Comment Sweetch Energy exploite la salinité de l’eau ?
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes
La transition énergétique possède ses technologies phares, l'éolien, l'hydrolien, le solaire. Mais d'autres ressources, telle l'énergie bleue, se font jour. À Lorient, la jeune entreprise Sweetch Energy a développé une technologie alternative de production d'électricité issue de la séparation de l'eau de mer et de l'eau douce. Totalement renouvelable, « continue et non carbonée », cette énergie d'avenir sera tirée de l'exploitation de la différence de salinité des eaux, ou gradient de salinité.
Créée en avril 2015 à partir d'un dépôt de brevet issu d'un transfert de technologies de l'ENS Paris, la petite société veut aujourd'hui passer du stade de la R&D à un processus industriel capable de générer, sous 5 ans son modèle économique. Sweetch Energy va donc poursuivre ses recherches à Rennes en installant d'ici à l'été au Biopôle, un laboratoire d'essais pour lequel il recrute deux chercheurs. Avec l'objectif, dans les deux ans et demi, de valider ses résultats (Proof of Concept) à l'échelle du mètre. La création de ce premier pilote est rendue possible par la récente levée de 1,4 million d'euros réalisée auprès du fonds du Grand Ouest Go Capital Amorçage II, très impliqué dans l'accompagnement des biotech et des cleantech, et d'Emertec.
Porté par des groupes comme Suez, Véolia ou General Electric, le marché du dessalement d'eau de mer affiche 10% de croissance par an selon Bruno Mottet. Le dirigeant estime que Sweet Energy peut faire baisser le prix du m3, actuellement à 3 dollars, de 20 à 25%.
L'entreprise entend donc d'abord se positionner comme fournisseur de technologie au service des industriels. Pour son développement, Sweetch Energy a de quoi voir venir. Lauréate du Concours mondial d'innovation, vainqueur du Cleantech Open France et primée lors du Concours iLAB du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la startup dispose d'un budget de plus de 2 millions d'euros. Outre la levée de fonds, elle bénéficie aussi du soutien de la délégation Bretagne de Bpifrance à hauteur de 700.000 euros.
Sweet Energy estime être à même de produire 100 kW par m2 de membrane de filtration sous deux ans, et passer ainsi à une nouvelle étape de recherche : celle du pilote industriel, avec à la clé une deuxième levée de fonds .
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Bruno Mottet n'entrevoit cependant pas de production de machines en série avant 5 ans et évalue à 10 ans « l'apparition de centrales osmotiques permettant l'exploitation des gradients de salinité entre un fleuve et un océan. »
L'avenir industriel et commercial de l'énergie bleue passera en tout cas par la Bretagne.
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes