Covid-19 : cette innovation de Meltblo France qui concurrence les masques chinois

Comment concurrencer les prix des masques chinois ? En créant un matériau filtrant plus léger - donc moins consommateur de matière première - plus efficace et meilleur en bilan carbone. Telle est la réponse de Meltblo France, créé en mars 2020, à la suite d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par l’État. Explications.

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(Crédits : MELTBLO FRANCE)

« Nous avons tout misé sur l'innovation ! », souligne Nicolas Burny, fondateur de Meltblo France. Cet ingénieur spécialiste des non-tissés depuis 30 ans a recruté deux docteurs en polymères pour créer un meltblown - ce matériau filtrant utilisé dans tous les masques pour capter les virus et les bactéries - plus performant que les Chinois ou les Tunisiens.

« C'est de la technologie de pointe. Nous sommes les seuls à réaliser cette performance », précise Nicolas Burny.

L'entreprise alimente 90% de la production de masques en France et 10% en Europe. Par exemple, un client qui souhaite fabriquer 15 millions de masques par mois aura besoin de 15 tonnes de matières premières avec le matériau filtrant chinois (composé de 25 grammes par m2 de matière), tandis qu'avec le matériau de Meltblo France (qui équivaut à 17 grammes par m2), il n'aura besoin que de 9 tonnes de matières premières. Résultats : produire un masque avec le matériau chinois coûte plus cher qu'avec le matériau de Meltblo France. « Si nous étions restés en 25 grammes par m2, on ne vendrait pas aujourd'hui », souligne le chef d'entreprise.

Un équipement de 70 tonnes monté en 2 mois

Le marathon de la création

Dès le mois de mars 2020, Nicolas Burny, avait lancé l'idée d'un site de production de meltblown dans le nord Franche-Comté en cherchant des investisseurs.
C'est à travers sa plateforme E-nispe  de distribution de matériaux non-tissés qu'il avait identifié, une très forte demande mondiale pour cette matière première, liée à la crise du covid-19. Mais sa tentative de trouver des investisseurs n'avait pas abouti. « À l'époque, tous me regardaient avec des yeux ronds quand je leur parlais des risques de pénuries de masques », se souvient-il. L'appel à manifestation d'intérêt (AMI) de l'État pour favoriser l'émergence d'une filière française de meltblown au printemps 2020 a débloqué la situation. Nicolas Burny est l'un des cinq lauréats, derrière de grands groupes. Démarre alors une chasse aux investisseurs. L'entrepreneur réussit à financer un tiers de son projet par l'AMI, un second par la Région Bourgogne-Franche-Comté, et le dernier par un emprunt. Nicolas Burny et son épouse - uniques actionnaires - apportant le capital social de 400.000 € de la société Meltblo France. Une avance remboursable d'Aire Urbaine Investissement est également intervenue dans ce financement. Au total, l'investissement s'élève à 4,1 millions d'euros. Ensuite, tout s'est enchaîné très vite : la commande de l'équipement de 70 tonnes en Italie en septembre 2020, son installation en moins de deux mois. Trouver le site d'implantation de l'usine : « Il se trouve que la Sem (société d'économie mixte) patrimoniale PMIE, de l'agglomération du Pays de Montbéliard venait de construire un bâtiment de 1.300 m² sur la zone d'activités Technoland 2, à Brognard (Doubs), nous avons signé rapidement un contrat de location », explique l'entrepreneur.

« À l'automne 2020, 90% des appels d'offres pour les masques étaient remportés par les chinois et les tunisiens », rappelle Nicolas Burny. La tendance s'inverse actuellement car le gouvernement a mis en place un guide d'achat pour les appels d'offres publics où le prix ne représente qu'une partie infime du contrat. « Il faut désormais répondre à des critères de traçabilité, de performance et de qualité. Ce qui facilite notre démarche commerciale », confie le fondateur de Meltblo France. L'usine fonctionne avec une douzaine de personnes en 3/8. La commercialisation a démarré à l'été 2021. « Nous avons déjà produit l'équivalent de matières pour produire 700 millions de masques », souligne Nicolas Burny.

En 2022, Meltblo France devrait recruter environ cinq personnes en logistiques et production.

Et l'après masques ?

« Avec deux personnes dédiées à 100% à la recherche et au développement, nous sommes déjà en train de travailler sur la prochaine version de notre matériau innovant encore plus léger, encore plus efficace, encore plus respirant et avec un meilleure bilan carbone », confie Nicolas Burny.

« Notre matière première est le pétrole et nous sommes sensibles à réduire au maximum notre empreinte carbone », poursuit-il.

L'ingénieur envisage déjà la sortie de crise avec une baisse de la consommation des masques. Les perspectives de développement du domaine de la filtration sont vastes car tous les secteurs d'activités sont potentiellement concernés : industriel pour la filtration des milieux hostiles (amiante, chimie fine), automobile pour la filtration des habitacles, médical, etc... Le meltblown est un matériau technique qui peut être utilisé pour filtrer aussi bien du liquide, du gaz, du sang. Le chef d'entreprise se dit confiant quant au développement de futurs produits aux propriétés filtrantes.

Après 30 ans d'expérience dans le secteur et dix ans de conseils aux industriels, il connait bien les marchés : « J'ai déjà des demandes pour plusieurs pays européens, tels que la Belgique, l'Allemagne ou le Royaume-Uni. » En 2022, Meltblo France devrait recruter environ cinq personnes en logistique et production.

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Commentaire 1
à écrit le 28/01/2022 à 14:19
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