Et si les agriculteurs devenaient producteurs d’énergie ? Le pari du groupe TSE

Et si les agriculteurs généraient un revenu complémentaire grâce à l'énergie solaire et à un système d'ombrières mobiles, tout en labourant leurs récoltes ? L'expert en photovoltaïque TSE a investi 15 millions d’euros pour financer un projet pionnier, à Amance (Haute-Saône). Les premiers résultats agronomiques sont déjà positifs.
(Crédits : Julien Bru Studio)

La France est le seul pays de l'Union Européenne a ne pas avoir atteint ses objectifs en matières d'énergies renouvelables, selon Eurostat. La part des ENR dans la production française représente seulement 19% alors qu'elle aurait du être à 23% en 2020. Pour y remédier, le politique s'est saisi du sujet depuis plusieurs années. Actuellement en consultation, le projet de loi relatif à l'accélération des énergies renouvelables (ENR) est attendu au Parlement en octobre. Mais pour certains entrepreneurs, comme Mathieu Debonnet, à la tête du groupe TSE (150 collaborateurs, 27 millions d'euros de chiffre d'affaires) la transition est trop lente. De quoi pousser ce quadra à lancer en mai dernier son premier site pilote de canopée agrivoltaïque, créant une étendue de panneaux photovoltaïques sur des dizaines de mètres au-dessus des champs cultivés.

« On n'a pas le temps d'attendre, pas le temps énergétique », martèle à La Tribune le chef d'entreprise qui s'est spécialisé dans l'énergie solaire. « Entre le retard accumulé et le problème nucléaire, la conséquence est que la capacité de production n'est plus là », explique-t-il, inquiet de l'urgence climatique.

Déjà, TSE, producteur indépendant français d'énergie solaire présent sur l'ensemble de la chaine de valeur : développement, financement, construction et exploitation, a signé un contrat avec un agriculteur engagé situé à Amance, en Haute-Saône. Soit un investissement en fonds propres qui représente 15 millions d'euros pour la société.

Des cultures mieux protégées

Il aura fallu deux ans de recherche et seulement quelques mois pour installer cette structure suspendue par des câbles à cinq mètres du sol et surplombant trois hectares de soja. Si le groupe possède déjà un parc en exploitation composé de 14 centrales solaires au sol et de grandes toitures industrielles, ce site pilote est « une première mondiale pour les grandes cultures ! », s'enthousiasme Mathieu Debonnet. Cette canopée constituée de 5.508 panneaux photovoltaïques permet le passage des engins agricoles. La largeur entre les poteaux est de 27 mètres, avec une emprise de 1% sur le sol. Ces derniers pilotés via des algorithmes puissants, s'inclinent d'un degré par minute pour mieux capter les rayons du soleil. « Ce sont les derniers modèles de panneaux photovoltaïques ultra technologiques », précise William Garat, responsable méthode et qualité chez TSE.

Les ombrières permettent également de créer un écran de protection pour les cultures. Laurent Druot, chargé de développement « Énergies renouvelables » à Dijon Céréales et l'Alliance BFC, partenaire du projet, constate déjà deux bénéfices majeurs à l' agrivoltaïsme : « l'effet brise vent et l'effet tampon par rapport aux températures ». Les panneaux photovoltaïques de TSE ont été conçus pour résister à des vents allant jusqu'à 150km/h et « des morceaux de grêle d'une taille équivalente à une balle de ping pong », précise William Garat.

Un revenu complémentaire pour l'agriculteur

Le site, qui sera raccordé au réseau national en octobre, doit produire 2,4 MWc (mega water column) d'électricité, soit « la consommation annuelle de 500 maisons de taille moyenne », précise Paolo Massarotti, directeur des études R&D structures solaires à TSE. Ce volume d'énergie vient d'être racheté par une entreprise du secteur de la santé, en région lyonnaise, qui se lance dans une démarche RSE (ndlr : son nom est encore confidentiel).

Contrairement à l'éolien, les industriels ne versent pas de loyer aux agriculteurs. Ici, le modèle économique est différent et plus respectueux de l'agriculteur. « C'est le volume aérien dans lequel évolue la canopée qui est réparti entre le propriétaire et l'exploitant. En d'autres termes nous partageons la production d'énergie avec l'agriculteur », explique Mathieu Debonnet. Ce complément de revenu sur ses hectares de production peut varier - en fonction du taux d'ensoleillement de la région- de 1.500 à 2.000 euros par an, du MWc. Ce complément de revenu sur les hectares de production d'une exploitation représente une source financière durable puisqu'elle est conçue pour durer 50 ans. « C'est du très long terme et c'est garanti », ajoute Laurent Druot.

D'autres ombrières devraient voir le jour d'ici la fin de l'année : en Côte-d'Or (octobre), en Picardie (novembre) et dans le Calvados (décembre). Trois autres suivront au printemps 2023.

Remettre la production d'énergie au cœur des territoires

« C'est le début d'une troisième révolution industrielle vertueuse qui ne se fera ni en Russie, ni en Arabie Saoudite mais au cœur des territoires agricoles ». Mathieu Debonnet en est convaincu : l'agrivoltaïsme est la solution pour répondre aux défis climatiques et énergétiques, tout en garantissant une production alimentaire. Ce dernier rappelle qu'il y a encore 200 ans, l'énergie était produite sur les territoires au travers des moulins à vent et à eau pour la fabrication de la farine. L'industrialisation a ensuite engendré une centralisation de la production d'énergie avec le développement des centrales nucléaires, à charbon ou à gaz. Pour le chef d'entreprise, « cette parenthèse est potentiellement en train de se fermer ». Finalement, l'agrivoltaïsme permet un juste retour aux sources avec des technologies évidemment plus performantes, tout en répondant à la problématique de la souveraineté énergétique et de l'artificialisation des sols.

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Commentaires 6
à écrit le 16/09/2022 à 14:30
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Ombrager les terres est une idée non seulement bonne mais indispensable, et avec des panneaux photovoltaïques encore mieux il faut toujours essayer de faire d'une pierre au moins deux coups, à mon avis d'ici quelques années les cultures en plein sole...

à écrit le 16/09/2022 à 14:27
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Recouvrir les toitures de hangars et autres bâtiments ça représente une surface limitée (même les élevages intensifs où les animaux ne sortent pas), les surfaces cultivées c'est beaucoup plus vaste. Il ne faut pas trop créer d'ombres permanentes (le ...

à écrit le 16/09/2022 à 13:19
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Produire plus pour dépenser plus, cela n'est rien d'autre que gaspillage surtout que l'on recherche la sobriété et sa résilience !

à écrit le 16/09/2022 à 13:05
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"2,4 MWc (mega water column)" Méga Watt Crête ? (une colonne d'eau de 10m crée une pression de 1 bar, la façon de savoir quelle pression y a à 3000m de profondeur : 300 bars de plus que la pression atmosphérique). Le correcteur orthographique a dû dé...

à écrit le 16/09/2022 à 10:24
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Et si tout les immeubles déjà en avaient l'obligation depuis 20 ans, on en serait peut être pas à aller réinventer la roue ? Si ?

à écrit le 16/09/2022 à 10:13
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》mega water column C'est une unite non standard de pression, rien à voir avec le mega Watt heure à part l'euphonie

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