu, se compose de bâtiments historiques rénovés des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle et de constructions résolument contemporaines.

Chantier Eiffage

Un éco-quartier intégré

La Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) se déploiera sur un terrain de 6,5 hectares. Pour attirer les investisseurs privés, la collectivité a validé un plan de logements qui occupera la moitié de ce vaste espace. Un éco-quartier aménagé sous la forme d'un parc habité à l'emplacement des bâtiments vétustes construits au 20ème siècle. Cet ensemble comprendra des logements conventionnés et en accession, ainsi que trois résidences « gérées » pour les seniors, les étudiants et les touristes. Pourquoi parle-t-on d'éco-quartier ? « Nous avons mis en place un certain nombre de dispositifs, notamment pour relier le réseau de chaleur à celui de la commune afin que tous les bâtiments disposent d'une alimentation en énergies renouvelables», précise Nicolas Gravit. Les promoteurs immobiliers étaient sommés de montrer patte blanche avec des labels de constructions vertueuses. Le chantier en lui-même a fait l'objet d'une démarche écoresponsable sur la gestion des déchets : « Pas un mètre carré de déblais n'est sorti du terrain. Tout a été recyclé, principalement pour réaliser les remblais des futures voiries», souligne Nicolas Gravit.

Le chantier a également pris en compte la biodiversité. À l'arrière du site, il y a un espace boisé et classé. « Eiffage a pris des mesures pour sauvegarder des espèces protégées durant la durée des travaux et pour les années à venir. Et également une initiative pour préserver des hirondelles qui nichaient déjà sous les toits de l'hôpital», précise Nicolas Gravit. Le grand défi du cabinet d'architecte qui a conçu cet éco-quartier est de trouver un subtil équilibre pour permettre une cohabitation entre les habitants et la partie « village commercial gastronomique » de la Cité. À cet éco-quartier, s'ajoutent 90 logements réalisés par le promoteur François 1er dans les bâtiments conservés de l'ancien hôpital.

Un écosystème pour les startups

Le village by CA sera l'un des premiers à s'installer sur le site, en septembre prochain, avant l'ouverture au public. Le réseau d'accélérateurs de startups créé par le Crédit Agricole à Paris en 2014, et présent sur l'ensemble des territoires, dont Dijon, doublera sa surface d'accueil actuelle, passant de 600 m2 à 1500 m2. Il disposera d'outils numériques à la pointe de la technologie.

« Toutes nos salles bénéficieront d'équipements audiovisuels pertinents pour réaliser des visioconférences de qualité», précise Thomas Dupont, maire du village by CA en Champagne-Bourgogne.

Situé au rez-de-chaussée d'un bâtiment alliant modernité et patrimoine, avec de grandes baies vitrées, l'espace du village by CA augmentera sa visibilité auprès des visiteurs. « L'idée est d'attirer plus d'entreprises à utiliser nos locaux pour faire du networking et même du co-working.

Les espaces sont pensés pour être propices à la créativité et créer les rencontres », poursuit-il. Les locaux donnent directement sur une place où il sera possible d'imaginer des évènements, des colloques, des moments d'échange et de partage d'expériences et d'​expertises. Le maire pense déjà à des "jobs dating" pour que les startups puissent recruter plus facilement.

« Notre objectif est de tisser des liens avec l'ensemble des partenaires présents sur le site afin que les start-ups profitent de cet écosystème», souligne Thomas Dupont. Pourquoi ne pas imaginer des produits conçus au village by CA par les start-ups et vendus dans les corners de la Cité ? « Cette implantation au cœur de la Cité internationale de la gastronomie et du vin permettra de faire rayonner les projets autour de l'agro-alimentaire, via le réseau de Vitagora et de la Foodtech, par exemple, qui reçoivent régulièrement des délégations du monde entier», s'enthousiasme le maire du village by CA en Champagne Bourgogne.

Une stratégie d'animation permanente

Afin de rendre le projet économiquement viable à long terme, la Cité a été pensée de manière à proposer des animations tout au long de l'année. Une synergie agile et vertueuse entre les grandes expositions temporaires du 1204, centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine, une exposition permanente sur les Climats de Bourgogne à la chapelle Sainte-Croix de Jérusalem, un atelier de cuisine expérientielle « à la Top chef », des lieux immersifs de dégustation et les commerces de bouche dans le village commercial gastronomique, trois restaurants, une cave à vins sur trois niveaux et plus de 600 m2 proposera des dégustations personnalisées parmi plus de 3.000 références issus de tous les terroirs internationaux (et particulièrement de toute la Bourgogne). « C'est cet assemblage dynamique des différents usages y compris la capacité cinématographique - un cinéma Pathé Gaumont de 9 salles complètera l'offre culturelle du centre-ville - à faire venir des visiteurs toute l'année (familles et scolaires) qui va renforcer une stratégie d'animations permanentes et asseoir le succès de la Cité», assure François Deseille, adjoint au maire délégué au projet.

CIGV

Les étudiants : ambassadeurs de notre gastronomie

La Cité internationale de la gastronomie et du vin sera également un lieu dédié à la formation et à la recherche. Deux écoles reconnues installent leur antenne au sein de la Cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon. Tout d'abord, l'école Ferrandi Paris, le « Harvard » de la gastronomie. Créé en 1920 par la CCI Paris Île-de-France, Ferrandi Paris forme près de 2 500 jeunes et 2 000 adultes aux métiers de la gastronomie et de « l'hospitality management », du CAP au Bac +6. Mais également, l'École des vins de Bourgogne, référence en matière d'initiation œnologique, filiale du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, organisation représentative des intérêts de la filière.

Plus d'une centaine d'étudiants venus du monde entier intégreront ces formations dès la rentrée 2022. « Ce sont autant d'ambassadeurs de notre gastronomie qui repartiront dans leur pays », souligne Jérémie Penquer, chargé de mission valorisation des grands projets à la ville de Dijon.

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