Difficultés scolaires, psychologiques, financières, isolement... A Rennes 2, 20% des 3.000 étudiants auraient eu des pensées suicidaires. Un tiers d’entre eux montrent des signes de détresse psychologique. La collectivité prend le problème à bras le corps et débloque en urgence 500 millions d'euros sur le million d’euros voté en décembre afin d’aider les étudiants en difficulté.De la satisfaction d'étudier sur un vaste campus et de la richesse des relations entre étudiants, Thibault n'a pas vu grand-chose depuis plusieurs semaines. Après deux années en maths sup et maths spé à Brest, cet étudiant breton a réussi à intégrer l'école d'ingénieur dont il rêvait. Boursier, il s'est endetté pour payer des frais de scolarité de 8.000 euros par an. Privé depuis octobre de TD et de cours en présence, il a repris le chemin de la chambre d'étudiant qu'il finance sur ses maigres deniers, après deux mois et demi au domicile familial. Malgré une journée de cours sur le campus, il se sent bien isolé. Comme tous ceux qui ne sont ni élèves en classes préparatoires ou en BTS, pour lesquels la scolarité est normale depuis septembre.
Qu'ils soient en écoles et ou en université, 95% des étudiants bretons de L1 au master reprennent progressivement le chemin des classes et des amphithéâtres, voire celui du Resto U, pour l'équivalent d'un jour de cours par semaine. Pour le reste, ils continuent de suivre le cursus en ligne. Une très faible part bénéficie en plus de travaux pratiques qui ne représentent que 20% en moyenne de l'ensemble des activités pédagogiques selon les formations (40% en DUT).
« Depuis le lundi 8 février, une université comme Rennes 2, qui quelques jours avant ne recevait que 500 étudiants, accueille 3.000 étudiants par jour, ce qui correspond à 20% de sa capacité d'accueil maximal de 15.000 étudiants », précise Emmanuel Ethis, recteur de la Région académique Bretagne et chancelier des universités, interrogé par La Tribune. « A titre de comparaison, l'Université Bretagne Sud, qui a une vocation technologique, accueille depuis début février 4.300 étudiants sur les 8.700 inscrits. L'idéal serait que le second semestre se déroule dans des conditions normales », explique-t-il.
Détresse chez un tiers des étudiants
Si cette vie en pointillé est difficile à vivre pour beaucoup d'entre eux, il n'est pas simple d'évaluer combien d'étudiants vont mal. « Ceux qui ressentent un mal-être sont aussi ceux qui n'osent pas l'exprimer ou ne savent pas comment l'exprimer », reconnaît Emmanuel Ethis, qui a d'ailleurs reçu le 4 février les représentants d'Union Pirate.
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes