Cybersécurité : la Bretagne à la pointe

Pascale Paoli-Lebailly

Pascale Paoli-Lebailly
A l'horizon 2017, 400 experts constitueront le pôle cyber de la Direction générale de l'armement, Maîtrise de l'information (DGA MI) à Bruz près de Rennes. En posant, lundi 6 octobre la première pierre de cet espace d'expertise de haute sécurité, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian concrétise son pacte Défense Cyber (2014-2016, 1 milliard d'euros de budget) annoncé fin janvier et qui définit le cadre de lutte contre les menaces cybernétiques.
Il conforte aussi la stratégie de développement économique et d'innovation (ou glaz-économie) de la Région Bretagne, dont il fut le président de 2004 à 2012. La constitution de ce pôle d'excellence cyber, sur le site de la DGA MI, qui compte déjà 1 250 personnes dont 75 % d'ingénieurs, représente un investissement de 30 M€. Il offrira sur 10 000 m2 de surface, une capacité d'accueil de 250 personnes, mais l'ouverture de nouveaux postes est déjà prévue à horizon 2017.
De portée nationale et internationale, ce projet structurant pour le territoire breton s'appuie sur les compétences développées de longue date en Bretagne dans le domaine militaire avec la présence de l'Ecole des transmissions (ETRS) et des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Du 30 septembre au 3 octobre, celles-ci ont d'ailleurs participé au premier exercice global DEFNET 2014, une mise à l'épreuve de la chaîne cyberdéfense des armées via la simulation d'une attaque des systèmes informatiques militaires et civils.
Si pour le ministre, « la Région Bretagne est aujourd'hui le creuset technologique et industriel de la cyberdéfense en France », le domaine de la cybersécurité en général est aussi crucial pour la Région Bretagne.
Autour de la recherche, de la formation et de l'innovation, elle en a fait une des priorités pour sa filière numérique, qui emploie 46 000 personnes. Visant la création de nouvelles activités et le développement de l'emploi, elle finance et pilote un appel à projet en cours jusqu'à 2015, doté d'une enveloppe de 800 K€, destiné aux PME. Objectif : accélérer la mise sur le marché de solutions de cybersécurité.
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Le poids de la cybersécurité dans l'économie régionale est en cours d'évaluation au sein de l'agence régionale Bretagne Développement Innovation, mais différents acteurs bretons travaillent déjà à la constitution d'un cluster d'entreprises.
Selon la Meito, la Bretagne dispose « d'un écosystème unique couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur de la cybersécurité ».
Cette mission fixée par le contrat Etat-Région pour contribuer au développement économique des activités Electronique, Informatique et Télécommunications de Bretagne, estime que près de 120 entreprises travaillent dans la cybersécurité.
TazTag (sécurisation des appareils mobiles), SECUR IC (édition d'outils de communication sécurisé), Sopra Group (édition de logiciels), Amossys (modélisation, méthodes, architecture) en sont quelques fleurons.
Sur les 13 équipes de recherche académique (CERT d'Orange, d'Orange, CNRS avec l'IRISA, Telecom B, Supélec, Lab-STICC, INRIA de Rennes...), 7 sont dédiées à la cyberdéfense ajoute la Meito.
Patrie des télécoms, la Bretagne propose en effet une offre exhaustive de formations supérieures avec Telecom Bretagne, qui dispense un cursus de Mastère « Cybersécurité », Supelec ou l'ENSIBS (génie industriel, mécatronique, informatique et cyberdéfense).
Et c'est le consortium associant l'Université européenne de Bretagne (UEB) à Orange qui a remporté l'appel d'offres national visant à intégrer une composante cybersécurité à toutes les formations supérieures en informatique. Orange et Telecom Bretagne assurent la maîtrise d'œuvre et le pilotage scientifique du projet.
Ces écoles sont situées à proximité des centres d'excellence militaires telles l'école des transmissions (ETRS), l'ENSTA Bretagne ou l'école navale. Comme St Cyr (terrestre) et Supelec (vulnérabilité), cette dernière intègre une chaire de recherche.
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Pour les 383 entreprises bretonnes travaillant pour la défense, dont 180 dans le numérique, la présence marquée de la DGA MI sur le territoire participe de la structuration de la filière. Elle contribue aussi à la coopération entre les écoles, l'armée et les grands comptes (Orange, Alcatel-Lucent..), en faisant le lien entre les projets de recherche industrielle ou expérimentale et l'armée. Les entreprises bretonnes captent ainsi 4 M€, soit 30 % des 13 M€ injectés dans le dispositif RAPID (Régime d'Appui PME pour l'Innovation Duale). Complétant le tableau militaire, le CALID (Centre d'analyse de lutte informatique défensive) implantera 60 experts en 2016 à Rennes.
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